Mohammed Benhammou a réagi à l’interview du chef de la diplomatie du Front Polisario diffusée lundi sur notre antenne. Ce dernier affirmait notamment que le conflit était toujours en cours au Sahara occidental et mettait en cause la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Le politologue, professeur à l’université Mohammed V-Souissi de Rabat et président du Centre marocain des études stratégiques (CMES), défend le point de vue du Maroc.

RFI : Le chef de la diplomatie du Front Polisario, Mohamed Salem Ould Salek affirme sur notre antenne que sur le terrain, les combats continuent, qu’il y a des morts tous les jours, il promet une grande offensive à venir. Que pensez-vous de ces affirmations ?

Mohammed Benhammou : Je pense que le chef de file des auxiliaires de la diplomatie algérienne parle d’une guerre qui n’existe que dans sa tête, c’est une guerre virtuelle ! Il y a bien sûr l’ensemble de la communauté internationale, les représentants des Nations unies -en l’occurrence la Minurso-, donc plusieurs acteurs, et personne ne parle de cette guerre si ce n’est le Polisario. Maintenant, sur les grandes batailles à venir, le Polisario n’a pas les moyens de mener une quelconque guerre. Il est clair que la position de l’Algérie, ce qu’elle sera prête à faire ou ne pas faire, déterminera l’avenir de la situation : stabilité ou guerre dans notre zone. Ceci étant, si le territoire national est menacé, le Maroc ripostera.

Mohamed Salem Ould Salek estime aussi que l’administration Biden peut encore revenir sur ce que Donald Trump avait décrété : c’est à dire la reconnaissance par les États-Unis du Sahara occidental comme territoire marocain. Pensez-vous cela réaliste ?

Chacun a le droit de rêver et de continuer à se leurrer, ou à chercher tout simplement à leurrer les autres. Il est clair que depuis le 10 décembre dernier le président américain Trump a signé le décret de reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara marocain. Ce n’est pas un acte qui est lié à une personne mais c’est une décision des États-Unis d’Amérique. Depuis, la nouvelle administration jeudi dernier, avec Ned Price qui est le porte-parole du département d’État américain et qui parle au nom de la diplomatie américaine, a confirmé que la position des États-Unis reste inchangée sous l’administration Biden. On ne peut pas être plus clair ! Tous les éléments aujourd’hui prouvent que cette décision qui s’installe dans la continuité représente un tournant majeur dans l’évolution de ce dossier.

Il y a quelques semaines, le chef du Front Polisario a été soigné en Espagne. Les autorités marocaines ont alors laissé des milliers de migrants entrer en Espagne. Cela peut être considéré comme du chantage du Maroc pour forcer l’Espagne et l’Europe à délaisser le Front Polisario.

Non écoutez, le Maroc n’a pas recours à ce type de procédé. Je pense que certes, il y a eu un moment de relâchement, mais la question est maintenant complètement résorbée. Vous savez, il y a des centaines de milliers de migrants subsahariens qui vivent aujourd’hui au Maroc. Si ça avait été un acte de chantage, ils auraient été par dizaines ou centaines de milliers. Je pense que la relation avec l’Espagne est une relation de voisinage, qui parfois passe par des phases difficiles. Et la position du Maroc concernant ce qui se passe dans cette crise a été très claire. Si la position espagnole de recevoir le chef de file du Polisario était une décision normale, ordinaire et légale, pourquoi l’avoir passée en catimini, sous une fausse identité ? Ce que le Maroc n’accepte plus de la part de ses partenaires, c’est d’être dans des zones grises et d’avoir un double jeu.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a demandé vendredi dernier aux indépendantistes sahraouis et au Maroc d’accepter la nomination d’un envoyé spécial de l’ONU. Treize candidatures ont été recalées en deux ans. Pourquoi ? Est-ce que c’est le Maroc qui bloque ?

Non. Le Maroc bien sûr a eu quelques positions et réactions sur certains candidats, mais l’Algérie –je ne parle pas du Polisario mais plutôt de l’Algérie– a repoussé plusieurs candidatures. Maintenant, il faut voir les choses autrement. Depuis le cessez-le-feu en 1991, on est entré dans un processus onusien, et depuis il y a eu des évolutions ! En 2007, le Maroc a proposé son projet d’autonomie pour les provinces du Sud, et c’est un projet qui a été qualifié par la communauté internationale de crédible et sérieux. Depuis, d’ailleurs, on assiste à une évolution dans la position des Nations unies et du Conseil de sécurité qui a définitivement enterré le referendum et qui parle depuis 2007, pratiquement, de la solution politique acceptée par les parties. Là où ça bloque, c’est que le Maroc s’inscrit dans la recherche de cette solution politique, par contre l’Algérie veut maintenir un statu quo et veut revenir à un État antérieur à 2007, antérieur à 1991, avec une position rigide de continuer avec persistance et sans relâche à ne parler que de referendum, alors que ce sont les Nations unies qui ont abandonné ce choix.