Après son exil en Guinée Équatoriale, Yahya Jammeh va-t-il échapper à toute poursuite judiciaire ? Pas si sûr. L’Algérien Smaïl Chergui est le commissaire Paix et sécurité de l'Union africaine. En marge du prochain sommet de l’Union africaine qui se tiendra lundi 30 et mardi 31 janvier, le numéro 2 de la commission de l’UA répond à Addis-Abeba aux questions de nos envoyés spéciaux. Il s’exprime aussi sur le Congo Kinshasa.
RFI : Smaïl Chergui, le président Adama Barrow est attendu ce jeudi à Banjul. Votre réaction ?
Smaïl Chergui : Il me semble que c’est un très grand évènement pour la Gambie, mais aussi pour toute l’Afrique. On y voit là le triomphe du respect des principes qui gouvernent l’Union africaine en matière de gouvernance. Je salue évidemment la part très importante prise par la Cédéao et évidemment accompagnée par l’Union africaine et les Nations unies pour arriver à cet objectif. Evidemment, quand on parle de la Cédéao, il y a les chefs d’Etat qui avaient un mandat, mais il y a aussi la mission de dernière minute du président Abdel Aziz de Mauritanie et du président Condé de Guinée. Nous avons évité l’effusion de sang. Donc c’est une excellente nouvelle pour nous en Afrique, mais également pour tous ceux qui croient en la démocratie et en son approfondissement à travers le monde.
Ce que vous dites c’est que malgré les textes qui ont été adoptés ces derniers jours rien n’empêche les futures autorités de Gambie de déclencher des poursuites judiciaires contre Yahya Jammeh ?
Evidemment, au cours de la discussion il voulait avoir quelques garanties. Donc c’est là que les trois organisations viennent travailler ensemble pour produire ce communiqué. Et si on le lit bien, à chaque fois on dit que les trois organisations allaient mettre des efforts auprès du gouvernement pour assurer tel ou tel objectif, la protection de ses biens, de sa famille… Donc il ne s’agit pas d’un document qui produit, ipso facto, cette protection juridique.
Cette impunité on peut dire ?
Cette impunité. Je crois que nous avons tous entendu le président élu Adama Barrow qu’il voulait instituer une commission vérité et justice. Donc évidemment, les institutions du pays sont libres après de diligenter tel ou tel dossier. Comme vous l’avez vu dans le texte adopté par les Nations unies, l’Union africaine et la Cédéao, il est dit qu’il pourrait revenir en tant que citoyen et ancien chef d’Etat. Et donc à ce titre, il est justiciable comme n’importe quel ancien chef d’Etat dans d’autres pays.
Ce que disent beaucoup de gens d’Afrique centrale, c’est que quand il y a une crise politique grave en Afrique de l’Ouest, la sous-région Cédéao joue pleinement son rôle – on l’a vu en Gambie –, mais quand il y a une crise grave en Afrique centrale comme au Gabon au mois d’août-septembre dernier, la sous-région Afrique centrale ne joue pas le même rôle. Est-ce qu’il n’y a pas un déficit de démocratie en Afrique centrale ?
Je ne le pense pas. Vous voyez maintenant toutes ces avancées que nous avons réalisées en République démocratique du Congo. Donc dans l’ensemble quand on observe le continent, on avance. Et puisqu’on est en Afrique de l’Ouest, il y a eu, je crois dernièrement, huit élections. Sur les huit, six ont été gagnées par l’opposition. Je crois que c’est un indice extrêmement fort.
Alors justement en République démocratique du Congo vous avez été au cœur d’une médiation il y a six mois. Mais est-ce que ce ne sont pas finalement les évêques congolais qui ont réussi ce que vous aviez du mal à faire ? C’est-à-dire faire signer toute l’opposition ? C’était le 31 décembre dernier.
De fait, je suis personnellement très content de ce développement, que le prolongement de l’action de l’Union africaine soit réellement une initiative nationale congolaise. Donc je rends hommage à la Cenco, aux évêques. On sent que c’est vraiment inclusif.
Cela dit, l’accord du 31 décembre met beaucoup de temps à être mis en œuvre. Est-ce que vous croyez vraiment que d’ici la fin de cette année il y aura une nouvelle élection présidentielle et que le président Kabila quittera le pouvoir ?
Je pense qu’il a démontré qu’il était un vrai leader responsable, conscient de l’intérêt de sa nation. Nous croisons les doigts pour que les choses continuent ainsi.
Et qu’il tiendra parole ?
Mais il me semble, puisque cet accord a été signé. C’est lui-même qui a donc chargé la Cenco de continuer cet effort. Tout porte à croire que cet accord rencontre l’agrément et le soutien de tous.