La Turquie d’Erdogan enchaîne les démonstrations de force depuis plusieurs années. L’actuel président turc semble inarrêtable. Jusqu’où ira-t-il ? Jean-François Colosimo s’interroge. L’historien et théologien publie "Le sabre et le turban" (éd. Cerf).

Depuis la France, "nous voyons deux Turquies, une qui serait la bonne et une la mauvaise", explique Jean-François Colosimo. Il estime que "le cœur français incline plutôt à la Turquie d’Atatürk". L’ancien président de la Turquie, de 1923 à 1938, représente la réforme, le progrès, l’occidentalisme, quand l’actuel président est perçu comme "le réactionnaire, le religieux", affirme Jean-François Colosimo.

Selon le théologien, "il y a une seule Turquie, c’est la même qui a essayé tous les extrêmes. Elle a été une fabrique identitaire. Le moteur est le même, le carburant a changé: Atatürk a nationalisé l’islam et Erdogan islamise la nation". 

La laïcité sous Atatürk
Il reste souvent de l’ancien président Mustafa Kemal Atatürk une certaine vision de la laïcité. Jean-François Colosimo tempère : "La laïcité chez Atatürk, ça veut dire que l’islam est totalement intégrée dans l’État et il n’y a qu’une seule religion, l’islam de l’orthodoxie sunnite. Cette machine-là est une machine à cloner".

Le Vatican essaye d’être reconnu par la Turquie et se casse systématiquement les dents. "L’acte de naissance de la Turquie moderne, c’était le traité de Lausanne [...] et ce sont les frontières que l’on connaît aujourd’hui avec des obligations à l’égard des minorités grecques et arméniennes pour ce qui est des chrétiens. Dans le territoire de la Turquie actuelle, en 1900 il y a 30 à 40% de chrétiens. Aujourd’hui, il y en a presque 0,1%", explique Jean-François Colosimo.

Une puissance militaire
L’actuel président turc est connu pour ses démonstrations de force, exacerbées ces derniers mois. "Erdogan a profité du chaos de la pandémie pour s’affronter face à la France et à la Russie en Libye", mais aussi pour affronter les Grèce en Méditerranée orientale, estime l’historien.

Mais les États voisins semblent avoir du mal à l'arrêter. "Face à cette volonté de rasseoir la grandeur perdue, nous voyons que nous autres sommes faibles", affirme Jean-François Colosimo. "Lorsqu'on propose de poser des sanctions sur le gouvernement d’Erdogan, parce qu’il est faible économiquement, c’est l’Allemagne qui dit non. Erdogan tient les migrants", ajoute-t-il. Le pays a reçu 6 milliards d’euros versés de l’Union européenne pour retenir les migrants.