Bannière de l'émission

Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 23 avril 2019 sur radio Cause Commune
Intervenants : Xavier Berne - Véronique Torner - Stéfane Fermigier - Laurent Wargon - Vincent Calame - Frédéric Couchet
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 23 avril 2019
Durée : 1 h 30 min
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Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Sommaire 
  1. Transcription
    1. Chronique de Xavier Berne, Parcoursup (rediffusion)
    2. Les entreprises du logiciel libre
    3. Chronique « Jouons collectif »
    4. Annonces

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Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur libre préféré, rendez-vous sur le site de la radio, vous cliquez sur « chat » et vous rejoignez le salon consacré à l’émission Libre à vous !.
Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association nationale de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’association c’est april.org et vous retrouvez d’ores et déjà une page consacrée à l’émission du jour avec un certain nombre de références ; la page sera mise à jour après l’émission si nous citons de nouvelles références évidemment.
Je vous souhaite une excellente écoute.

Nous allons passer maintenant au programme de l’émission.
Nous allons commencer dans quelques secondes par un échange avec Xavier Berne, journaliste pour Next INpact, site qui traite d’informatique mais aussi de l’actualité politique et juridique liée à l’informatique.
D’ici une quinzaine de minutes notre sujet principal portera sur les entreprises du logiciel libre et, en fin d’émission, nous aurons la chronique de Vincent Calame qui est en train de s’installer en studio.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu.

Chronique de Xavier Berne, Parcoursup (rediffusion)

Tout de suite place au premier sujet. Initialement Xavier Berne devait faire une chronique en direct, mais il a eu un contretemps, donc nous allons diffuser la première chronique de Xavier qui était consacrée, il y a quelques semaines, à Parcoursup et sur le site vous trouvez déjà les références liées à Parcoursup avec ce que va nous expliquer Xavier. On se retrouve d’ici une douzaine de minutes après la chronique de Xavier Berne.

Xavier souhaite nous parler de Parcoursup. Parcoursup est une application web destinée à recueillir et à gérer les vœux d’affectation des futurs étudiants de l’enseignement supérieur public français, mise en place par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en 2018 dans le cadre de la loi orientation et réussite des étudiants. Elle remplace l’ancien système d’Admission Post-Bac (APB), qui avait été vivement critiqué en 2017. » Je précise que cette source c’est Wikipédia, pour faire le lien avec le sujet d’après. Xavier, tu vas nous parler notamment d’un jugement récent concernant Parcoursup. Xavier on t’écoute.

Xavier Berne : Absolument. Effectivement le 4 février dernier, le tribunal administratif de Guadeloupe a ordonné à l’université des Antilles de communiquer à l’UNEF, le syndicat étudiant, son algorithme local de sélection des étudiants. En fait, algorithme c’est quand même un bien grand mot parce que, en réalité, les universités recourent à des tableurs excel qui leur permettent, tout simplement, d’opérer un pré-classement des candidats notamment par exemple à partir de leurs notes, avant que se tienne un jury où là seront sélectionnés les candidats retenus pour des formations, ensuite, de type licence, BTS, etc.
Sur le fondement de la fameuse loi CADA dont on a déjà parlé dans cette émission, relative à l'accès aux documents administratifs, l’UNEF avait demandé l’année dernière à plusieurs dizaines d'universités de rendre publics leurs algorithmes locaux afin, tout simplement, que les candidats sachent sur quels critères leurs dossiers allaient être examinés.

Frédéric Couchet : Pourquoi ce jugement est important ?

Xavier Berne : Il s’agit d’un jugement qui est hautement symbolique parce que c’est le premier qui a été rendu sur ce sujet et, surtout, le tribunal va à rebours de la position du ministère de l’Enseignement supérieur mais aussi des universités. En fait le juge, dans le détail, a retenu que la divulgation de cet algorithme local ne portait pas atteinte à ce qu’on appelle le secret des délibérations du jury, une notion qui avait été introduite l’année dernière par le gouvernement sans que celui-ci, d’ailleurs, n’avoue réellement pourquoi il a voulu introduire cette notion lors des débats sur le projet de loi Parcoursup. Le juge a donc ordonné la communication des procédés algorithmiques utilisés par l’université des Antilles ainsi que les codes sources afférents, sous un mois, avec astreinte. Ce qu’il est important de retenir aussi c’est que le tribunal a clairement suivi l’analyse du Défenseur des droits qui, au mois de janvier, avait estimé que se plier à cet effort de transparence n’obligeait pas les universités à dévoiler le contenu de l’appréciation portée sur chaque candidature mais, en fait, uniquement les critères pris en compte pour l’appréciation des candidatures.

Frédéric Couchet : Oui. D’ailleurs tu précises que c’est important parce que ça va à l’encontre de la position du gouvernement mais aussi de la CADA, la Commission d’accès aux documents administratifs, qui avait pris position pour dire qu’il y avait une non-communicabilité, si je me souviens bien, justement parce que ça pouvait apporter des éléments d’identification, en tout cas d'explication sur des décisions particulières individuelles, alors qu’en fait, la publication qui était demandée, c’est vraiment les règles générales, ce qu’on appelle un peu les algorithmes qui sont, quelque part, une suite finie d’opérations qui permettent d’arriver à une décision ou à mettre en place une procédure. Donc ce jugement est important parce qu’il va à l’encontre de ce qu’affirmaient le gouvernement, la CADA.
Tout à l’heure tu parlais d’un amendement en 2018, si je me souviens bien, et je crois que c’est bien indiqué dans un de tes articles, le gouvernement avait bien dit que ça ne remettrait pas en cause, justement, l’accès à ces documents administratifs, à ces algorithmes locaux, et pourtant, de facto, la réalité est contraire. C’est pour ça que ce jugement est très important. Et pourtant, il semblait que le gouvernement avait promis la transparence sur Parcoursup, justement pour mettre un terme aux critiques qui avaient concerné Admission Post-Bac.

Xavier Berne : Effectivement. Sur ce dossier on peut vraiment parler d’un bal des faux-culs. J’ai exhumé quelques citations intéressantes lors de la préparation de cette émission. L’année dernière devant le Sénat, lors de l’examen du projet de loi sur Parcoursup, Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, avait par exemple assuré que les codes sources de tous les algorithmes de Parcoursup seraient rendus publics. Promesse à nouveau formulée quelques semaines plus tard, en avril 2018, sur Public Sénat, je cite : « La totalité des algorithmes sera publiée ». Même Mounir Mahjoubi, son collègue secrétaire d’État chargé du Numérique, s’y était engagé cette fois dans les colonnes de L’Ètudiant, voilà ce qu’il disait, je cite : « Le code source de l’algorithme national de Parcoursup sera rendu public. L’algorithme d’affectation utilisé par chacun des établissements le sera également. »
On voit clairement, aujourd’hui, que ce n’est pas le cas vu que les algorithmes d'affectation utilisés par chacun des établissements n’ont pas été rendus publics. En revanche, il faut quand même souligner que le code source de la plateforme nationale de Parcoursup a, lui, été rendu public, mais pas les fameux algorithmes locaux et c’est un petit peu le problème, parce qu’en fait, pour de nombreux observateurs il s’agit du cœur de la machine Parcoursup, là où se joue en grande partie la sélection des étudiants.

Frédéric Couchet : Oui. Parce qu’il faut expliquer que l’accès au code source ne suffit pas. Le code source peut être accompagné de documents externes, de documentation externe ou de procédures externes et c’est un peu ce dont on parle avec ces algorithmes. Il y a la partie nationale et puis il y a, évidemment, la partie locale, donc les algorithmes locaux. Par rapport à ce jugement, c’est un jugement en première instance, est-ce que ça signifie que désormais toutes les universités vont devoir divulguer leurs algorithmes locaux ?

Xavier Berne : Non effectivement. Déjà il faut savoir que seules certaines universités ont recours à ces outils d’aide à la décision.

Frédéric Couchet : Ces fameux tableurs.

Xavier Berne : Oui. Il y a environ une université sur quatre qui y a eu recours. Et surtout, comme tu l’as déjà dit il me semble, l’université des Antilles veut se pourvoir en cassation.

Frédéric Couchet : Je ne l’avais pas dit.

Xavier Berne : OK, pardon ! Il me semblait. Autant dire que les universités, les étudiants et le gouvernement vont scruter cette décision du Conseil d’État avec la plus grande attention et la bataille s’annonce vraiment rude parce qu’il y a des positions très fermes de la part du ministère mais aussi de la technicité, en fait, dans cette matière. Les textes sur lesquels cette bataille est lancée sont très peu intelligibles et j’ai l’impression qu’il y a une confusion de certains acteurs, justement, entre ce que tu disais : algorithme, code source et il y a aussi une nouvelle notion qui a été introduite par la loi numérique de 2016, c’est sur les principales règles de fonctionnement, en fait, des algorithmes qui ressemblent un peu plus, comment dire, à une sorte de notice, de mode d’emploi de fonctionnement des algorithmes utilisés par les administrations.

Frédéric Couchet : Tu veux dire qu’au-delà du code source de la plateforme, il y a les algorithmes locaux et ensuite il y a des documents qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement de l’algorithme. C'est ça ? En fait il y a trois types de documents quelque part.

