Ecoutez la chronique de Vincent Turban du 23 mars

Jimi-Hendrix-Album-Cover-41969, le Voodoo Child vit une année plutôt chaotique, sa formation The Jimi Hendrix Experience est en perte de vitesse, le guitariste est en mauvais terme avec son bassiste Noel Redding, furieux d’être devenu un faire valoir depuis l’enregistrement d’Electric Ladyland paru l’année précédente, et pour ne rien arranger Hendrix se fait pincer à sa descente d’avion avec quelques grammes de drogue à Toronto au mois de Mai.
L’Experience explose en plein vol, Jimi est désabusé et souhaite changer d’horizon musical, il retrouve l’inspiration dans la ville où il vit depuis 1968, New York The Big Apple, fait appel à son ancien camarade de l’armée le bassiste Billy Cox et au batteur/chanteur Buddy Miles. Cette union musicale permet à Jimi d’explorer une sensibilité plus funk par rapport aux explorations psychédéliques de son ancienne formation.
Les compositions prennent du relief et le nouveau groupe devient une machine aux rouages de plus en plus efficaces, ce changement artistique aura des répercussions sur la suite de sa carrière. Afin d’introniser sa nouvelle entité musicale, le power trio 100% afro américain investit le Fillmore East situé dans la Big Apple le temps de 4 concerts, 2 le jour de la St Sylvestre le 31 Décembre 1969 et 2 autres le 1er Janvier 1970.
De cette série de prestations, un album live est gravé pour le compte de Capitol Records pour faire cesser les poursuites engagées par Ed Chalpin suite à une rupture de contrat. Né de contraintes juridiques et non de la volonté du musicien lui-même, cet album sorti le 16 Avril 1970 continue d’alimenter un flot de controverses encore d’actualité, au point que le guitariste dira à l’époque, de son propre aveu « Si ça n’avait tenu qu’à moi, je ne l’aurais jamais sorti ».
Autre cible visée, le batteur Buddy Miles et son jeu de batterie, certes carré, mais manquant cruellement de relief et son côté « Soul Brother de service » qui cadre mal avec l’univers Hendrixien. Une erreur de casting diront certains…
Mais ne boudons pas notre plaisir, « Band Of Gypsys » contient suffisamment de matière sonore en fusion pour vous faire fondre vos oreilles, car en dépit d’une guitare parfois mal accordée, Jimi Hendrix reste le maître incontesté de la 6 cordes avec ce torrent de larsens, de feedbacks, et ce son trituré, torturé et gonflé par diverses pédales d’effets .Le meilleur exemple, l’inouï « Machine Gun » dans lequel Hendrix reproduit en direct, via la musique, les atrocités de la guerre en mimant les balles qui sifflent, les avions qui lâchent napalm et bombes, les cris de douleur.
« Who Knows », « Them Changes », »Power of Love » et “Message of Love” montrent une facette proche du funk avec cette section rythmique qui traumatisera toute une génération de musiciens. Au passage, Billy Cox est le meilleur bassiste qui officiera auprès d’Hendrix, car ce dernier reproduisait à l’identique sur sa Fender Jazz Bass les riffs de guitare envoyés par le virtuose de l’électricité.
Dernier album publié du vivant de Jimi (décédé le 18 Septembre 1970), « Band Of Gypsys » m’a permis de me familiariser avec la musique de l’un de plus grands musiciens du 20ème siècle. Un petit bémol cependant, 6 titres extraits de 4 concerts, c’est un peu court ? pourquoi ne pas sortir une anthologie complète des 4 prestations qui doivent exister à coup sûr dans les archives…