durée : 00:06:51 - Les enquêtes musicales de Claude Abromont - par : Claude Abromont - Dans l’écriture de piano de ses ultimes sonates, par exemple dans l’Arietta de la dernière, on aborde des rivages d’une profondeur inouïe. Mais, avant de devenir si proche de la philosophie, le piano a surtout été une voix pour Beethoven. Et dans sa Fantaisie pour piano, chœur et orchestre, lorsque l’orchestre entre après l’improvisation introductive, il se passe quelque chose d’exceptionnel. Un véritable dialogue. Pendant lequel chacun s’exprime, restant dans sa propre sphère psychologique. L’auditeur assiste à la naissance du thème. Les cordes de l’orchestre jouent dans un esprit actif, comme une marche conquérante. Le piano, à l’inverse, est méditatif, presque implorant. Puis, progressivement l’orchestre le gagne à sa cause. Les cors donnent alors le signal de l’aboutissement, et le piano entonne le thème des variations.

Cette idée d’aborder la musique comme un combat psychologique n’est évidemment pas neuve. Elle a au contraire été abondamment pratiquée à l’époque de Carl Philipp Emanuel Bach. Il a écrit une sonate en trio, surnommée Le Sanguin et le Mélancolique qui est véritablement spectaculaire : chacun des deux violons exprime un tempérament psychologique différent et tente d’entraîner l’autre.

La section de transition de la Fantaisie de Beethoven ne serait-elle qu’un anachronisme ? À nouveau, il faut se souvenir du concert que cette Fantaisie doit couronner. Sa première partie s’est achevée par la création du Quatrième concerto de Beethoven. Beethoven souhaite probablement, avec cette section en dialogue de sa Fantaisie, rappeler le mouvement lent de son concerto, de façon symétrique à la fin de la seconde partie du concert.

Le mouvement lent du Quatrième concerto est sans comparaison aucune. À nouveau un dialogue, mais d’une radicalité inédite. L’orchestre s’exprime comme pour un récitatif vindicatif et énergique, tandis que le piano joue très délicatement, dans l’esprit d’un hymne intériorisé. Cette fois, c’est le piano qui va triompher, et non l’orchestre comme dans la Fantaisie. Dans le Concerto, l’individu réussit à transformer le monde et à l’amener vers la pensée. Dans la Fantaisie, c’est l’inverse, la société convainc l’individu de se joindre à elle pour célébrer la fraternité et la puissance de l’art.

Ludwig van Beethoven

Für Elise / Lettre à Élise - bagatelle n°25 en la min WoO 59 / pour piano

Alfred Brendel, piano

Vox Box

Ludwig van Beethoven

Fantaisie chorale en ut min op. 80 - pour piano, chœur mixte et orchestre

Ronald Brautigam, piano

Andrew Parrott, direction

Choeur de Chambre Eric Ericson

Orchestre Symphonique de Norrkoping

Ludwig van Beethoven

Concerto n°4 en sol maj op. 58 pour piano et orchestre : 2. Andante con moto

Alfred Brendel, piano

Simon Rattle, direction

Orchestre Philharmonique de Vienne

Philips