Xavier Berne : Exactement, c’est tout à fait ça. Depuis la loi numérique de 2016, alors c’est une mesure qui est entrée en vigueur en septembre 2017, toutes les administrations, donc ça ne concerne pas uniquement Parcoursup, même si c’est là que c’est intéressant parce que, ironie de l’histoire, ces dispositions avaient été taillés pour APB, le prédécesseur de Parcoursup, donc toutes les administrations, à partir du moment où il y a une décision individuelle qui est prise à l’égard d’un citoyen, doivent être capables d’expliquer comment elles en sont arrivées à ce résultat, en décrivant, par exemple, quelles données ont été traitées, quelles opérations ont été effectuées par le traitement.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que ces réticences sont surprenantes, je parle par rapport aux deux types d’acteurs, on va dire, les universités et le gouvernement ? Est-ce que c’est vraiment si surprenant que ça ? Je vais prendre un exemple par rapport au gouvernement, et tu es bien placé pour le savoir, la première version du code source réclamée, je crois que c’était APB ou Parcoursup, mais tu me corrigeras, avait été envoyée en format papier. C’était quand même montrer une certaine… !

Xavier Berne : C’était APB.

Frédéric Couchet : C’était APB ?

Xavier Berne : Oui, c’était sur APB, c’était l’association Droits des lycéens qui avait à l’époque saisi la CADA.

Frédéric Couchet : Donc ça ne montre pas forcément une volonté de contribuer, parce qu’envoyer un code source par papier c’est quand même un peu absurde ou, en tout cas, c’est une volonté de ne pas vraiment contribuer. Est-ce que ces réticences sont les mêmes côté gouvernement et côté université d’après toi ?

Xavier Berne : Oui. J’ai quand même l’impression que c’est le ministère de l’Enseignement supérieur qui a remonté, d’une certaine manière, les craintes des universités. Moi je vois un peu ça comme une caisse de résonance.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc c’est un relais du gouvernement qui, finalement, contraint les universités. On peut peut-être supposer que le fait que l’université des Antilles aille devant le Conseil d’État a été fortement encouragé par le ministère ; on peut le supposer.

Xavier Berne : Oui, en tout cas c’est ce que m’ont indiqué certaines sources. D’ailleurs j’ai été très surpris parce que, quand j’ai contacté l’université, le lendemain du jugement, ils avaient déjà un communiqué de presse prêt, vraiment bien taillé, expliquant qu’ils allaient former leur pourvoi en cassation. Donc je pense qu’il y avait pas mal de préparation derrière tout ça.

Frédéric Couchet : De ton point de vue, si on a compris. On va rappeler, peut-être, qu’en 2016 il y a la fameuse loi pour une République numérique qui avait fait un certain nombre d’avancées. L’an dernier, en 2018, il y a un amendement, dont tu as parlé au départ, qui, finalement, vise à vider d’une partie de sa substance la loi Lemaire, en tout cas en ce qui concerne Parcoursup. On va attendre, évidemment, ce que va dire le Conseil d’État parce que je suppose que l’UNEF va poursuivre devant le Conseil d’État et va défendre cette position.
Toi, tu attends quoi ? Des clarifications, par exemple législatives dans le cadre d’un nouveau projet de loi que pourrait porter le ministre Mounir Mahjoubi ? Est-ce que tu crois que c’est la CADA ? Il me semble qu'on a déjà parlé dans notre émission, justement avec le président de la CADA, Marc Dandelot, de certains reculs quand même de la CADA récemment, parce que visiblement la CADA soutient la position du gouvernement et des universités. D’après toi, la solution est plutôt législative ? Elle est plutôt autour de la CADA ? Ou finalement c’est le Conseil d’État qui va trancher ?

Xavier Berne : Ça dépend si on veut avancer à droit constant ou pas. Le législateur s’est prononcé, il y a eu le vote de certaines dispositions. Il faut aussi rappeler que cet amendement a été voté dans un contexte un petit peu particulier.

Frédéric Couchet : Lequel ?

Xavier Berne : Le gouvernement a attendu, en fait, la dernière ligne droite des débats, c’est-à-dire l’examen en séance publique au Sénat, juste avant ce qu’on appelle la commission mixte paritaire, à un moment où, une fois que ça a été voté, derrière, après, on ne pouvait plus changer grand-chose.

Frédéric Couchet : Donc c’était bien volontaire du gouvernement. Une pratique habituelle on va dire !

Xavier Berne : On va dire que ce n’était pas la première fois et je pense que les sénateurs qui n’étaient pas forcément très avertis, très alertes sur ce sujet, se sont fait enfumer. Derrière ils ont essayé de reprendre la main sur ce sujet, mais ils n’ont jamais réussi. Les députés ont toujours soutenu le gouvernement dans cette entreprise. Les sénateurs avaient essayé de revenir, en fait, sur cet amendement lors du projet de loi sur le RGPD, dans les mois qui ont suivi ; les députés ont toujours suivi l’initiative du gouvernement donc ça n’a pas été modifié.

Frédéric Couchet : D’accord.

Xavier Berne : Je pense, pour répondre à ta question, je vois que le temps passe, que le Conseil d’État pourrait faire une précision, pourrait peut-être clarifier un petit peu les choses. C’est ce qu’on peut attendre, en tout cas dans l’immédiat, sinon, effectivement, il faudrait plutôt, à mon avis, repasser par la case Parlement.

Frédéric Couchet : D’accord. Juste avant de terminer on a une petite question sur le salon web dont j’avais donné les références tout à l’heure : vous allez sur causecommune.fm, vous cliquez sur « chat » ; la question : y a-t-il aussi des acteurs privés qui contribuent à créer les algorithmes de Parcoursup ? Est-ce qu’à ta connaissance il y en a ?

Xavier Berne : À ma connaissance non, mais j’avoue que je ne suis pas forcément bien au fait de ce point de détail-là.

Frédéric Couchet : D’accord. OK. De toute façon on vérifiera. Moi non plus ; ça me paraît non, mais on vérifiera ; en tout cas il y avait cette question-là. Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose en conclusion ?

Xavier Berne : Non, je pense qu’on a à peu près fait le tour du sujet sur les principaux éléments. Merci.

Frédéric Couchet : En tout cas je renvoie les personnes qui nous écoutent aux deux articles qu’a publiés Xavier Berne sur nextinpact.com récemment. Les titres c’est « Transparence de Parcoursup, un an de mensonges », notamment du gouvernement ; le deuxième article c’est « Retour sur le jugement imposant à une université de divulguer son "algorithme local" Parcoursup ». Ces deux références sont sur le site de l’April, sinon vous allez sur nextinpact.com et vous les trouverez. Xavier Berne, je te remercie pour cette première chronique et je te souhaite de passer une belle fin journée.

Xavier Berne : C’est bon, merci Frédéric. Au revoir.

Frédéric Couchet : Au revoir.

C’était la chronique de Xavier Berne consacrée à Parcoursup.
Je précise que les articles dont il est question sont maintenant disponibles en libre accès, car le modèle économique de Next INpact c’est abonnement avec accès réservé aux personnes abonnées. Au bout d'un certain temps les articles sont libérés, délivrés, comme ils disent.
Deuxième précision : dans la chronique il est question d’un ministre en charge du numérique, Mounir Mahjoubi, eh bien aujourd’hui ce n’est plus lui, c’est Cédric O, vu que Mounir Mahjoubi est parti la conquête de Paris comme tant d’autres.

Nous allons faire une pause musicale avant d’aborder le sujet principal, nous allons écouter Women Thoughts par Cyber SDF.

Pause musicale : Women Thoughts par Cyber SDF.

Les entreprises du logiciel libre

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Women Thoughts par Cyber SDF, c’est en licence Creative Commons Partage à l’identique et les références sont sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur causecommune.fm.
Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur les entreprises du logiciel libre. Je précise tout de suite que c’est une première émission d’introduction ; nous aurons l’occasion évidemment d’en refaire plein d’autres.
Nos invités : Véronique Torner d’Alter Way, administratrice du Syntec Numérique, présidente de l’Open CIO Summit, nous aurons le temps d’expliquer tout ça. Bonjour Véronique.

Véronique Torner : Bonjour.

Frédéric Couchet : Stéfane Fermigier, président et fondateur d’Abilian. Abilian ou Abilian [prononcé Abilianne, NdT] ?

Stéfane Fermigier : Abilian, français.

Frédéric Couchet : Abilian et coprésident du CNLL donc l’Union des entreprises du logiciel libre et du numérique et également président du Groupe Thématique Logiciel Libre du pôle Systematic. Ça fait beaucoup de titres, mais ce sont les personnes actives qui veulent ça. Bonjour Stéfane.

Stéfane Fermigier : Bonjour.

Frédéric Couchet : Et Laurent Wargon de la société Easter-eggs et du réseau Libre-Entreprise. Bonjour Laurent.

Laurent Wargon : Bonjour.

Frédéric Couchet : Le but de cette première émission sur les entreprises du logiciel libre, et je vais évidemment faire un tour de table de présentation de ces trois personnes, c’est un peu d’expliquer tout simplement que dans « logiciel libre » il n’y a pas forcément la gratuité, loin de là, ça ne fait même pas partie de la définition du logiciel libre, et qu’il y a des acteurs économiques qui ont un rôle à jouer. On va faire un focus sur deux types d’acteurs aujourd’hui même s’il y en a beaucoup d’autres. D’abord un premier tour de table de présentation. On va commencer par Laurent Wargon d’Easter-eggs et de Libre-Entreprise.

