Le 27 décembre, aura lieu la présidentielle et les législatives au Niger. Parmi les trente candidats à la présidentielle, il y a le général Salou Djibo, le putschiste, qui, en 2010, a renversé un président qui s'accrochait à son fauteuil et qui, un an plus tard, rendait le pouvoir aux civils. Depuis 2011, l'officier supérieur était retiré de la vie politique et ne donnait aucune interview. Pourquoi est-il de retour ? Quel jugement porte-t-il sur le président sortant, Mahamadou Issoufou, et sur le candidat du parti au pouvoir, Mohamed Bazoum ?

RFI: Voilà 9 ans et demi que vous êtes retiré de la vie politique. Pourquoi ce retour ?

Salou Djibo : Je dirais simplement que c’est le sens du devoir. Nous sommes tous témoins des graves difficultés auxquelles le Niger fait face et de la nécessité d’y remédier. Chaque fois que les circonstances commandent, je suis prêt à servir mon pays.

Longtemps, vous avez espéré être désigné par le président Mahamadou Issoufou comme son dauphin, mais le chef de l’État a préféré désigner Mohamed Bazoum, est-ce que vous êtes déçu ?

Pas du tout, je ne suis pas le dauphin du président Issoufou. Je ne suis pas du parti du PNDS-Tarayya [Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme].

Mais vous étiez en très bons termes avec le président Issoufou Mahamadou ces dernières années ?

Oui, bien sûr. Je respecte bien le président. Nous avons de très bons rapports.

Et est-ce que vous n’auriez pas trouvé naturel, après vous être retiré de la vie politique à son profit en 2011, que le président Mahamadou Issoufou vous laisse le pouvoir à son tour cette année 2020 ?

Ce n’est pas le président Issoufou qui va choisir son successeur. C’est au peuple nigérien de désigner qui il veut.

Et pendant un certain temps, vous avez espéré que le président Issoufou…

Je dis toujours que ce sont les Nigériens qui choisissent leur président et non le président de la République.

En 2010, vous avez lutté contre le « Tazarché » (« continuité » en haoussa), la volonté du président Tandja de s’accrocher au pouvoir. Que pensez-vous de la décision du président Mahamadou Issoufou de ne pas changer la Constitution pour solliciter un troisième mandat ?

Je pense que la Constitution nigérienne est très claire : nul ne peut dépasser deux mandats.

Oui, mais il y a d’autres pays de la sous-région où les présidents changent la Constitution pour rester au pouvoir…

Pourquoi parler des autres pays ? Moi, je parle du Niger et au Niger, c’est impossible.

Est-ce que vous saluez la décision du président Issoufou Mahamadou ?

Je salue très bien sa décision, parce qu’il n’a pas tenté de créer des tensions inutiles. Donc, pour cela, on tient à le féliciter pour ce qu’il a eu à faire, si on compare avec les autres pays dont vous parliez tantôt.

Et que vous inspire la candidature du dauphin du président Mahamadou Issoufou, Mohamed Bazoum ?

Rien du tout pour moi. Rien du tout.

N’est-il pas l’un des favoris du scrutin ?

Je ne pense pas. À mon avis, Bazoum, c’est l’opinion de la presse étrangère. Ce sont des fantasmes, les Nigériens savent que ce n’est pas possible régulièrement. Ce n’est pas possible, parce qu’on connait bien Bazoum, on sait qu’il a des problèmes par rapport à l’article 47 de notre Constitution sur la nationalité d’origine.

Mohamed Bazoum affirme qu’il est né au Niger et que depuis 1993, il s’est présenté six fois aux élections législatives avec les mêmes pièces d’identité et qu’il n’y a jamais eu de problèmes…

Je pense que ce que vous venez de dire, c’est tout à fait juste, mais quand il s’agit d’une présidentielle, c’est très bien défini. Dans l’article 47, il faut être Nigérien d’origine. Tout ce qu’est en train de dire Bazoum, il peut être Premier ministre, président de l’Assemblée, député et autres, mais avec l’article 47, il n’est pas possible qu’un non-Nigérien d’origine soit président de la République.

Vous êtes plusieurs candidats à avoir saisi la justice sur ce point, mais à chaque fois, vous avez été déboutés par la justice…

C’est un devoir de vérité, les Nigériens veulent savoir la vérité. Moi, je suis un soldat et un ancien chef d’État. Je joue mon rôle. Je m’assume et que chacun s’assume. Et l’histoire jugera. Terminé.

Oui, mais si la justice vous a donné tort, que pouvez-vous répondre ?

Je dis que chacun s’assume. Je fais mon devoir vis-à-vis de mon pays.

Quand vous dites que vous êtes un soldat, est-ce une menace voilée ?

Pas du tout, parce que je suis issu de l’armée, donc j’ai toujours le sang militaire. Donc, ce n’est pas une menace, pas du tout. Je ne suis pas menaçant.

Et vous avez démissionné de l’armée pour pouvoir vous porter candidat…

Bien sûr.

Quel est, dans votre programme, la spécificité ?

C’est surtout la sécurité. Ma priorité des priorités donc, c’est la sécurité au Niger. Nous, nous avons une solution en trois paliers. Au niveau national, nous suggérons la conjugaison de l’action militaire et la lutte contre la pauvreté. Au niveau régional, il faut la mutualisation des moyens à travers l’opérationnalisation de la force conjointe du G5 Sahel. Et au niveau international, il faut la formation d’une large transition pour lutter contre le terrorisme ; et conclure avec des accords gagnants-gagnants avec l’aide internationale.

Est-ce que le Niger n’est tout de même pas moins impacté par des groupes jihadistes que ses deux voisins de l’Ouest, le Mali et le Burkina Faso ?

 l’intérieur du Niger, il n’y a pas de foyers de tensions, qui viennent donc de notre peuple. Donc, toutes les tensions sont en dehors de notre pays.

Et cela est un point positif dans le bilan du président Mahamadou Issoufou ?

Oui, c’est un fait positif, on ne va pas dire que c’est négatif, parce que tous les problèmes ne viennent pas de l’intérieur du pays, ce sont des agressions extérieures.

Mais alors, que pourriez-vous faire de mieux ?

Je connais l’armée et des hommes valables. Il me faut la confiance.