Une année d'enquête pour dévoiler la France du sexisme, des discriminations, des abus et des violences faites aux femmes. Ce qu'elle a vu, entendu et compris, Astrid de Villaines le raconte dans un livre, « Harcelées » (éd. Plon).

Astrid de Villaines est, sur certains aspects, tombée des nues. "Je m'attendais à rencontrer des femmes qui avaient vécu des discriminations, du harcèlement de rue, des inégalités, des violences bien plus graves. Mais je ne pensais pas qu'elles cumuleraient pour la plupart les violences et les discriminations. Souvent j'allais parler du harcèlement sexuel sur le lieu de travail d'une femme, et elle me racontait le viol qu'elle avait vécu à 14 ans. Une autre fois je parlais du harcèlement de rue avec une jeune femme de 30 ans à Paris, et elle me racontait comment son conjoint était violent. C'est assez fréquent, et c'est à ce moment-là que je me suis dit que la situation est bien plus grave, et que l'on peut parler d'un système" explique-t-elle.

Système, un mot fort que la journaliste assume parfaitement. "Ce n'est pas organisé, mais depuis des millénaires, les femmes sont dominées par un système patriarcal. Je n'aurai pas pu le dire comme ça avant d'enquêter. Mais une fois que vous allez dans une, deux, trois ou quatre, quinze ou vingt entreprises et qu'à chaque fois il y a des agressions sexuelles sur le lieu de travail et qu'il ne se passe rien, qu'il y a un climat sexiste sur le lieu de travail et qu'il ne se passe rien, voire des viols etc, c'est qu'il existe bien un système patriarcal" ajoute Astrid de Villaines.

Ces femmes meurtries, Astrid de Villaines en a rencontrées plusieurs. Et au moment de la rencontre, intervient un vrai travail afin de libérer la parole. "C'est un peu le paradoxe. Elles ont envie de parler. Même celles qui ont vécu des choses très graves, comme par exemple quinze ans de violences conjugales. Pour autant, la plupart de ces femmes n'apparaissent pas sous leur vrai nom. La libération de la parole est encore entravée" lance la journaliste.

Avant son tour de France, la journaliste estimait qu'il existait peut-être certaines zones du pays où il faisait bon vivre pour les femmes. "Le sexisme et le patriarcat n'épargnent aucun territoire et aucun milieu social. Par exemple, on pense souvent que le harcèlement de rue se pratique plus souvent en banlieue, mais c'est la même chose dans les territoires ruraux, et dans les tours de la Défense ou dans les entreprises du CAC40" admet Astrid de Villaines.

Face à tous ces comportements déviants dénoncés par la journaliste, il faut aujourd'hui une réponse politique forte. "Il y a des choses qui sont faites. La société prend conscience. Mais d'un point de vue politique, il faut de l'argent. Si l'on prend l'exemple de l'Espagne, le budget alloué aux droits des femmes est sept fois supérieur à celui de la France, et le nombre de féminicides est trois fois inférieur..." conclut Astrid de Villaines.