Laurent Wargon : Bonjour. Moi j’ai été client puisque j’ai été responsable informatique dans une institution de 400 personnes, donc j’ai été client de sociétés éditrices de logiciels et de prestataires de services, libres et non-libres. Ensuite j’ai rejoint Easter-eggs, ça fait deux ans maintenant ; je les remercie aussi de la confiance qui m’a été donnée de venir à la radio aujourd’hui. Easter-eggs est une société de 16 personnes qui a la particularité d’avoir un fonctionnement démocratique : chaque individu dans l’entreprise va participer aux décisions de l’entreprise et va aussi avoir un salaire égal.

Frédéric Couchet : Merci Laurent. Véronique Torner.

Véronique Torner : Pour me présenter, moi j’ai fait des études d’ingénieur, j’ai été développeuse au début de ma carrière et en 2006, avec mon associé qui est Philippe Montargès qui est également très engagé dans le secteur du logiciel libre, nous avons décidé de créer Alter Way. Le nom est signifiant, Alter Way c’était l’autre voie par rapport à un marché qui était fortement dominé par le logiciel propriétaire et, avec Philippe, ça faisait plusieurs années qu’on s’interrogeait sur ce modèle économique autour du logiciel libre. C’est un modèle qui nous a séduits pour pas mal de raisons, du coup on a décidé de fonder Alter Way qui, aujourd’hui, est une entreprise de services numériques, on est 200 personnes, un peu moins de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires et on est spécialisés autour des plates-formes web et donc sur les technologies open source ; sur ces plates-formes web nous avons cinq approches : une approche qui va plutôt sur le métier du développement, là on fait du design, ça va même jusqu’à une activité de studio donc du développement et puis une activité dans le monde de l’infra, du cloud, jusqu’à la tierce maintenance applicative, l’infogérance et l’hébergement de plates-formes. Voilà.

Frédéric Couchet : Merci Véronique. Stéfane Fermigier.

Stéfane Fermigier : Moi j’ai découvert le logiciel libre il y a plus de 30 ans, c’était en 1988, comme utilisateur d’abord, et à force d’aller regarder le code source des logiciels que j’utilisais, je me suis vraiment pris d’intérêt et, en même temps, de l’envie de faire connaître, de faire comprendre, de faire utiliser ces logiciels libres et également d’en produire, puisque j’aimais bien aussi programmer. Donc en 1998, avec d’autres personnes, on a fondé une association, l’AFUL, [Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres] qui était complémentaire, on va dire, de l’April. Deux-trois ans plus tard j’ai fondé une société avec l’idée que pour arriver à ce que le logiciel libre ait un impact, il fallait des entreprises. À l’époque il y en avait peut-être une dizaine, une vingtaine en France et on sentait que le marché était en train de s’éveiller, tout doucement au début, et puis ça s’est accéléré au cours des années 2000-2010. Là, depuis quelques années, j’ai une nouvelle société qui s’appelle Abilian, on est éditeurs de logiciels, de logiciels libres forcément sinon on ne serait pas là, on est aussi intégrateurs. On fait du logiciel à façon autour du langage Python, le langage qui est devenu l’un des plus populaires, qui est utilisé aussi bien dans l’enseignement, le Web et les choses les plus avancées, un peu mathématiques puisque, au départ, j’ai une formation de mathématicien, pour faire ce qu’on appelle du machine learning ou en français de l’apprentissage automatique ; ce sont les technologies qui sont, comment dire, le moteur de ce qu’on appelle plus communément l’intelligence artificielle.
En parallèle à cette activité, je dirais professionnelle, j’ai aussi créé un certain nombre de structures, l’AFUL j’en ai parlé et puis on a créé le CNLL, le Conseil national du logiciel libre qui est devenu depuis l’Union des entreprises du logiciel libre et du numérique ouvert, avec Philippe Montargès et avec d’autres personnes, dont je suis le président depuis quelques années. L’idée c’est d’avoir une structure qui fédère l’ensemble des structures régionales qui représentent les entreprises du logiciel libre en France, qui défendent l’intérêt et qui font la promotion de cette filière aussi bien en France qu’au niveau européen.

Frédéric Couchet : D’accord. Écoutez c’est une belle introduction. Je pense que les personnes qui nous écoutent peuvent comprendre maintenant qui parle.
Premier tour de table et ça va être plutôt un survol. Comme je le disais en introduction, pour la plupart des gens le logiciel libre est de facto gratuit par téléchargement sur Internet et la plupart connaissent surtout, par rapport aux outils qui ont été cités, surtout Firefox, LibreOffice, VLC – d’ailleurs ça me fait penser qu’on fera justement une émission dédiée aux types de financement de ces logiciels grand public parce que c’est assez particulier –, mais en tout cas dans la définition du logiciel libre dont on va rappeler les quatre points : la liberté d’utilisation, la liberté d’étudier le fonctionnement, la liberté de modifier et la liberté de redistribuer soit la version originale soit la version modifiée, il n’y aucune restriction d’un point de vue gratuité par rapport à d’autres licences que les gens connaissent, par exemple les licences Creative Commons où il peut y avoir des licences qui interdisent la redistribution commerciale, dans le logiciel libre ça ne fait pas partie de la définition.
Donc évidemment, comme l’a dit Stéfane, on va dire effectivement que depuis une vingtaine d’années, avec 1998 qui est une année un petit peu marqueur de ce point de vue-là, il y a un développement d’entreprises autour du logiciel libre.
Première question : quels sont les grands thèmes, enfin quels sont les grands principes ou les grands types de financement de logiciels libres ? Sachant qu’après évidemment on va faire un focus sur deux métiers particuliers qui sont l’édition de logiciels libres avec Stéfane et le côté plus intégrateur avec Véronique et Laurent. Stéfane tu veux peut-être commencer là-dessus ?

Stéfane Fermigier : Oui. Je peux donner une introduction générale très rapide. On a sorti il y a quelques années un livret bleu, peut-être qu’il y a le lien d’ailleurs sur le site ou tu le mettras plus tard.

Frédéric Couchet : Le livret bleu du Groupe Thématique ? Oui, le lien est sur le site de l’April.

Stéfane Fermigier : Donc qui présente, mais de manière très pédagogique et, comment dire, c’est un survol, ça n’est pas une étude approfondie, les principaux modèles économiques et on en distingue principalement deux pour ce qui concerne les entreprises traditionnelles, les entreprises qui cherchent à réaliser du profit.
On a ce qu’on appelle les intégrateurs, c’est aussi ce qu’on appelle les sociétés de services, les sociétés qui vont prendre des logiciels libres qui existent dans la nature on va dire, après on verra comment ces logiciels ont été produits à l’origine, et qui vont les adapter et réaliser des projets informatiques pour des clients. Là on parle de clients professionnels ou de clients qui sont des entreprises ou des administrations ; on ne parle pas, pour la plupart de ces entreprises, de clients qui sont des particuliers.
Et puis la deuxième catégorie, qui est peut-être minoritaire en nombre mais qui est aussi très importante puisque c’est elle qui produit une partie de tous les logiciels libres qui sont disponibles, c’est ce qu’on appelle les éditeurs. L’éditeur c’est une société qui emploie des développeurs qui vont développer un ou plusieurs logiciels libres et qui va aussi employer des gens qui vont faire un peu de service autour, mais en général en partenariat avec des intégrateurs et qui va, avec des modèles qui peuvent être différents d’un éditeur à l’autre, tirer des revenus de ces logiciels. Et le fondement même, le fondement du fait d’arriver, c’est un mot un peu moche mais on va dire monétiser, c’est-à-dire d’arriver à tirer des revenus de quelque chose qu’on a réalisé, c’est simplement le fait d’avoir la connaissance, la matière grise : les gens qui ont créé le logiciel et qui sont a priori les plus à même de résoudre les problèmes des clients, de faire évoluer le logiciel ou de corriger les anomalies, donc d’assurer une sorte de garantie, sur le long terme, qu’un logiciel va vivre sa vie, va continuer à évoluer, va s’adapter aux changements nécessaires, va être corrigé quand il y a besoin.

Frédéric Couchet : D’accord. Véronique, cette introduction sur les acteurs économiques.

Véronique Torner : Du coup nous on est une société qui est dans la case intégrateur de ce que vient de dire Stéfane. On est une entreprise de services. Qu’est-ce qui nous caractérise, finalement, par rapport à une autre entreprise de services ou un intégrateur parce que, finalement, on délivre le même métier, de la prestation intellectuelle ? Eh bien c’est le fait que nous utilisons exclusivement des briques de logiciel libre, ça c’est le premier point. Deuxième point c’est que nos équipes sont formées au modèle économique qui est sous-jacent au logiciel libre, ça c’est un point important, sur, par exemple, l’usage des licences, notamment pour des grandes entreprises l’aspect juridique va être un sujet sensible et critique. On a dans nos équipes des gens qui sont passionnés et donc qui sont également des contributeurs aux solutions libres que nous utilisons. Donc soit nous avons une contribution individuelle, portée par nos salariés, soit c’est l’entreprise qui est elle-même contributrice. C’est ça qui va nous caractériser comme étant une entreprise de services numériques avec l’ADN libre.

Frédéric Couchet : Laurent Wargon.

