S'il n'y avait pas eu le Covid-19, c'est aujourd'hui, jeudi 4 juin, que le sommet Afrique-France aurait dû s'ouvrir à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France. Est-il simplement reporté ou carrément annulé ? Depuis un an, le chef d'entreprise franco-béninois Wilfrid Lauriano do Rego coordonne le CPA, le Conseil présidentiel pour l'Afrique, ce petit groupe de quelque douze personnes qui est chargé de conseiller Emmanuel Macron dans sa politique africaine. Sur ce sommet, mais aussi sur le franc CFA et sur la réponse au Covid-19, le coordonnateur répond aux questions de RFI.

RFI : Le sommet Afrique-France, qui aurait dû démarrer ce jeudi, est reporté à l’année prochaine, mais sans aucune date. Est-ce à dire que c’est un enterrement de première classe et qu’en réalité il n’y aura peut-être jamais de sommet Afrique-France sous le quinquennat d’Emmanuel Macron ?

Wilfrid Loriano do Rego : Même si le sommet ne se fait pas dans sa totalité, le volet économique, je doute qu’il ne se tienne pas, parce qu’il y a une urgence à la relance économique en Afrique.

Avec l’accueil à ce sommet de plusieurs centaines d’entreprises africaines, c’est cela ?

Par exemple. Oui, absolument.

Vous pensez que cela aura lieu, mais en 2021 ?

Je pense que, de toute façon, les conditions sanitaires sont telles, qu’il est difficile d’envisager quelque chose avant la fin de l’année.

Pour la réforme du franc CFA, en octobre de l’année dernière, c’est-à-dire deux mois avant les annonces Ouattara-Macron à Abidjan, vous avez organisé à Paris un colloque. Est-ce à dire que vous avez dû vaincre certaines résistances dans l’administration française ?

Ce que nous avons fait, c’est d’écouter ce que dit la société civile et de refléter ces préoccupations de la société civile au président de la République. Je pense qu’il en a tenu compte.

Vous avez dû bousculer certaines habitudes ?

C’est très difficile de dire « bousculer ». Au fond, il y avait quatre sujets sur le CFA. La problématique du nom, la problématique de la réserve de change, la problématique des administrateurs au Conseil de l’UEMOA et la parité fixe. Comme vous le savez, à Abidjan, trois de ces éléments ont été réformés et il reste un quatrième qui est toujours en cours.

Le quatrième, justement, c’est la parité fixe avec l’euro, qui est maintenue. Que répondez-vous à ceux qui disent que c’est la preuve que toute cette réforme n’est qu’un changement de façade ?

Il y peut-être encore des choses à faire, il y a sûrement des choses à faire, mais soulignons déjà une réforme historique et peut-être que l’avenir nous dira ce qu’il reste à faire.

Depuis trois ans, on a le sentiment que le CPA s’interdit de parler politique. Est-ce à dire que vous êtes cantonné aux sujets économie, santé, culture ?

Le CPA a été constitué d’une douzaine de membres, des Africains, des Français, des Franco-Africains. Ses membres sont tous issus de la société civile. Le rôle du CPA est de faire passer en toute indépendance des messages et des idées au président de la République, mais notre prise est plus société civile que politique.

Vous êtes une force de proposition auprès d’Emmanuel Macron et vous lui écrivez des rapports, mais est-ce que vous le rencontrez de temps en temps ?

Oui, bien sûr. On devrait se revoir. On a un rythme de rencontre trimestriel. La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était au mois de décembre.

Juste avant son voyage à Abidjan et son annonce conjointement avec Alassane Ouattara de la réforme du franc CFA ?

Exactement. Et on était, d’ailleurs, du voyage à Abidjan.

Le 15 avril dernier sur RFI, le président français a détaillé les quatre points d’un plan ambitieux de la France pour aider l’Afrique à faire face à l’épidémie du coronavirus. Quels sont les points sur lesquels votre CPA se mobilise ?

Sur le secteur informel, le CPA est en train de réfléchir pour mobiliser les banques commerciales, pour mobiliser les acteurs de télécoms, pour proposer un produit de financement de microfinance, de microcrédit digital, parce qu’il y a 70% de la population africaine qui vit dans l’informel. Une façon de les aider, c’est de leur apporter un fonds de roulement en cette période difficile.

Et sur le plan sanitaire, que faites-vous ?

Sur le plan sanitaire, on a mis en place une veille qui a consisté à identifier une soixantaine de projets, essentiellement des projets de télémédecine, qui permettent de favoriser l’autodiagnostic, pour éviter que les gens ne se précipitent dans les hôpitaux. Donc il y a des initiatives là-dessus. Je vais citer, par exemple, une initiative qui s’appelle Diagnose me, au Burkina. C’est une application sur Iphone et sur Android, qui est opérationnelle depuis le 15 mai. Le deuxième projet que je veux mettre en lumière, c’est tout ce qui est équipement de protection pour le personnel soignant. Des visières et même des respirateurs artificiels, pour 60 euros. L’initiative est portée par Airbus Community, en association avec l’École polytechnique de Thiès, au Sénégal. Notre rôle, en tant que CPA, c’est de voir dans quelle mesure on peut trouver des financements, des fonds de roulement pour accompagner ces initiatives.

Oui, parce que vous-mêmes, vous n’avez pas de budget…

Exactement. Nous sommes bénévoles, mais on peut mobiliser les financeurs publics ou privés.

Vous l’avez dit vous-même, vous êtes bénévoles. Vous ne touchez aucun salaire pour votre activité au CPA. Vous-même, vous continuez votre travail de conseiller en entreprise chez KPMG. Il y a six mois, vous avez été élu président du Conseil de surveillance de ce cabinet d’audit. Est-ce que votre arrivée à la tête du CPA, il y a un an, a aidé peut-être à cette promotion ?

Vous savez, cela fait trente-deux ans que je suis chez KPMG. En fait, je pense que c’est le fruit d’un parcours professionnel. Président du Conseil de surveillance chez KPMG, c’est une élection. Nous sommes 500 associés qui votent et je pense que c’est complètement déconnecté, en fait.