Le sommet Afrique-France se tiendra le 8 octobre prochain à Montpellier, dans le sud de la France, sans chef d'État africain (et c'est une nouveauté). À l'approche de ce sommet, plusieurs rencontres ont eu lieu avec les diasporas, pour échanger sur les priorités qu'elles souhaitent mettre en avant. Sira Sylla, députée de la Seine-Maritime, y a participé. Elle est l’invitée de Magali Lagrange.

RFI : Comment les diasporas et les jeunes que vous avez rencontrés perçoivent-ils la relation entre l’Afrique et le France ?

Sira Sylla : La relation entre l’Afrique et la France, c’est compliqué. Mais il y a beaucoup d’espoir. Le discours de Ouagadougou du président de la République de 2017 [Emmanuel Macron s’est adressé à 800 étudiants à l’université], discours par lequel il prône pour une relation renouvelée avec nos amis africains, une relation d’égal à égal, a suscité beaucoup d’espoir. Cela fait 4 ans que je parcours la France pour échanger avec les diasporas. Ce que je retiens vraiment, c’est cette soif des diasporas africaines de participer pleinement à cette relation Afrique-France.

Quand vous dites « c’est compliqué » quand on leur parle de la relation Afrique-France, pourquoi ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Peu savent vraiment où en sont les engagements de Ouagadougou. Certains ont pu dire que ce n’est qu’un discours. Et moi, je dis non, ce n’est pas qu’un discours. Beaucoup de choses ont été réalisées, mais nous sommes peu en fait à rendre concret. Qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qui ne s’est pas passé, les engagements autour de la jeunesse ont-ils été pris ? Quand le président de la République parle de la restitution des biens culturels, est-ce que cela a été fait ? Lorsque le président de la République dit que les diasporas africaines doivent être à l’avant-garde de la relation entre l’Afrique et la France, est-ce que c’est vrai ? Ce que je constate, c’est qu’il faut vraiment aller sur le terrain parce que les diasporas ont soif d’échanger sur cette relation Afrique-France et ils veulent savoir ce qui a été concrètement réalisé depuis le discours de Ouagadougou du président de la République.

Mais, dans certains pays africains, la politique française est vue comme très interventionniste, trop interventionniste. Il y a des manifestations parfois contre la politique menée par la France. Quelles visions en ont les diasporas en France ?

Oui, il y a des personnes qui s’opposent à cette relation Afrique-France. Mais, ce que je constate encore une fois au niveau des diasporas en France et des rapports que j’ai avec différentes communautés en Afrique, c’est que la majorité des gens quand même soutiennent le président de la République.

Dans les rencontres que vous avez menées, vous avez discuté des priorités qu’il faut retenir pour le sommet Afrique-France, pour les débats qui vont y être menés. Quelles priorités principales sont ressorties ?

L’entreprenariat, c’est une question qui est très souvent revenue. Et là aussi, on s’est rendu compte que les dispositifs étaient méconnus. On a beaucoup parlé de coopération universitaire aussi, du sujet des femmes, de l’accompagnement des associations, de la culture. La question des visibilités est très importante, oui, nous devons plus avancer.

Ces actions sont menées avant le sommet Afrique-France de Montpellier qui se tiendra le 8 octobre. Les personnes que vous avez pu rencontrer, qu’attendent-elles de ce sommet ? Est-ce que cela a un sens pour elles ?

Elles attendent que le président de la République puisse apporter des réponses à la suite des échanges qui se sont déroulés ces derniers mois. Et ensuite, je pense à la jeunesse, elle a soif de pouvoir rencontrer la jeunesse africaine, et pour les entrepreneurs de pouvoir rencontrer aussi des interlocuteurs de l’autre côté du continent.

Ça, ce sont des discussions. Et concrètement, il en ressortira quoi de ce sommet d’après vous ?

Des propositions du président de la République. J’espère pour les entrepreneurs, des opportunités de travail en Afrique et vice et versa, si je puis dire. Et ensuite, le sommet n’est qu’un début, le président de la République prend la tête de la présidence de l’Union européenne en janvier et je sais qu’il créera un sommet Europe-Afrique. Donc, cela va continuer. Une nouvelle relation, ça se construit sur la durée.

Vous avez parlé à deux reprises de Ouagadougou, en 2017. On est fin 2021 quasiment. Pourquoi avoir tant tardé à faire un sommet comme celui qui aura lieu en octobre ?

Je vous rappelle que la pandémie est passée par là et qu’on avait un premier sommet qui devait se faire à Bordeaux. C’est le contexte qui a fait que le sommet a été reculé.

Quand je parle du moment du sommet de Montpellier, c’est aussi pour vous demander si, à quelques mois de la fin du quinquennat, ce n’est pas aussi un moment pour le président français pour exposer ce que serait sa politique africaine pour le prochain quinquennat s’il venait à être réélu ?

Oui. Moi, je pense qu’on va continuer sur la lancée de Ouagadougou et que, bien entendu, il va y avoir des adaptations par rapport à toutes ces consultations qui se sont faites avec les diasporas africaines et qui vont continuer. J’ai envie que le président de la République se représente et j’ai envie qu’on continue à travailler sur cette relation et à avancer ensemble.

Des critiques pourraient vous dire aussi que c’est une opération simplement séduction du président envers les diasporas à l’approche du scrutin ?

Non. C’était dans les engagements de Ouagadougou. Moi, ce que j’ai envie de dire, c’est que le président de la République tient son engagement. Et quand il dit, je veux mettre la société civile au cœur de cette relation, il tient son engagement parce que, on ne l’a pas rappelé au départ, mais le sommet Afrique-France précédemment, c’était le sommet du président de la République française avec les chefs d’Etat africains.

Justement, c’est un sommet sans chef d’État. Ça change quoi ?

Cela montre qu’on veut vraiment donner la place à la société civile. Ensuite, les chefs d’État tout au long de l’année ont régulièrement l’occasion de s’entretenir avec le président de la République. Donc, lorsqu’on met ces diasporas africaines au cœur du sommet Afrique-France, cela montre que le président de la République ne parle pas que pour parler. Il le souhaite vraiment.