La semaine dernière, Kinshasa a accusé Kigali de soutenir le M23, une rébellion vaincue en 2013 mais à nouveau active ces derniers mois dans l’Est du Congo. Des accusations rejetées par les autorités rwandaises. Pour elles, la présence du M23 est un problème strictement congolais. Comment comprendre alors ce regain de tension ? La médiation angolaise proposée par Macky Sall, le président en exercice de l’Union africaine, peut-elle permettre un retour au calme ? Des questions que Pierre Firtion a posées à Onesphore Sematumba, chercheur à l’International Crisis Group, spécialiste de la région des grands lacs. Il est ce matin notre invité.

RFI : Comment expliquer ce regain de tension entre la RDC et le Rwanda ?

Onesphore Sematumba : Ce regain de tension résulte essentiellement de la reprise des activités militaires, donc des attaques du Mouvement du 23 mars plus connu, ici, comme le M23, qui est un mouvement que le Congo soupçonne et maintenant affirme être soutenu par le Rwanda. Des accusations, évidemment, que le Rwanda réfute. En contrepartie, le Rwanda accuse à son tour la RDC et son armée de faire la cour aux FDLR qui sont des rebelles hostiles au gouvernement de Kagame. Donc, ce sont ces accusations réciproques qui font que les tensions se soient attisées ces dernières semaines.

On avait pourtant le sentiment que la situation s’était apaisé ces derniers mois entre les deux voisins.

Oui, on dirait même plus, que la situation entre les deux pays connaissait une embellie sur le plan, en tout cas, diplomatique, notamment depuis l’élection de Tshisekedi, qui a pratiqué une politique de bon voisinage tous azimuts, et qui avait à cœur d’harmoniser les relations avec tous ses voisins y compris et surtout les voisins de l’est. Mais l’embellie n’aura pas duré l’espace d’un mandat, et donc les relations se sont de nouveau détériorées justement à cause, essentiellement, de ces tensions ou de ces attaques, de ce groupe rebelle, qui sème un peu la discorde en fait entre les deux pays.

Kinshasa accuse donc l’armée rwandaise de soutenir le M23, cette rébellion vaincue en 2013, mais à nouveau active ces derniers mois. Le soupçon d’un soutien du Rwanda à cette rébellion, il a en réalité toujours existé ?

Oui. C’est aussi dû à l’histoire récente, en fait, parce que presque toutes les rébellions récentes, en tout cas à partir des années 1990, toutes les rébellions sont parties de l’est, et presque systématiquement le Rwanda a accompagné, en tout cas, les premières rebellions. Donc, on soupçonne que cette culture-là n’a jamais vraiment cessé et que les enfants ou les résultats de ces rebellions pro-rwandaises n’ont pas coupé le lien ombilical avec le Rwanda.

Si Kinshasa a tapé cette fois du poing sur la table, est-ce que ce n’est pas aussi pour que la communauté internationale mette la pression sur Kigali ?

Oui, bien sûr. Et ce n’est pas un hasard que la principale mesure, en fait la plus forte de Kinshasa, c’est d’avoir qualifié le M23 de mouvement terroriste. En fait, c’est un appel à toute la communauté internationale de se coaliser pour l’éliminer. Bien sûr que ça, ça rentre dans une sorte de stratégie diplomatique.

Une dernière question, une médiation de l’Angola peut-elle selon vous permettre de faire retomber la tension ?

Je l’espère sincèrement parce que les tensions sont tellement fortes qu’il faut bien qu’il y ait quelqu’un, qu’il y ait une dynamique autre, pour pousser vers la désescalade. Parce que c’est incroyable comment le discours de guerre est en train de monter, de monter, comment commence à s’installer même les discours de haine contre tout ce qui est Rwanda, donc je parle à partir du Congo évidemment. Ce sont des tensions qui ne profitent à personne. Donc, je pense que Lourenço, le président angolais, qui est quand même respecté dans la sous-région, qui est proche des deux présidents, donc de Tshisekedi et de Kagame, pourrait jouer un rôle. L’Union africaine et le président Macky Sall ont été bien inspirés de les désigner pour faire établir le dialogue parce que c’est une façon de s’en sortir.