« Quand Ed Wood est Coupé au Montage » C'est l'histoire d'un cinéaste qui n'avait pas de talent. Mais qui avait la foi. L'histoire d'un type qui faisait son travail avec sincérité, une sincérité naïve et enfantine qui a fini par séduire. Mais séduire après sa mort, d'abord auprès d'un cercle de happy fews, heureux d'exhumer quelques pépites d'humour involontaire suite à la parution d'un livre proclamant Plan 9 From Outer Space « plus mauvais film de tous les temps ». Le grand public, lui, l'a découvert en 1994 avec le film que Tim Burton lui a consacré. Malgré Johnny Depp au générique, des bonnes critiques et deux Oscars mineurs, ce biopic fut un échec commercial, comme l'ensemble de la carrière d'Ed Wood, qui semblait trimballer une poisse contagieuse... Ce qui ne l'empêchait pas de remettre le couvert, encore et encore, animé par une passion qui datait de l'enfance. Quand il est petit, dans les années 20, Ed Wood se déguise. Une habitude héritée des marottes de sa mère, qui lui met des robes. Il partage sa jeunesse entre l'écriture de petits scénarios qu'il fait jouer par les gamins du quartier, et le cinéma du coin qu'il fréquente assidument. Il commence dans le métier après la guerre, où il récolte en tant que Marine une médaille de bravoure et quelques blessures. Plus tard, il confessera avoir porté des dessous féminin pendant le service, comme il en mettra aussi sur les plateaux de tournage, cachés sous des pulls angora. Il débute par des petits boulots dans les films des autres, où il observe de loin comment se fabrique la magie du 7ème art. De fil en aiguille, à force de frapper aux portes, il obtient la direction d'un projet d'adaptation ciné de la biographie d'un transsexuel, un thème qui le fascine. Nom du long métrage : Glen ou Glenda, dans lequel le transsexuel sera finalement un travesti. Il s'octroie évidemment le premier rôle, trop heureux de pouvoir se costumer et il y fait jouer une ancienne grande star de l'époque, l'acteur Bela Lugosi qui deviendra son égérie. Lugosi est en fin de parcours, ruiné, il cachetonne dans des micro-rôles après avoir connu la gloire dans des rôles d'épouvante. Ils ne vont plus se quitter, malgré la série d'échec qu'enquille Ed Wood avec absolument tous les films qui suivent, et qui sont fabriqués dans des conditions pour le moins cocasses. Par exemple, pour La fiancée du Monstre, le financement principal du film vient d'un boucher industriel qui met ses conditions. Il veut une explosion atomique, et qu'on donne le premier rôle à son fils, qui n'a jamais fait de cinéma. Ed Wood accède à sa demande. Le film passe inaperçu. Mais la collaboration continue. Bela Lugosi meurt d'une crise cardiaque après avoir tourné les premiers rushes de ce qui devait être le chef d'oeuvre d'Ed Wood, Plan 9 From Outer Space. Le réalisateur décide de garder ces images pour les intégrer au film et de le faire remplacer dans la suite de son rôle par le chiropracteur de sa femme, qui doit masquer son visage pendant tout le tournage pour qu'on ne remarque pas le changement d'acteur. Ed Wood n'arrêtera jamais de tourner, il diversifiera ses activités, jouera dans des pornos softs, écrira des romans, avec une belle constance dans l'art de fabriquer des navets. Il en signera certain d'un pseudo, Akdov Telmig. Lu à l'enver, ça donne Vodka Gimlet, soit son cocktail préféré. Ed Wood meurt à 54 ans, usé par l'alcool. Il est aujourd'hui considéré comme culte, et sa filmo a été traduite en français.