Faut-il approuver ou condamner le référendum constitutionnel organisé avant-hier au Congo Brazzaville ? Cette question est un casse-tête pour beaucoup de chefs d’État étrangers, notamment pour le Français François Hollande. Réaction aujourd'hui d'un homme politique français qui n'a pas toujours eu des relations faciles avec le Congolais Denis Sassou Nguesso. Il s'agit de l'ancien secrétaire d’État français à la Coopération Jean-Marie Bockel. Le sénateur centriste (UDI) répond aux questions de RFI.
RFI : Jean-Marie Bockel, que pensez-vous de ce référendum constitutionnel qui vient d’avoir lieu au Congo Brazzaville ?
Jean-Marie Bockel : J’en prends acte. Evidemment on est aujourd’hui dans un contexte où les modifications de Constitution ne se font plus aussi facilement que jadis et ça, on ne va pas s’en plaindre. Après évidemment, il faut analyser la situation au cas par cas, ne pas s’ériger en censeur ou en donneur de leçons. Mais il y a aussi le souci que certaines règles du jeu soient respectées.
Donc, à ce stade, ce n’est pas à nous d’analyser de manière prématurée un scrutin dont on ne connaît pas encore le taux de participation. On nous dit qu’il est «honnête» entre guillemets – je cite le ministre de la Communication – est-ce que pour autant il a été à un niveau significatif ? C’est difficile de le dire. On sait qu’il y a eu de très grandes disparités dans le pays. Donc moi j’analyse ce scrutin avec, comment dirais-je, une certaine prudence.
Si le oui l’emporte le président Sassou Nguesso pourra changer les règles du jeu et briguer l’an prochain un troisième mandat. C’est une bonne ou une mauvaise chose à votre avis ?
Chaque pays africain a son histoire, maintenant est-ce que la stabilité ça veut dire retarder trop longtemps l’échéance qui à un moment donné doit venir ? On a en l’occurrence un chef d’Etat qui est là depuis très longtemps, même si ce n’était pas de manière continue, mais au total il est là sur un temps très long. Il a manifestement fait un travail important, joué un rôle dans la région et la sous-région…
Ses qualités sont grandes, il a aussi son âge. Est-ce que c’était le moment de passer le témoin ou est-ce que ce sera un peu plus tard le moment ? Il ne m’appartient pas de le dire. C’est une bonne chose à partir du moment où il y a un consensus large et où il peut se représenter dans un contexte de paix civile. Si ces conditions ne sont pas réunies, à ce moment-là on ne peut pas dire que c’est une bonne chose. L’avenir le dira.
Justement, de l’aveu même du pouvoir congolais il n’y a pas consensus aujourd’hui au Congo.
Non, il n’y a pas consensus sur le référendum, ça nous l’avons compris, pour autant je me veux également respectueux de la situation. Je connais trop bien l’Afrique pour ne pas m’ériger en censeur ou en édicteur de ce qui est bien et de ce qui est mal.
En janvier 2008, Jean-Marie Bockel, quand vous étiez secrétaire d’Etat à la Coopération, vous aviez voulu signer l’arrêt de mort de la Françafrique. Vous aviez dénoncé publiquement le fait que la France attribue son aide à des pays qui gaspillent leurs ressources pétrolières. Est-ce que vous pensiez notamment au Congo-Brazzaville ?
Je ne pensais pas à un pays en particulier, mais c’est vrai que parmi les réactions vives qu’il a pu y avoir, il y a eu le cas du Congo Brazzaville. Ça je ne dis pas le contraire, c’est la réalité historique, c’est sûr.
A l’époque on a beaucoup dit que c’était surtout le Gabonais Omar Bongo qui avait demandé votre tête au président Sarkozy. Mais est-ce que c’était vraiment lui ?
Il a évidemment réagi assez vivement sur le moment, mais j’ai eu aussi moi l’occasion tout de suite après mes déclarations, de faire la part des choses. Et je pense que ce n’était pas du Gabon que sont venues les réactions les plus virulentes à l’époque.
Elles sont venues du Congo-Brazzaville ?
Pas seulement. Mais il y a eu effectivement au Congo-Brazzaville une réaction assez vive. Ça c’est sûr !
Et aujourd’hui que pensez-vous de la réaction de François Hollande face à ce référendum constitutionnel ?
Je pense que François Hollande sur l’Afrique a une attitude, un état d’esprit avec lequel je suis plus souvent en accord qu’en désaccord. Et j’inclus bien sûr l’action du ministre Le Drian dans mon jugement plutôt positif. Pour autant, personne n’est parfait. Et c’est vrai que sur cette question du référendum constitutionnel, le fait de réagir un peu vite d’abord puis ensuite de corriger le tir, c’est à éviter quand c’est possible. Mais en même temps, là aussi on est dans une situation qui est difficile à évaluer et qui est évolutive. Donc je ne me permettrais pas non plus d’être trop sévère dans mon jugement.
Dans un premier temps François Hollande a dit que Denis Sassou Nguesso avait le droit d’organiser ce référendum, tout en devant essayer d’apaiser et de rassembler. Dans un deuxième temps il a rappelé ses propos de Dakar 2014 à la Francophonie contre les changements opportunistes de Constitution. Quel est le vrai François Hollande à votre avis ?
Je pense que le vrai François Hollande c’est quelqu’un qui rappelle certains principes dans la relation et qui d’autre part applique le principe de réalité avec les alliés de la France. Donc c’est toute la difficulté de l’exercice ! C’est une ligne de crête la position qu’il faut avoir.
Le Congo-Brazzaville est un pays producteur de pétrole et où la compagnie française Total est très présente. Est-ce que ce paramètre peut entrer en ligne de compte dans la réaction de l’Elysée ?
Le paramètre économique est un des éléments du principe de réalité.
Europe-Ecologie-Les-Verts demande au gouvernement français de suspendre immédiatement sa coopération militaire et policière avec le régime de Denis Sassou Nguesso.
Oui. Ce n’est pas la position de l’UDI, ce n’est pas ma position. Je pense que suspendre les relations c’est un fusil à un coup. C’est à dire qu’une fois que c’est fait, c’est fait. Et le levier que constitue cette menace disparaît. Donc s’il faut le faire, il faut le faire au bon moment et après que tous les aspects de la situation dans ce pays aient été examinés. Et surtout pas dans la précipitation, alors que nous sommes par ailleurs dans un contexte géopolitique particulièrement difficile. Donc aujourd’hui pas de condamnation, pas de suspension de la coopération, mais une attention forte, des questions, un suivi jour après jour, peut-être des exigences.
Et des questions au Sénat aussi, Jean-Marie Bockel ?
Pourquoi pas, c’est une possibilité. Mais la question, il faut la poser en ayant tous les éléments et au bon moment.