durée : 00:04:14 - Le zoom de la rédaction - par : Sophie BECHEREL - L'éclairage nocturne, outre qu'il gêne les observations du ciel, perturbe les organismes vivants. Face aux menaces sur la biodiversité et sur la santé humaine, la métropole de Montpellier a décidé d'un plan. Images satellites et études de terrain vont l'y aider.

Dans le quartier Richter, le long du Lèz, après des heures de pluie, les passants profitent d'une éclaircie à la tombée de la nuit pour déambuler sur la promenade piétonne. Aucun ne prête attention à l'éclairage public. Pourtant ici, on peut voir l'avant et l'après des efforts entrepris pour maitriser la pollution lumineuse dans la ville. Les lampadaires, autrefois équipés de 2 tubes néons verticaux de 120 watts et rayonnant à 360 ° ont été modifiés. Des LED soigneusement choisies et orientés vers le sol diffusent une lumière plus douce dont la puissance a été réduite de moitié. "Un travail très fin adapté aux besoins des usagers" commente Philippe Clavel, responsable du bureau d'étude conception d'éclairage à la métropole de Montpellier_.Le halo lumineux de Montpellier visible depuis le Mont AigualCela fait 30 ans que ce Cévenol s'attache à limiter la pollution lumineuse. Une menace planétaire qui alarme astronomes,  écologues, médecins et amoureux de la voie lactée. "Il suffit d'aller sur le Pic Saint Loup en pleine nuit pour constater le halo lumineux généré par la métropole. Par beau temps, on le voit même depuis le Mont Aigual à 50km d'ici" raconte Stéphane Jaulin, de l'Office pour les insectes et leur environnement (OPIE).L'arrivée des LED, ces diodes électroluminescentes bon marché a engendré une "folie de l'éclairage" constatent ensemble Philippe Clavel et Stéphane Jaulin. Ronds-points, façades, arbres, on s'est mis à tout éclairer. Pourtant l'alerte est générale. Parmi les très nombreuses espèces nocturnes, les papillons. "Ce sont de gros pollinisateurs" rappelle Stéphane Jaulin. "Il existe en France 260 espèces de papillons de jours et 5000 qui vivent la nuit. La reproduction des plantes à fleurs se font grâce à ces espèces nocturnes_. Or l'éclairage nocturne les gêne dans leur cycle, leur capacité à se nourrir, se reproduire, ce qui fait qu'elles ne peuvent plus polliniser les plantes". Ce biologiste cite aussi les chenilles qui disparaissent là où il y a des lampadaires selon une étude anglaise ou encore la compétition entre éclairage public et naturel chez les vers luisants. Les mâles n'arrivent plus à trouver les femelles. La reproduction chute. Sans parler des espèces qui se dirigent avec les astres ou la lune et qui, éblouit, terminent leur vie par un crash sur des phares de voiture ou un réverbère.Un état des lieux des trames noires La métropole a donc décidé de lancer une étude avec l'INRAE et l'OPIE  pour établir un inventaire des espèces présentes et mesurer sur la durée l'impact de l'éclairage urbain. Dans un premier temps, une cartographie de la pollution lumineuse (la trame noire) sera réalisée afin de la superposer par la suite à la carte de la trame verte (continuité de végétation indispensable à la conservation de la biodiversité).Pour y parvenir, les élus ont fait appel aux experts de DarkSkyLab, un bureau d'étude spécialisé dans la pollution lumineuse, lequel s'appuie sur les images satellitaires décryptées par les  membres de la TeleScop, une société coopérative et participative montée par d'anciens chercheurs. Il faut d'abord "grâce aux images satellites, détecter les endroits les plus contributeurs de  pollution lumineuse" détaille Bastien Nguyen Duy-Bardkaji, l'un des fondateurs. Seuls deux satellites permettent à ce jour de réaliser cet inventaire ajoute t-il: l'un de la NOOA (service météo de la NASA) qui met ses images à disposition depuis 2011 et l'autre chinois Jilin de la société CGsat. Le premier, avec ses images de grande superficie permet d'établir un état des lieux à l'échelle régionale quand le second avec son important niveau de détail permet de distinguer des détails à l'échelle d'un quartier.Face à l'écran d'ordinateur