Le Rwanda répond au rapport des experts des Nations unies. Selon une enquête qui a fuité dans la presse cette semaine, Kigali aurait déployé des centaines de soldats dans l'Est de la République démocratique du Congo, et ce depuis novembre. Les Rwandais soutiendraient aussi les rebelles du M23. Hier sur notre antenne, Christophe Lutundula, le ministre des Affaires étrangères de la RDC, a accusé le Rwanda d'avoir violé la souveraineté du Congo et demande à la communauté internationale de prendre des sanctions. Ce matin, réponse de son homologue, le chef de la diplomatie rwandaise, Vincent Biruta. Ce dernier explique ne pas avoir lu le rapport mais il émet déjà des doutes sur son impartialité.

Comment réagissez-vous à ce rapport de l’ONU ?

Vincent Biruta: J’ai entendu que le Rwanda était accusé d’être intervenu auprès du groupe M23 en RDC. J’espère que les experts ont pu fonder un rapport basé sur des faits, et si les experts n’ont vu que les soldats rwandais, n’ont pas pu voir les membres des FDLR, n’ont pas pu rapporter sur la collaboration des FDLR et des forces armées de République Démocratique du Congo. Si les drones qu’ils ont utilisés ont vu des soldats Rwandais et n’ont pas pu identifier les pièces d’artillerie qui ont bombardé le territoire rwandais à partir de la RDC le 19 mars, 23 mai et le 10 juin. Si les experts n’ont pas pu rapporter sur les discours de haine qui ont été diffusés ces derniers temps par les dirigeants du gouvernement, les membres de la société civile, et par des individus congolais, il y aurait un problème.

À l’aide d’images de drones, de multiples photos, de vidéos, de témoignages, les enquêteurs affirment avoir des preuves solides montrant que l’armée rwandaise est présente dans l’Est du Congo, depuis novembre dernier. Est-ce que vous confirmez la présence de vos soldats au Congo ?

Je ne confirme rien. Mais je dis bien qu’un rapport comme celui-là, si les experts ont fait leur travail, ils devraient aussi avoir regardé tous les côtés et avoir vu aussi la collaboration entre les FDLR et les FARDC, les pièces d’artillerie qui ont bombardé le territoire rwandais à partir du territoire congolais à trois reprises. J’imagine que les experts ont pu aussi enquêter sur les FDLR, qui sont la cause de tous les problèmes que vous voyez, le M23 je ne crois pas que ce soit la cause des problèmes, c’est une conséquence des problèmes de l’exportation de l’idéologie génocidaire par les FDLR qui ont attaqué les populations congolaises et en ciblant des communautés particulières, c’est cela qui a fait qu’il y a eu des groupes successifs qui ont été créés par les uns et les autres pour se défendre contre les FDLR. 

À l’Est de la RDC il y a plus de 130 groupes armés, le groupe des experts s’intéresse particulièrement à un seul, ils font des efforts énormes pour les relier au Rwanda et ils pensent qu’ils ont découvert quelque chose d’énorme. Là c’est grave, la chose énorme qui aurait pu être découverte, qui est visible c’est la présence des FDLR avec l’idéologie génocidaire. C’est comme un médecin qui irait traiter des symptômes sans se soucier de la cause de la maladie.

Pourtant le rapport s’attarde beaucoup sur le cas du M23. Le rapport affirme que les militaires rwandais soutiennent, en matériel et en armes, les rebelles du M23. Est-ce que c’est vrai ?

Nous, nous allons commenter ce rapport sur la base des éléments qui sont présentés dans ce rapport, quand nous aurons reçu ce rapport. Maintenant que j’aille me prononcer sur base des éléments qui ont été présentés dans ce rapport qui n’a pas été soumis officiellement, mais dont une fuite a été organisée pour des raisons qui sont connues par les experts qui ont organisé cette fuite, ce serait dangereux, ce serait m’aventurer dans des spéculations qui ne contribueraient pas nécessairement à résoudre la question d’insécurité dans notre sous-région.

Le rapport montre aussi la collaboration entre l’armée congolaise et divers groupes armés, que soldats congolais et miliciens ont combattu ensemble le M23 et les soldats rwandais, que les FARDC ont donné des armes et des munitions à ces mouvements.  Comment réagissez-vous à cela ?

