Il est loin le temps où les hippies des années 60 colonisaient la Silicon Valley. Les colliers de fleur et les cheveux longs ont laissé place aux cols blancs et aux innovations technologiques, dans ce berceau entrepreneurial américain. "C'est une bande de territoire assez petite, et il y a une sorte d'hyperconcentration d'entreprises que nous connaissons bien, nous qui baignons dans cet univers numérique" présente Fabien Benoît, journaliste, documentariste, spécialiste des nouvelles technologies, auteur de "The Valley : une histoire de la Silicon Valley" (éd. Les Arènes). "Ce n'est pas très spectaculaire. Il n'y a pas de signe extérieur de grandeur. Un ingénieur de la Silicon Valley disait que c'est une révolution intérieure. Il y fait très beau, c'est un territoire séduisant. Ce n'est pas désagréable en termes de qualité de vie" explique-t-il.
 
"On parle assez peu du passé dans la Silicon Valley, ce qui compte, c'est le futur"
La Silicon Valley provient de plusieurs mythes fondateurs, parmi lesquels la ruée vers l'or et le mouvement hippie. "C'est une histoire américaine avant tout. La Californie, c'est le territoire de la ruée vers l'or, où l'on partait pour changer de vie, changer le monde. On retrouve cela dans les discours de la Silicon Valley. Il y a cette dimension quasi-messianique et cette volonté de tout recommencer. On parle assez peu du passé dans la Silicon Valley, ce qui compte, c'est le futur" lance-t-il encore.

 "La Silicon Valley a une capacité à se travestir impressionnante. Ce serait une sorte d'endroit cool, sympa, où l'on traite bien ses employés. Pourtant ce n'est pas vraiment ça, on commence à s'en rendre compte. Derrière la célébration de l'économie du partage, on a découvert les ravages de l'uberisation : le fait de battre en brèche les lois, les règles collectives, de ne pas bien traiter les travailleurs. Le vernis craquelle" analyse encore le journaliste. Ce dernier croit pourtant à une forme de sincérité chez les entrepreneurs de la Silicon Valley. "Ils sont sincères quand ils disent qu'ils veulent changer le monde, le problème c'est qu'ils veulent le changer tout seul" lance-t-il.
 
Un droit à la déconnexion
Décrivant une société individualiste, Fabien Benoît revient sur l'entrevue à l'Elysée entre Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg, le patron de Facebook. Une réception qui avait fait couler beaucoup d'encre, et où certains n'avaient pas hésité à comparer le PDG du réseau social en chef d'Etat. Une comparaison qui n'émeut pas Fabien Benoît. "Quand j'avais écrit mon petit opus sur Facebook, je comparais le réseau social à un Etat. Facebook veut par exemple créer sa monnaie. Il est devenu incontournable, influence les élections etc." dénonce-t-il encore.

Fin observateur de cet espace de création technologique, et de liberté sans fin, Fabien Benoît milite aujourd'hui pour un droit à la déconnexion. Un message qui va clairement à l'encontre de notre société ultraconnectée. Il incite également les utilisateurs des produits commercialisés par ces GAFA à se détourner des entreprises dont ils ne partageraient pas les valeurs. Consommer militant, en quelque sorte.