Laurent Wargon : On a vu l’éditeur, on a vu l’intégrateur ; il y a encore une petite partie qui est le développement spécifique. Nous on va utiliser des outils de développement rapide qui vont nous permettre de rendre service à un client et un seul. Ce n’est pas le rôle de l’éditeur où il va y avoir plusieurs clients pour un même produit ; là on va avoir juste un produit et un développement spécifique pour ce client-là. En général c’est assez satisfaisant parce qu’on arrive très vite à un résultat qui est l’exact besoin du client.

Frédéric Couchet : D’accord. Aujourd’hui on va parler évidemment un peu de la partie éditeur et intégrateur. À part Abilian est-ce qu’il y a des noms d’éditeurs connus qui pourraient parler aux gens, qu’on peut ranger dans la catégorie éditeurs ?

Stéfane Fermigier : Comme je le disais il y a quelques instants, les éditeurs, enfin les sociétés dont on parle, sont principalement des sociétés qu’on appelle B2B c’est-à-dire qui s’adressent à d’autres entreprises.

Frédéric Couchet : Business to business.

Stéfane Fermigier : Business to business. C’est vrai qu’au niveau du grand public il n’y a à peu près aucune chance que les noms des entreprises du logiciel libre… Peut-être que les gens ont déjà entendu parler d’IBM, d’Oracle ou de SAP et encore, je ne suis même pas sûr que…

Frédéric Couchet : Est-ce que Red Hat se range dans cette catégorie, par exemple ?

Stéfane Fermigier : Red Hat est complètement dans cette catégorie d’éditeurs open source, c’est peut-être même l’un des cas les plus extrêmes, les plus purs d’éditeurs open source, mais je ne suis pas sûr que Red Hat soit un nom connu du grand public. C’est une question qu’il faudrait poser à nos auditeurs.

Frédéric Couchet : Je pose la question aux personnes qui nous écoutent en direct et je rappelle qu’il y a un salon web, effectivement si vous avez des noms d’éditeurs de logiciels libres connus. On fera aussi, de toute façon, une émission dédiée à cet aspect logiciel grand public, parce que, quelque part, il y a des fondations dont on ne parle pas aujourd’hui, des fondations à but non lucratif qui financent un certain nombre de développements de logiciels. Aujourd’hui on va parler éditeurs, intégrateurs. Toi Stéfane, comme tu l’as dit tout à l’heure, ça fait, de mémoire, 21 ans ? Nuxeo c'est quoi ? C’était 1998 ?

Stéfane Fermigier : 2000.

Frédéric Couchet : 2000 ! Ça fait presque 20 ans que tu fais ça. Pourquoi avoir choisi, à part évidemment ton historique de mathématicien intéressé par le logiciel libre, pourquoi tu as choisi ce modèle d’éditeur de logiciels libres par rapport à d’autres modèles d’éditeur ? Et en plus, toi tu l’as choisi à un moment où ce n’était quand même pas le truc le plus connu on va dire. Qu’est-ce qui t’as motivé ?

Stéfane Fermigier : Effectivement. Il y avait l’idée de saisir, on va dire, une opportunité, de sentir que quelque chose était en train de se passer, qu’il y avait vraiment un intérêt naissant mais pas encore suffisamment répandu pour que les gros acteurs se soient, entre guillemets, « partagé le gâteau » et, en même temps, ça coïncidait aussi avec un intérêt personnel, peut-être une certaine forme d’expertise ou, en tout cas, de connaissance approfondie du domaine, et également un intérêt je dirais philosophique, éthique, autour de ces questions. En même temps tout ça était en phase avec, peut-être, une mutation du marché, le fait d’aller de systèmes très fermés et verrouillés par des grands éditeurs américains à une volonté de certains acteurs et notamment l’administration française au tournant des années 2000, de favoriser des solutions ouvertes, interopérables, c’est-à-dire avec des systèmes qui peuvent se parler entre eux, qui ne sont pas bloqués comme on pouvait l’avoir à l’époque avec Microsoft, qui était vraiment le chantre je dirais de l’écosystème fermé : les logiciels Microsoft marchaient très bien avec les autres logiciels Microsoft mais ne marchaient pas bien du tout avec les logiciels des concurrents et souvent avec une vraie volonté de nuire et d’empêcher les concurrents de se développer grâce à des bidouilles techniques qui ont été révélées au cours de différents procès dans les années 2000.
Cet intérêt personnel a aussi coïncidé avec une volonté d’entreprendre, donc il y avait une conjonction comme pour pas mal de chefs d’entreprise, de créateurs d’entreprise c’est : on pense avoir les compétences, on a un intérêt et on pense qu’il y a un marché. C’est un peu le triptyque et il s’est trouvé que ça s’est plutôt bien passé pour moi à l’époque.

Frédéric Couchet : D’accord. On reviendra après aussi sur l’avantage que tu as vu à choisir un modèle d’édition logiciel libre par rapport à un modèle d’édition privatrice classique. J’ai un peu la même question, déjà pour Véronique. Laurent ça sera un petit différent parce qu’avec ton parcours, toi tu viens du côté client et ensuite tu as évolué côté intégrateur. 2008 Alter Way ?

Véronique Torner : 2006.

Frédéric Couchet : Je suis très mauvais sur les dates aujourd’hui !

Véronique Torner : Ce n’est pas grave ! Deux ans ça va !

Frédéric Couchet : Deux ans ! Donc 2006 Alter Way. Même question en fait. Pourquoi avoir choisi ce modèle d’intégrateur basé sur des solutions libres avec Philippe Montargès qu’on salue. Pourquoi ce choix-là ?

Véronique Torner : Je pense qu’il y a un constat qui est partagé avec Stéfane. On s’est intéressés à ce secteur du logiciel libre quelques années avant la création d’Alter Way, il nous a fallu un petit peu maturer notre projet avant de se lancer, quelques années avant. C’est vrai que le constat de la nécessité d’arriver à la fin d’un modèle de monopole, très frustrant parce que c’était l’effet boîte noire, avec l’émergence d’un mouvement qui était plus libertaire dans le sens de faire de l’intelligence collective, du partage ; une dimension éthique, aussi, sur la partie transparence et du coup c’est ça qui nous a poussés et motivés à entreprendre dans ce secteur-là. C’est vrai que ce n’était pas très évident à l’époque. En 2006 et encore quelques années après je dirais, c’est vraiment le démarrage des premières sociétés. Quand on a créé Alter Way, il devait y avoir, je ne sais pas, une cinquantaine d’entreprises en France sur ce secteur-là et c’étaient des entreprises qui ne dépassaient pas, je pense, les dix millions d’euros. Il n’y avait pas un acteur qui faisait plus dix millions d’euros, français je parle.

Frédéric Couchet : Et en termes de personnel c’était autour d’une dizaine de personnes, on va dire.

Véronique Torner : Et voilà ! Je pense que la moyenne, en fait, c’était des entreprises d’à peu près une dizaine de collaborateurs. C’était quand même un marché qui était naissant. Donc c’est ça qui nous a motivés, c’était de se lancer dans cette aventure, d’essayer de créer un acteur qui deviendrait un acteur référent en Europe sur ces technologies et le démarrage pour nous ça a été plutôt de s’engager à dire on va essayer de rapprocher différents acteurs, qui étaient des spécialistes, pour essayer de constituer un intégrateur d’une certaine taille et essayer d’adresser les grands comptes qui étaient quand même basés sur des triptyques : c’était SAP, Oracle, Microsoft ; ils ne connaissaient que ça ! Ce qui est amusant, en fait la petite anecdote, je ne vais pas les citer là.

Frédéric Couchet : Tu peux, nous sommes en direct !

Véronique Torner : Un certain nombre, parce que j’avais eu avant une autre vie et j’avais travaillé sur des solutions Microsoft, eh bien me disaient : « Véronique ça ne sera pas possible, ça ne marchera jamais ! » Et aujourd’hui ce sont les premiers, en fait, à utiliser des solutions open source, ils en sont très contents et je dirais qu’aujourd’hui ils essaient même de sortir certains des acteurs que j’ai cités il y a quelques secondes.

Frédéric Couchet : Ça me fait penser aux mêmes personnes qui disaient en 2001, à la naissance de Wikipédia, que jamais ça ne marcherait et qu’on ne pouvait pas avoir une encyclopédie libre faite uniquement par des gens sur Internet.
On reviendra tout à l’heure justement sur un point intéressant, sur les grands comptes, que ce soit grandes entreprises, grandes collectivités, j’aurais une question : pourquoi ces structures s’adresseraient à Alter Way ou à des structures spécialisées plutôt qu’à des intégrateurs généralistes comme Capgemini, Altran et compagnie ? Il y a sans doute une raison, mais on y reviendra tout à l’heure. Laurent ton point de vue là-dessus ? Justement tu as un double profil client initialement dans une structure. Tu peux d’ailleurs citer la structure.

Laurent Wargon : Oui, je peux tout à fait, c’est le musée des Arts décoratifs.

Frédéric Couchet : Tu étais DSI [Directeur des systèmes d’information] au musée des Arts décoratifs, maintenant tu es chez Easter-eggs. C’est quoi cette évolution ? Et en tant que client quel avantage tu avais, toi, à faire appel à des prestataires en logiciel libre ?

