Coronavirus: une Eglise au chevet des malades
L’épidémie de coronavirus cloître l’Italie chez elle, et le Vatican y compris. Au début de son pontificat, beaucoup craignaient que le pape François ne soit assassiné. Aujourd’hui, on prie pour qu’il ne tombe pas malade. "Heureusement, le pape François a eu une grippe et aujourd’hui il n’y a pas d’alarme pour la santé du pape. Au Vatican, il y a des restrictions. Il n’y a plus d’audiences générales place Saint Pierre. Les musées sont fermés, les archives sont fermées, tout comme les cantines" explique le journaliste Marco Politi, vaticaniste, auteur de "La solitude de François" (éd. Philippe Rey).

Malgré les interdits formulés par les autorités au sujet du coronavirus, le pape François a appelé les prêtres à se rendre au chevet des malades. "Le pape a toujours pensé que la chose la plus importante c’est que l’Église soit auprès des hommes et des femmes dans leur difficulté. Il ne veut pas une papauté monarchique, une Église qui soit une sorte de douane, il prêche une Église de la miséricorde" ajoute-t-il.
 
"Le pape François a beaucoup d'ennemis"
Une demande pontificale qui s’explique aussi, pour Marco Politi, par cette nécessité qu’a le pape François de "se trouver face à face avec une personne". "Il a toujours dit qu’on doit regarder face à face les pauvres, les grands problèmes de notre monde contemporain. Il parle de l’inégalité, des nouvelles formes d’esclavage, de la protection de l’environnement. Il parle surtout contre un système économique prédatoire. C’est pour cela qu’il a beaucoup d’ennemis à l’extérieur et à l’intérieur de l’Église. A l’intérieur, ce sont les conservateurs qui ne veulent pas de réformes. A l’extérieur, ce sont les groupes économiques qui ne veulent pas qu’il parle contre une économie qui ne tient pas compte des droits des hommes, des pauvres, qui met à l’écart" lance encore le journaliste.

Le pape François va célébrer ses sept ans de pontificat. L’année 2018 semble avoir été une année charnière, une année terrible, dans ce pontificat. "Il y a eu de grandes discussions sur les abus sexuels, sur les scandales de l’Église, sur ces crimes épouvantables commis par des prêtres pendant des siècles. Le pape a connu beaucoup de sabotages ces dernières années dans la Curie. Dans les derniers mois, le pape a pris des décisions très importantes : abolir le secret pontifical sur les abus sexuels, et fixer la procédure d’urgence pour poursuivre un évêque qui a étouffé des scandales" rappelle Marco Politi.

Pour ce dernier, le cas du cardinal Barbarin, dont le pape a accepté la démission vendredi dernier, est typique. "Ce qu’avait fait le père Preynat n’était pas durant la période où Barbarin était cardinal à Lyon, mais tout de même, le cardinal avait le devoir moral de le dénoncer à la justice française. Des choses comme ça se sont passées dans le monde entier, c’est pour cela que le pape a réuni les présidents des conférences épiscopales en février dernier pour mettre en place un système où les victimes peuvent dénoncer des abus sexuels" précise-t-il.
 
"Une guerre politique à l'intérieur du monde catholique"
La question des abus sexuels est une bonne illustration, pour le journaliste, de la solitude du pape François. "C’est quelque chose que l’on peut toucher ici à Rome. 85% des conférences épiscopales n’ont pratiquement rien fait pour combattre les crimes sexuels. […] Il n’est pas totalement isolé, mais on voit une passivité dans l’Église mondiale. Il y a des attaques systématiques des conservateurs" lance le journaliste.

Quoi qu’il en soit, pour Marco Politi, "le pape François a ouvert des processus. Mais beaucoup dépendent désormais de la succession. Il y a une guerre politique à l’intérieur du monde catholique. Certains souhaitent que le pape s’en aille. Le pape va continuer. Mais l’opposition pourrait manipuler le prochain conclave. C’est ce qu’a déclaré le supérieur des jésuites".