La semaine dernière, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, en visite en République démocratique du Congo, s'était inquiété de la restriction de l'espace politique, allant même jusqu'à estimer qu'un dialogue politique dans ses conditions ne pourrait pas être crédible. Ils avaient notamment demandé la libération de prisonniers et finalement seuls 6 militants du mouvement citoyen la Lucha, qui devaient sortir de prison mi-août, ont bénéficié d'une grâce présidentielle. Que répond le gouvernement congolais à ces critiques ? Le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba est notre invité.
RFI : Pourquoi est-ce que uniquement les six militants de la Lucha, condamnés à Goma, qui bénéficient de cette grâce et pas les autres prisonniers politiques qui sont sur la liste du Haut-Commissariat ?
Alexis Thambwe Mwamba : Non. D’abord, les six militants de la Lucha ont déjà fait l’objet d’une condamnation définitive. La grâce présidentielle n’intervient que quand il y a eu condamnation définitive. D’autres sont encore en procédure. Tant qu’ils sont en procédure devant le juge, le président ne peut pas agir. Donc maintenant nous allons d’abord appliquer les trois ordonnances présidentielles. En fonction de ces ordonnances, il y a des personnes qui peuvent bénéficier des libérations conditionnelles. Maintenant, les services vont préparer les autres cas et dans les prochaines semaines, je signerai les arrêtés.
Donc ça veut dire que ce serait possible que certaines des personnes qui se trouvent sur la liste du haut-commissaire bénéficient de cette remise en liberté provisoire ?
Ce n’est pas exclu. Ça va dépendre de l’examen de chaque dossier.
Parmi les critiques formulées par le Haut-Commissariat sur ces cas-là il y a le fait que les droits de la défense ne seraient pas respectés. Prenons juste le cas de Fred Bauma, Yves Makwanbala ou Christopher Ngoy. Ils ont attendu un mois et demi avant de pouvoir être présentés au parquet et de bénéficier d’un avocat. Est-ce que ça en soi ça n’aurait pas nécessité une annulation de la procédure ?
Non. Dire qu’ils n’ont pas eu accès à un avocat, c’est tout à fait faux. La plupart de toutes ces personnes ont pu avoir la possibilité de faire venir un avocat. La procédure a peut-être été un peu longue au début, avant qu'ils ne soient présentés devant le magistrat, mais sinon le procès s’est passé avec les avocats. Ça, c’est clair.
Mais vous avez eu l’assurance, par exemple, qu’ils aient bénéficié dès le premier jour de leur détention de la possibilité de demander un avocat ?
Ils avaient cette possibilité, mais je reconnais que les premiers jours, ils n’ont pas eu droit aux visites en tout cas. Mais ils avaient la possibilité de le faire.
Vous pensez que c’est eux qui ont renoncé à ce choix ?
Non, au début il n’y a pas eu la demande. Mais après quand ils ont fait la demande, ils ont eu les avocats qu’ils voulaient.
Comment expliquer alors les critiques du Haut-Commissariat en la matière ?
Il faut relativiser. J’ai vu le haut-commissaire, il a été invité ici par nous parce qu’il était important qu’il vienne se rendre compte sur place des avancées réelles que nous avons. Nous sommes le seul pays en Afrique, au sud du Sahara, qui a envoyé en prison des généraux, des colonels, des majors pour des violences sexuelles. Mais il est évident que le haut-commissaire souhaiterait certainement que nous puissions nous trouver à un moment donné au niveau des standards de la Suède, de la Norvège. Bien sûr, ce serait peut-être l’idéal, mais nous n’y sommes pas encore. Mais je n’ai pas considéré la visite du haut-commissaire comme ayant été totalement peinte en noir en ce qui concerne la République.
Mais alors, comment expliquer que le haut-commissaire soit allé jusqu’à dire qu’il ne pourrait pas y avoir de dialogue crédible dans le pays parce que la répression était trop forte ?
Je pense que le haut-commissaire vise certainement un idéal. Mais je pense que par rapport à ce qui se passe dans d’autres pays voisins dans le continent, on ne peut pas dire que nous soyons un régime tout à fait répressif. Vous savez qu’ici on a plus de soixante chaînes de télévision et radios qui à longueur de journée insultent tout le monde, y compris le président de la République, son épouse et tous les ministres de la République. Dans d’autres pays, ces gens seraient embastillés. Ce n’est pas le cas. Pour des raisons diplomatiques, je ne peux pas décider.
Mais selon le Haut-Commissariat – et c’est pour ça qu’il dit manifester une inquiétude – depuis le mois de novembre, on assiste à une explosion de ce type de violation à caractère politique.
Non. Si vous regardez également les rapports du Bureau conjoint des Nations unies, les statistiques sur les dernières années démontrent très clairement que nous avons des avancées. Ça, c’est clair. Bien sûr, on entre dans un processus électoral et il y aura beaucoup d’activistes qui voudraient peut-être créer du désordre. Nous avons également la mission pour nous, pouvoir public, de maintenir l’ordre. Bien sûr, on ne peut pas permettre que toutes les manifestations qui pourraient se faire au niveau de Kinshasa transforment la capitale en chienlit !
L’une des premières critiques sur ces aspects politiques par le haut-commissaire, c’était le double standard qui existe entre majorité et opposition, sur les autorisations. Est-ce que c’est un point que vous reconnaissez ?
Non, pas du tout. Je me rappelle que pour les dernières manifestations à Kinshasa nous avions demandé au gouverneur de ne pas donner l’autorisation à la majorité présidentielle qui voulait manifester le même jour que l’opposition. Nous avions senti que cela allait créer des troubles dans la ville.