Laurent Wargon : Le musée des Arts décoratifs était client de Easter-eggs, il est d’ailleurs toujours client d’Easter-eggs, on continue à travailler pour le musée. C’est assez différent. On a un contact qui est, je pense, plus authentique. On a à faire à des commerciaux qui ne promettent que ce qu’ils connaissent, je peux le dire maintenant depuis l’intérieur : les devis sont faits par ceux qui vont réaliser les travaux et pas par le commercial. Et puis on a une transparence assez importante sur le déroulement des projets. On a une documentation qui va être partagée, qui est rédigée soit pas Easter-eggs, soit amendée par le client, mais on a cette transparence de la documentation et on a une facilité d’échanges qu’on n’a pas, ou pas toujours, en tout cas c’est plus simple avec un fournisseur de proximité.

Frédéric Couchet : Vas-y Véronique.

Véronique Torner : Je trouve que ce qui est intéressant dans le rapport avec nos clients c’est que je pense qu’il y a plus naturellement, et je ne dis pas que c’est exclusivement lié à ces entreprises-là, mais plus naturellement il y a une relation de partenaires, parce qu’on peut ensemble contribuer aux solutions, avoir une démarche partenariale. Ce qui est moins vrai quand on est uniquement consommateur, évidemment il y a une relation plus de fournisseur prestataire qui s’installe avec le client, alors que lorsqu’on est sur, je dirais, un domaine qui touche au logiciel libre, le client comprend qu’il peut, à un moment donné, contribuer et ça, ça crée une relation différente en fait, un rapport de force qui est totalement différent.

Frédéric Couchet : Je vais compléter après la question sur, justement, l’intérêt pour les entreprises et les collectivités d’avoir un prestataire de logiciels libres et d’aller sur des briques logiciel libre, mais, par rapport à ce que tu viens de dire, en termes d’éditeur logiciels libres, je suppose qu’il y a un partage de la R&D quelque part avec les clients, contrairement au modèle traditionnel où la R&D est faire uniquement par la structure éditrice ; là il doit y avoir sans doute un échange ?

Stéfane Fermigier : Le fondement de l’édition logicielle c’est effectivement qu’on a un investissement au départ. Le fait de produire le logiciel, de produire la version 1.0, la première version qui marche d’un logiciel ça demande un effort parfois important, ça peut demander plusieurs années-hommes de travail, parfois des dizaines ou encore plus. Cet investissement il faut, d’une certaine façon, qu’il rapporte à un moment donné. Donc les sociétés du logiciel libre sont obligées d’essayer d’imaginer une façon différente du modèle capitaliste traditionnel, c’est-à-dire où quelqu’un, un investisseur va mettre une certaine somme d’argent pour créer la première version et ensuite on va essayer de la vendre, on va voir si l’argent rentre ou pas, en tout si les clients viennent utiliser le logiciel. Si l’argent ne rentre pas, eh bien tant pis, l’investisseur a perdu son argent, pour lui ce n’est pas forcément catastrophique parce qu’il espère toujours sur dix, vingt investissements, il espère qu’il y en a un ou deux qui vont marcher du feu de dieu, quatre ou cinq qui vont marcher moyen, et s’il y en a trois ou quatre qui n’aboutissent à rien ce n’est pas trop un problème pour lui, par contre c’est forcément un problème pour le chef d’entreprise, pour les développeurs, pour les gens qui ont vraiment travaillé pendant des mois, parfois des années, pour essayer de sortir ce logiciel.
Avec le logiciel libre on est plus dans une démarche de co-construction. On va souvent, pas toujours mais souvent, sortir des premières versions dites instables, un peu expérimentales, qui n’adressent pas forcément encore tous les besoins du marché, mais de façon à avoir un feed-back, je ne vais pas utiliser le mot anglais.

Frédéric Couchet : Un retour.

Stéfane Fermigier : Un retour des utilisateurs potentiels qui, souvent dans ce cas-là, sont aussi des experts potentiels, des gens qui ne vont pas être juste des utilisateurs passifs, mais, au contraire, qui vont être capables d’apporter un regard, d’apporter des idées, éventuellement de corriger des problèmes ou éventuellement d’ajouter eux-mêmes des fonctionnalités.
Ça c’est, je dirais, l’un des aspects qui fait qu’il y a cette dynamique qui se crée.
En parallèle, il y a un autre aspect qui est ce qu’on appelle tout simplement la mutualisation. C’est pareil avec du logiciel privatif : on essaye de faire payer un certain nombre de clients pour la même chose. Sauf que dans le logiciel libre c’est explicite, c’est-à-dire qu’on va avoir, en tout cas pour certains modèles d’éditeurs, un même logiciel qui va être développé pour trois, quatre, cinq, dix clients différents, avec chaque fois des petites variantes, puisque, encore une fois, on est sur du logiciel d’entreprise où chaque entreprise, au final, a ses besoins spécifiques. Mais en étant malins, en étant des bons développeurs et en étant capables de faire une version qui est une base de code logiciel qui répond à la majorité des besoins, à un moment donné on atteint une masse critique et on a un produit qui, finalement ensuite, va pouvoir être décliné beaucoup plus facilement et beaucoup plus rapidement avec un coût marginal, c’est-à-dire le coût de chaque nouvelle installation va diminuer de plus en plus.
Donc on retrouve le modèle de l’éditeur propriétaire qui investit au départ et qui ensuite se contente de « vendre » entre guillemets, c’est un peu plus compliqué que ça, mais se contente de vendre des licences et donc de toucher une sorte de taxe. Avec le logiciel libre on a une évolution, une transition plus graduelle entre le moment où on développe vraiment des logiciels à façon pour chaque client et puis une évolution vers un mode, parfois, pas toujours, parfois on reste sur du one-shot, un logiciel par client, mais il y a un moment où on peut avoir un logiciel qui évolue de façon à devenir une sorte de plate-forme générique qui peut, ensuite, être décliné beaucoup plus facilement.

Frédéric Couchet : Et les licences libres permettent, finalement, de réintroduire les versions spécifiques pour un client pour un autre client. C’est une des bases de ces licences. On ne va pas rentrer dans le détail des licences libres utilisées.

Stéfane Fermigier : Non. Mais c’est vrai qu’il faut avoir l’accord du client. Il faut une compréhension. Nous, notre expérience, comme ça fait 20 ans qu’on fait ça, on se rend compte que les clients pour la plupart, à part, parfois, des gens sont très bornés et en général ça se finit plutôt mal – mon expérience c’est que les clients qui sont, je dirais, les plus tatillons sur ces questions et qui rechignent le plus à jouer le jeu du logiciel libre, au final le projet a beaucoup plus de difficultés –, mais pour la majorité des clients il y a une compréhension du fait que ce qui compte c’est que leur version à eux, les choses qui sont vraiment spécifiques à leur processus, par exemple, leur façon de travailler, c’est à eux ; ça on ne le partage pas. Par contre tout ce qui est de la techno, tout ce qui est du code générique qui peut servir à plein de gens, au contraire ils sont contents de le partager parce que c’est aussi pour eux une façon d’avoir un produit qui va évoluer et qui va se pérenniser.

Frédéric Couchet : D’accord. J’en profite juste pour signaler que le 7 mai nous aurons une émission consacrée aux licences libres, je ne sais pas jusqu’à quel niveau de détail, avec Mélanie Clément-Fontaine qui est une des premières à avoir étudié juridiquement ce sujet-là et Olivier Hugot du cabinet Dune. C’est le 7 mai.

On va faire une pause musicale avant de revenir sur l’intérêt pour les entreprises, collectivités, de faire appel à des prestataires logiciel libre. Nous allons écouter Owl Time [2012, NdT], par Kellee Maize et on se retrouve juste après.

Pause musicale : 2012 par Kellee Maize.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter l’artiste américaine Kellee Maize ; je crois que j’ai fait une erreur sur le titre, c’est 2012 le titre de la chanson, ce n’est pas Owl time. En tout cas c’est en licence Creative Commons CC BY, donc Partage et vous retrouvez évidemment les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm.

Nous allons poursuivre notre échange sur les entreprises du logiciel libre, toujours en compagnie de Laurent Wargon, de Véronique Torner, de Stéfane Fermigier, et on va revenir sur le sujet de l’intérêt, finalement, pour les clients, les structures clientes, que ce soit entreprises, collectivités, d’avoir recours au logiciel libre et d’avoir aussi recours à des prestataires spécialisés. Est-ce que ce n’est qu'une question de coût ? De licence ? Est-ce que c’est une question de maturité des outils, de fonctionnalités, de relation entre le client et le prestataire ? Pourquoi aujourd’hui les entreprises, les clients, ont intérêt à aller vers le logiciel libre ? Véronique.

Véronique Torner : C’est intéressant parce qu’on a créé il y a dix ans un événement qui s’appelle l’Open CIO Summit, qui nous permet de réunir des décideurs ; ce sont souvent des décideurs informatiques.

Frédéric Couchet : CIO [Chief Investment Officer] c’est le responsable informatique on va dire.