Nous, nous avons dénoncé depuis le début la collaboration entre les FARDC et le FDLR et il y a des preuves que les experts ne voient rien, que la Monusco qui est présente sur le terrain tout le temps ne voit rien pendant 20 ans, c’est un problème donc c’est un rapport qui devrait être biaisé et qui avait pour objectif d’incriminer le Rwanda.

Sur cette collaboration entre armée congolaise et FDLR dont vous estimez avoir des preuves, qu’est-ce que le Rwanda demande dans ce dossier ?

Nous demandons que la communauté internationale et le gouvernement congolais s’occupent de la question des FDLR et d’autres groupes armés qui déstabilisent la région. Tous ces groupes armés avec l’idéologie génocidaire et qui ont le plan de déstabiliser le Rwanda et de continuer ou de terminer le génocide qu’ils n’ont pas pu terminer d’après eux, là c’est notre souci majeur. Tant que ce problème ne sera pas résolu, tant que la communauté internationale et le gouvernement congolais ne vont pas être sérieux avec ce problème. En tout cas les relations entre la RDC et le Rwanda vont continuer à être perturbées.

Dans ce contexte-là, est-ce que les négociations avec la RDC sous médiation de l’Angola, sont mortes ?

Non, pas mortes en ce qui nous concerne. On est disposé à contribuer positivement aux mécanismes régionaux qui sont en place et je rappelle que le processus de Nairobi comprend deux composantes : il y a un processus politique et puis il y a une intervention militaire, et rien n’empêche qu’un processus politique soit mis en marche même maintenant, mais rien n’empêche qu’aujourd’hui le gouvernement congolais parle aux différents groupes armés, dont le M23 qui a signé des accords déjà en 2013 avec le gouvernement congolais qui n’ont pas été mis en œuvre. Donc je demanderai que le processus politique que les chefs d’Etats ont recommandé à Nairobi se mette en marche, et rien ne l’en empêche, ce qui l’empêche c’est peut-être le manque de volonté politique de la part du gouvernement congolais. J’imagine que ce processus politique pourrait aussi trouver une solution aux dizaines de milliers de réfugiés congolais qui viennent de passer au Rwanda et en Ouganda plus de 20 ans. On traite la question du M23 mais le M23 ils ont repris les armes pourquoi ? Je rappelle encore une fois que le M23 est un mouvement congolais composé peut-être d’une grande majorité de Congolais qui parlent le kinyarwanda, et s’ils parlent le kinyarwanda c’est à cause de l’histoire, ce n’est pas eux qui sont à l’origine de ce problème. Et donc si on veut une solution durable, il faut regarder tous ces problèmes à la base de la situation d’insécurité dans notre sous-région.

Pour que les choses aillent mieux, la RDC demande que le Rwanda cesse de violer sa souveraineté, d’envoyer des soldats sur son territoire et de soutenir le M23. Comment réagissez-vous à cela ?

Le principe de souveraineté s’applique aussi bien à la RDC qu’au Rwanda. Quand on entretient des groupes armés comme les FDLR pendant des dizaines d’années, quand les FRDC s’associent avec les FDLR qui bombardent les territoires rwandais, une, deux, trois fois, ça c’est une violation de notre souveraineté nationale, c’est une violation de l’intégrité territoriale, il faut commencer par respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale des voisins.

Après le rapport ne parle pas de soldats congolais entrés au Rwanda mais plutôt de centaines de soldats rwandais entrés au Congo depuis novembre…

Ecoutez, que ce soit 10, 20, 30, ça ne compte pas. Moi je vous dis, il y a des attaques sur le territoire rwandais à partir du territoire congolais. Et il y a eu des FDLR qui collaborent avec les FARDC qui se sont infiltrés sur notre territoire au mois de novembre 2021, ça c’est la dernière attaque, et qui ont tué des citoyens rwandais, c’est une violation de la souveraineté, c’est une violation de notre intégrité territoriale, et c’est une menace à la sécurité de notre pays et donc tout cela ça doit être pris en sérieux, ce n’est pas une question de dizaine, vingtaine, centaine, ça, ça importe peu.