Véronique Torner : Le responsable informatique en anglais. On essayait d’être un événement international, donc on s’était mis des sigles anglais. La réalité c’est qu’aujourd’hui on adresse plutôt, quand même, une population française. Donc on réunit chaque année à peu près une petite centaine de décideurs informatiques pour échanger, avoir des retours d’expérience sur leurs pratiques, leur usage de logiciels libres.
C’est intéressant, finalement, de voir les cycles de maturité. Il y a dix ans on était plutôt face à une population qui avait une conviction plutôt philosophique, qui croyait, en fait, au logiciel libre et quand même, dans le lot, peu d’acteurs du privé, beaucoup d’acteurs des administrations françaises, collectivités.
Et puis il y a une deuxième vague, je dirais cinq-six ans après, ça a été plutôt le coût. Ils se sont aperçus, en fait, qu’ils arrivaient à challenger les solutions propriétaires qui commençaient à entrer dans une dynamique de redevance, d’audit de licences et de coûts importants et ils se sont dit il faut qu’on challenge ces modèles donc on va s’intéresser au logiciel libre, donc ils se sont plutôt intéressés pour un dynamique de coût. Et puis, chemin faisant, ils se sont aperçus que finalement le coût était un élément intéressant mais pas toujours vrai parce que parfois, autour de la solution logiciel libre, il y a beaucoup de services à développer, donc ils se sont aperçus qu’il y avait aussi d’autres leviers intéressants qui étaient l’innovation. On peut quand même dire aujourd’hui que toutes les grandes innovations technologiques qui ont eu lieu ces dernières années sont massivement nées du logiciel libre, que ça soit dans l’infrastructure avec le cloud, autour de la mobilité, tout ce qui est data, analytics, tout ça c’est, je ne dirais pas dominé par le logiciel libre, mais quand même pas loin. Aujourd’hui le monde du Web est, par contre, clairement dominé par le secteur du logiciel libre.
Donc un facteur important qui était l’innovation et puis maintenant, ces derniers temps, depuis un ou deux ans, on va plutôt être sur l’attractivité des talents. On rentre dans d’une ère de pénurie aujourd’hui des talents.

Frédéric Couchet : Même depuis quelques années, j’ai l’impression.

Véronique Torner : Oui depuis quelques années mais ça commence vraiment à être tendu depuis, aller, un petit cinq ans. C’est un phénomène qu’on connaît en Europe depuis pas mal d’années, d’abord parce que la transformation numérique a fait un appel d’air, il y a eu besoin de beaucoup de développeurs et aujourd’hui les écoles globalement, les universités, tous les cursus qui apportent une formation dans le secondaire, post-bac, le nombre d’étudiants qui sortent certifiés avec un diplôme est insuffisant par rapport à la demande du marché. Donc pour se différencier ils se sont aperçus qu’avoir une philosophie, une ambition, une culture d’entreprise proche de l’open source ou du logiciel libre, était un facteur différenciant, ils arrivaient à attirer des talents. Donc vous voyez, le chemin a évolué d’année en année et maintenant je pense qu’on va rentrer dans une nouvelle ère où l’éthique va être un sujet important. Ce qu’on prônait il y a dix ans, nous les pionniers, où la transparence était un élément important, l’intelligence collective, le partage, l’effet boîte noire, redevient un sujet d’actualité aujourd’hui, on le voit bien avec l’intelligence artificielle, l’émergence des fake news. On se rend compte qu’on a besoin d’avoir plus de transparence autour du numérique et le logiciel libre, évidemment, est un socle qui apporte naturellement cette transparence.

Frédéric Couchet : D’accord. Laurent Wargon, ton point de vue d’ex-client et prestataire aujourd’hui sur, justement, cet intérêt pour des clients ?

Laurent Wargon : Effectivement il y a un effet de coût qui est quand même très significatif. Je me souviens quand je suis arrivé aux Arts décoratifs en 2005, la première année a été une opération d’économies de 40 % sur le budget de fonctionnement ; en l’espace de quelques contrats on avait, pour un service au moins aussi bon sinon meilleur, obtenu des résultats vraiment satisfaisants. Donc il y a un effet de coût qu’il ne faut pas négliger. Ensuite il y a le rapport qu’on peut avoir avec son fournisseur. Chez Easter-eggs on est une entreprise démocratique : chaque individu va être à la fois le patron et le salarié. Donc quand on s’adresse à son client, c’est le patron, en fait, qui s’adresse à son client, donc il a envie que le projet avance. Et derrière il y a toute équipe, donc il y a toutes les compétences que l’on peut souhaiter avoir, c’est-à-dire du spécialiste de l’application en passant par celui qui connaît les bases de données, celui qui connaît l’infrastructure de stockage et celui qui connaît les réseaux. Donc on a une profondeur sur les compétences et on a une motivation de chacun. Ça, ça donne une relation avec le client qui est, je pense, tout à fait privilégiée.

Frédéric Couchet : D’accord. Je te passe la parole Stéfane. Je fais juste une petite remarque parce que sur le salon web une de nos auditrices préférées, Marie-Odile, nous fait une remarque, plutôt une suggestion : madame Véronique Torner pourrait-elle rencontrer le ministre de l’Éducation ? Je pense effectivement que Jean-Michel Blanquer, notamment dans le cadre du projet de loi pour d’une école de la confiance devrait prendre bien soin d’entendre à la fois les entreprises du logiciel libre et évidemment les associations dans le cadre notamment de la priorité au logiciel libre dans le monde de l’Éducation. Stéfane tu voulais réagir.

Stéfane Fermigier : Je voulais abonder dans le sens de Véronique sur les deux dernières étapes de l’évolution du marché qu’elle a évoquées, le moment de l’innovation, l’accélérateur de l’innovation. En fait il y a une théorie qui s’est développée, il y a peut-être une quinzaine d’années, qu’on appelle l’innovation ouverte. L’innovation ouverte c’est l’idée que les entreprises les plus innovantes, y compris les grosses entreprises, ce sont des entreprises qui sont capables d’innover avec des partenaires, avec des écosystèmes de sous-traitants, de gens qui viennent simplement s’interfacer avec leurs services, leurs produits, leurs logiciels, etc., avec des laboratoires de recherche. Tout ça pouvait se faire de manière très contrôlée avec des accords de confidentialité, etc. ; ce n’est pas forcément la façon la plus efficace de faire de l’innovation ouverte. On pense, on est nombreux à penser en tout cas dans notre milieu, que le logiciel libre où l’innovation se fait finalement de manière extrêmement transparente, où l’objet même de l’innovation, c’est-à-dire le code source du logiciel, est transparent, les rapports de bugs, les demandes des utilisateurs sont souvent transparentes, chacun peut se faire une opinion, tout ça fait que les idées circulent beaucoup plus vite et qu’on a un accélérateur formidable des bonnes idées qui vont, finalement en quelques mois, arriver à intégrer un projet de développement et puis, en quelques années, vont arriver à avoir un impact réel sur les utilisateurs.
Sur la deuxième partie, la partie des compétences, des salariés, trouver des bons développeurs, eh bien c’est évident que le logiciel libre, toujours par ce côté très transparent, très ouvert, fait que les jeunes ou les moins jeunes, tous les gens qui ont envie d’apprendre ou de continuer à apprendre, ont des millions, maintenant des milliards de lignes de code qu’il suffit de lire, qu’il suffit d’explorer pour arriver à se mettre dans la peau, dans la tête des plus grands développeurs de la planète, les Linus Torvalds, les Richard Stallman, les Guido van Rossum, qui sont les créateurs des logiciels libres majeurs d’aujourd’hui.

Frédéric Couchet : Alors GNU, le noyau Linux, Python, langage de programmation.

Stéfane Fermigier : Le langage Python.

Frédéric Couchet : Ça peut être du Perl aussi.

Stéfane Fermigier : On peut aller voir les logiciels des experts, mais on peut aussi aller voir des logiciels qui ont été écrits par des gens qui ont une approche plus pédagogique, donc qui permettent aussi à des personnes qui sont encore en apprentissage de se familiariser et de monter en compétence.
Et enfin il y a l’aspect motivation. C’est-à-dire que le fait d’avoir vraiment compris comment fonctionnait le milieu du logiciel libre, les enjeux y compris de société qu’il peut y avoir derrière, eh bien ça fait qu’on va avoir des gens qui vont développer en ayant peut-être plus la niaque, on pourrait dire, plus envie que les choses fonctionnent, plutôt que de développer simplement parce qu’on leur a demandé de faire ci ou de faire ça.

Frédéric Couchet : Avant de repasser la parole à Véronique, en parlant de code source accessible, ça nous fait évidemment au projet de Roberto Di Cosmo, de l’Inria et compagnie, Software Heritage. Je ne me souviens plus de la date de l’émission qu’on y a consacré, mais vous allez sur le site de l’April, on avait consacré une émission à ce sujet-là. Véronique Torner.

Véronique Torner : Ce qu’il faut comprendre c’est que globalement dans toutes les grandes entreprises, je pense d’ailleurs que c’est plus vrai dans les grands comptes que ça soit secteur public ou privé, aujourd’hui le logiciel libre est présent.

Frédéric Couchet : Qu’est-ce que tu appelles grands comptes ? Précise peut-être. C’est quoi ? C’est le nombre de personnes ?

Véronique Torner : Oui, c’est le nombre de personnes. On classifie les TPE, les toutes petites entreprises qui vont être, je pense, autour d’une dizaine de salariés ; ensuite tu as la PME [petite ou moyenne entreprise] qui monte jusqu’à, à peu près, 200, 250 salariés ; tu as l’ETI [entreprise de taille intermédiaire] qui est jusqu’à 2-3000, je pense, salariés. Après tu peux avoir des critères de chiffre d’affaires. Je crois que le critère européen est sur un mix de nombre de salariés et de chiffre d’affaires et ensuite tu as les grands comptes.
Je pense qu’aujourd’hui on peut dire que quasiment toutes les grandes entreprises, donc les grands comptes, qu’ils soient publics ou privés, ont du logiciel libre et de manière assez structurante dans leur système d’information ; je pense que c’est vrai. Également dans les ETI, c’est peut-être un petit peu moins vrai dans les TPE et les PME, alors que je pense que pour elles ce serait très bénéfique d’en avoir, mais souvent elles sont plus enclines à prendre des solutions sur étagère et beaucoup de solutions sur étagère restent encore du domaine propriétaire. Ou alors elles utilisent, masqué dans des solutions SaaS, de l’open source ou du logiciel libre.

Frédéric Couchet : SaaS ? Logiciel en tant que service.

Véronique Torner : Logiciel en tant que service, tout à fait, à la demande, et ne bénéficient pas vraiment, en fait, de l’apport du logiciel libre au travers de ce type de solutions.

Frédéric Couchet : Justement j’ai une question sur l’apport réel du logiciel libre : est-ce qu’un client est vraiment libre à partir du moment où il fait appel à une solution libre, à des prestataires libres ? Ou est-ce que, finalement, on peut rendre un client captif même avec du logiciel libre ? Dernière question : quelles sont les garanties ou en tout cas quelles sont les bonnes pratiques pour qu’un client soit réellement libre ? C’est souvent la notion de réversibilité ou autre, finalement de pouvoir changer de prestataire. Laurent et après Véronique et Stéfane.

Laurent Wargon : Effectivement, si on livre une application, qu’on ne documente pas et que l’expertise reste chez le fournisseur, forcément l’apport du logiciel libre est excessivement faible. Donc charge au fournisseur de produire suffisamment de documentation pour que cette transparence puisse bénéficier au client.
Ensuite, il nous est aussi arrivé de reprendre des applications qui ont été développées par d’autres, donc d’auditer le code et ça on peut quand même le faire, ça demande une certaine énergie, mais l’application qui est faite, on peut quand même la maintenir dans le temps pour lui donner un nouveau souffle de vie, finalement.

Frédéric Couchet : D’accord. Véronique, Stéfane.

Véronique Torner : Je trouve que c’est intéressant comme question parce que, du coup, c’est vrai que le fait que les fondamentaux du logiciel libre ce soit la transparence, qu’on puisse partager le code, qu’on puisse le faire évoluer, donne finalement le sentiment qu’on pourrait ne pas être captif par rapport à ces solutions. En fait, la réalité c’est que si, on peut tout à fait être captif. Laurent a donné un bon exemple : si ce qu’on utilise n’est pas documenté c’est sûr que derrière on va être captif du fournisseur qui nous a transmis la solution. Mais il y a aussi d’autres éléments à tenir en compte : il y a cette notion de captivité et il y a aussi cette notion de qualité. Ce n’est pas parce qu’on utilise un logiciel libre, on se dit tiens, il y a de l’intelligence collective, ce sont des produits de plus grande qualité que finalement le produit est de grande qualité. Il y a tout un tas de critères à regarder. Évidemment il y a la documentation. Il y a l’amplitude de la communauté qui est derrière : il peut y avoir un éditeur, mais il peut y avoir une communauté. La vivacité aussi de la communauté, le fait que régulièrement elle mette à jour ses solutions. Donc il y a quand même un certain nombre de critères à prendre en compte pour s’assurer qu’en mettant du logiciel libre au sein de son entreprise à la fois on aura un code de qualité et on ne se rendra pas captif d’une solution et finalement on reviendra dans le système propriétaire où on a l’effet boîte noire.

Frédéric Couchet : Stéfane.

Stéfane Fermigier : On peut dire pour le logiciel libre, le simple fait qu’il y ait des licences qui gouvernent ces logiciels rétablit un peu l’équilibre entre les fournisseurs et les clients.
Dans le monde propriétaire effectivement, une fois qu’on a déployé une solution très complexe et très difficile à changer dans une entreprise où il y a, je ne sais pas, mettons 100 000 utilisateurs de cette solution, on a formé tout le monde, etc., on peut imaginer que la somme, les montants nécessaires pour passer à une autre solution qui serait fournie par un concurrent, serait certainement de l’ordre de millions, dizaines de millions d’euros sinon plus. Donc il y a vraiment cette notion de captivité et qui fait que souvent les logiciels dans les entreprises ne changent pas, en fait, parce qu’il y a un nouveau fournisseur qui est apparu et qui, finalement, est un peu moins cher, un peu meilleur, un peu plus sympa ; ça existe mais c’est rare. En fait les grands changements se font quand il y a une vraie rupture technologique, quand il y a des nouveaux langages, des nouveaux paradigmes ; par exemple quand on a vu arriver les applications web, en quelques années, peut-être en dix ans, toutes les applications, peut-être pas toutes d’ailleurs, mais une grosse partie des applications anciennes dans les entreprises a été remplacée par des applications web.
Le logiciel libre rétablit quand même le curseur. Il ne le met pas complètement du côté des clients, parce que, dans ce cas-là, il y aurait un problème : si le client peut vraiment faire la loi et aller toujours, par exemple, vers le moins-disant, il y aura un problème économique et on ne pourra pas avoir une activité réellement créatrice de logiciels de qualité avec toutes les garanties que peuvent apporter les éditeurs de logiciels, qu’ils soient libres ou pas.
Pour nous, et ça c’est quelque chose qu’on voit quand on fait vraiment le panorama des principaux acteurs, enfin de tous les acteurs en France du logiciel libre, les éditeurs spécialisés, les éditeurs qui sont aussi un petit peu intégrateurs : chacun a son expertise, il a souvent une expertise métier, donc il connaît parfaitement le métier d’un ou plusieurs secteurs de clientèle et ça fait aussi partie de ce qu’un éditeur, une société en général, un fournisseur, peut apporter à son client. Il y a le côté purement technique qui fait qu’il y a un souci de la qualité. On est là pour le long terme ; on n’est pas là pour vendre une solution qui va marcher pendant trois jours et dès qu’on aura encaissé la facture ça ne marchera plus mais ce n’est pas grave parce qu’on ira chercher un autre pigeon à plumer ! L’éditeur est là sur le long terme, il veut que son client soit content et, on va dire, que c’est une valeur qui est partagée généralement dans le domaine du logiciel libre. Tout simplement, encore une fois, parce que la transparence fait que si on laisse vraiment des énormités dans le code, eh bien ça va se voir et si ça se voit ça ne sera pas bon pour la réputation de l’entreprise qui est derrière ce développement.
Donc tout ça fait qu’il y a un certain nombre de cercles vertueux qui font que la relation s’équilibre entre fournisseur et prestataire par rapport à un modèle où on est plus dans le conflit et où on voit souvent des fournisseurs, par exemple quand ils sont en position dominante ou de quasi-monopole, qui peuvent, d’une année sur l’autre, augmenter les licences de 30 % ; les clients râlent, les clients ne sont pas contents, mais pff ! Qu’est-ce qu’ils ont comme possibilité ? Attendre le prochain cycle technologique en espérant qu’il y ait des fournisseurs plus sympas qui arrivent sur le marché.

Frédéric Couchet : Véronique, tu voulais ajouter quelque chose.

Véronique Torner : Oui. Un des intérêts aussi pour ces entreprises d’utiliser du logiciel libre, c’est qu’à un moment donné lorsqu’elles ont un parc applicatif où elles ont, je ne sais, 200-300 briques de logiciel libre, elles peuvent confier, en fait, à un ensemble d’acteurs qui sont fédérés en guichet unique tout le support de leurs briques. Ce qui n’était pas possible dans le monde propriétaire, c’est-à-dire que c’était impossible d’avoir à un moment donné un guichet unique. Vous étiez obligé, si vous aviez 200 briques propriétaires, eh bien vous aviez 200 contrats, 200 relations fournisseur.
Le logiciel libre permet d’avoir, à un moment donné, un guichet unique où vous pouvez confier le support de ces 300 catalogues. C’est quand même un apport énorme pour une entreprise. Ensuite, plus vous avez intégré des logiciels libres qui ont des communautés importantes, plus vous avez le choix des acteurs qui vont composer ce guichet unique. Si à un moment donné vous avez contractualisé avec un groupement d’acteurs et puis vous estimez, finalement, qu’ils ne vous rendent pas le service, eh bien si ces composants sont très répandus vous pouvez le confier à un autre groupement. Ces groupements peuvent être composés d’intégrateurs, d’éditeurs, en général c’est le cas. L’intégrateur assure un support de niveau 1, niveau 2 et s’appuie sur toute une communauté d’éditeurs sur le niveau 3. Ça c’est, je trouve, un partenariat win-win à la fois pour le client qui se retrouve à pouvoir gérer auprès d’un groupement, d’un interlocuteur, sa problématique de support qui est quand même un sujet ! Ce sont quand même des gros montants sur les budgets informatiques, la notion de support, de maintenance des solutions qui sont déployées. Et puis c’est win-win aussi pour la communauté des intégrateurs-éditeurs, parce qu’ils peuvent s’associer et proposer une offre de services de qualité au client.

Frédéric Couchet : Sur cette démarche gagnant-gagnant, Laurent est-ce que tu veux ajouter quelque chose ? Je précise qu’on va bientôt terminer cette discussion.

Laurent Wargon : D’accord. Je pense que ce qui est important c’est de pouvoir s’engager sur la durée avec le client. Il faut que le client ait confiance. Si on ne sait pas répondre eh bien on répond qu'on ne sait pas. Et si on sait répondre eh bien on répond et on répond rapidement. Donc on ne va pas s’engager sur un panel pas raisonnable, on va s’engager sur le panel que l’on connaît. A priori ça se passe plutôt très bien : Easter-eggs est spécialiste GNU/Linux depuis 1997 et on a encore des clients qui étaient là en 1997, donc on est assez satisfaits.

Frédéric Couchet : C’est très bien. Véronique.

Véronique Torner : Tu disais tout à l’heure finalement qu’est-ce qui ferait la différence entre un Capgemini, un Atol ?

Frédéric Couchet : Oui, j’ai posé cette question-là, ce sera la dernière réponse.

Véronique Torner : D’accord. Du coup c’est une bonne question. En fait la différence c’est que les acteurs et notamment les entreprises de services qui sont spécialisées en open source évidemment elles connaissent très bien l’écosystème du logiciel libre, elles connaissant bien les acteurs ; elles ont en leur sein des acteurs qui sont spécialisés sur ces solutions. C’est ça qui fait, en fait, la grande différence, je le disais en introduction. Ce qui nous différencie c’est souvent, aussi, des équipes qui contribuent aux solutions. Et c’est ça qui va faire la différence avec un acteur généraliste, c’est cette notion d’expertise, de passion aussi, les salariés de nos entreprises sont souvent des gens qui sont passionnés ; en fait ce n’est pas un métier, je dirais, d’être développeur ou informaticien, c’est une passion et cette passion est restituée en termes de qualité, d’excellence auprès de nos clients.

Frédéric Couchet : Stéfane.

Stéfane Fermigier : À ce sujet un petit mot sur le CNLL qui est l’Union des entreprises du logiciel libre en France, on représente peut-être entre 300 et 400 entreprises en France. On s’est posé la question : est-ce que ces entreprises ont une spécificité ou est-ce que ce sont simplement des gens qui font leur truc un peu chacun dans son coin, chacun à sa façon ? C’est vrai qu’il y a une grande variété entre toutes ces entreprises, mais on pense y reconnaître un certain nombre de valeurs communes. Par exemple on a fait signer il y a sept-huit ans déjà, ce qu’on a appelé la charte Libre Emploi qui est juste une charte très simple en cinq points mais qui garantit que les entreprises signataires de cette charte font en sorte que leurs employés, les gens qui travaillent dans ces entreprises, sont vraiment libres d’utiliser des logiciels libres s’ils en ont besoin, si ça fait du sens dans le cadre de leur travail, ils sont libres d’aller se former lorsque c’est nécessaire en allant à des conférences, en participant à des communautés et ils sont libres aussi, toujours dans un cadre contrôlé mais dans un cadre où l’entreprise est pro-active, d’aller travailler, d’aller contribuer dans les communautés. Donc il y a des valeurs qui sont communes entre ces entreprises. On représente quand même 50 000 personnes en France, donc 50 000 employés en France ce n’est quand même pas négligeable. Et on espère aussi que c’est une communauté qui sera reconnue par notre secrétaire d’État Cédric O dont tu parlais tout à l’heure.

Frédéric Couchet : Le secrétaire d’État au numérique Cédric O. Avec une croissance très forte, je renvoie notamment sur les études publiées par le CNLL. Dernière intervention en 30 secondes Laurent sur Libre-Entreprise.

Laurent Wargon : Libre-Entreprise c’est une quinzaine d’entreprises, ça représente une centaine de personnes, qui adoptent les mêmes valeurs que nous, c’est-à-dire une démocratie dans l’entreprise où chaque individu est acteur dans la décision de l’entreprise à parts égales. Donc c’est une sorte d’essaimage un peu comme les CHATONS ou comme la Fédération French Data Network qui, plutôt que de grossir en propre, fait en sorte de diffuser le modèle.

Frédéric Couchet : Merci. CHATONS c’était la semaine dernière si je me souviens. L’émission est évidemment disponible sur le site.
Je vous remercie pour cette première émission sur les entreprises du logiciel libre : Laurent Wargon d’Easter-eggs et Libre-Entreprise ; Véronique Torner d’Alter Way, du Syntec numérique et d’Open CIO Summit ; Stéfane Fermigier d’Abilian, du CNLL et du Groupe Thématique Logiciel Libre du Pôle Systematic. Toutes les références sont sur le site de l’April.

Nous allons faire une petite pause musicale, le morceau que nous allons écouter c’est Once Tomorrow et c’est Josh Woodward.

Pause musicale : Once Tomorrow par Josh Woodward.

Chronique « Jouons collectif »

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Once Tomorrow par Josh Woodward. On a coupé un petit peu avant la fin pour laisser le temps de parole à Vincent Calame. Ce morceau est en licence Creative Commons BY 4.0 donc Partage et évidemment les références sont sur le site de l’April.
Nous allons passer maintenant au sujet suivant avec la chronique de Vincent Calame, informaticien libriste, c’est comme ça que je te présente, tu me corrigeras éventuellement, chronique intitulée « Jouons collectif ». Vincent est informaticien, bénévole à l’April et cette chronique, en fait, c’est « choses vues, entendues et vécues autour de l’usage du logiciel libre au sein de collectifs donc associations, mouvements et équipes en tous genres ». En gros, c’est le témoignage d’un informaticien embarqué au sein de groupes de néophytes. Bonjour Vincent.

Vincent Calame : Bonjour.

Frédéric Couchet : Le thème du jour tu m’as dit c’est « je me demandais ce que vous faisiez là ».

Vincent Calame : Voilà. La petite phrase de cette chronique demande à être contextualisée. Les 13 et 14 avril j’étais aux Journées du logiciel libre à Lyon, un rendez-vous important de la communauté francophone qui a d’ailleurs fêté ses 20ans l’an dernier, qui est un événement qui propose des conférences, des ateliers, qui possède également un village associatif où se trouvent des stands tenus par de nombreuses associations et, bien sûr, l’April y était présente.

Frédéric Couchet : L’April y était présente et c’est l’occasion de remercier les bénévoles qui tiennent ce stand, je ne sais plus quelles personnes étaient présentes là-bas. En tout cas on tient à peu près une quinzaine ou une vingtaine de stands par an. C’est vrai que les Journées du logiciel libre qui, comme tu l’as dit, ont fêté leur 20 ans est un des événements vraiment important de l’année. En plus c’est vraiment en centre-ville, à la Maison pour Tous des Raincy. Je vous encourage à y aller l’année prochaine, c’est autour d’avril 2020.
Donc dans cet endroit tu n’y étais pas pour l’April, tu y étais pour quoi en fait ? Je vais quand même balancer un petit peu, tu es quand même sur l’une des photos du stand de l’April, sur photos.april.org, mais tu y étais pour quoi, en fait ?

Vincent Calame : J’y étais dans un autre cadre, même si, évidemment, je suis allé dire bonjour aux camarades, j’y étais pour présenter un logiciel libre qui s’appelle Scrutari qui est un moteur de recherche de ressources documentaires que je développe dans le cadre du projet Coredem, qui est un projet porté par une structure appelée Ritimo.

Frédéric Couchet : Oh la, la ! Scrutari, Coredem, Ritimo ! Explique-nous tout ça s’il te plaît.

Vincent Calame : Je suis obligé évidemment de contextualiser. Ritimo, je vais d’abord présenter cette structure, c’est un réseau de centres de documentation qui a plus de 30 ans et qui est axé sur la solidarité internationale : « timo », c’était pour tiers-monde, ça date un petit peu comme concept, mais la solidarité internationale c’est toujours très important. Au début c’est centre de documentation papier, qui est toujours un de ses rôles, mais évidemment, avec le numérique, ça a changé leur manière de travailler. Depuis quelques années ils se posent beaucoup de questions autour du logiciel libre et Ritimo fait à la fois des formations sur le logiciel libre à destination d’associations et anime également un projet qui est Coredem, qui est une communauté de ressources documentaires sur, notamment, les questions de la transition et c’est à ce titre que j’y étais parce que je travaille sur le moteur de recherche de ce projet.

Frédéric Couchet : On va préciser, peut-être même donner les adresses des sites web. Ritimo c’est l’association, c’est ritimo.org ; la plate-forme de ressources, comment tu as appelé ça ?

Vincent Calame : C’est ressources documentaires.

Frédéric Couchet : Ressources documentaires c’est Coredem, donc coredem.info, c, o, r, e, d, e, m point info et le logiciel qui est derrière tout ça, le moteur de recherche libre que tu développes, c’est scrutari.net.

Vincent Calame : Tout à fait. J’ai fait la conférence, je ne vais pas m’y attarder, mais ensuite je suis allé tenir le stand de Ritimo au sein du village associatif des Journées du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Et donc c’est là que des gens de Ritimo t’ont dit : « Je me demandais ce que vous faisiez là ! »

Vincent Calame : Ce ne sont pas des gens de Ritimo. C’est le public.

Frédéric Couchet : C’est le public !

Vincent Calame : Je tenais le stand de Ritimo et nous avions préparé le stand, nous avions mis des publications de Ritimo et, sans le vouloir, aucune ne faisait référence directement au logiciel libre. Donc effectivement c’est une phrase que j’ai entendue de manière positive, sympathique, mais de personnes qui se demandaient ce qu’une association comme Ritimo faisait à cet endroit. C’est une manière d’expliquer et de faire des liens entre notamment des thèmes de solidarité internationale et des thèmes du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Donc au final, en fait, cette phrase est positive ?

Vincent Calame : Oui, elle est positive parce qu’en fait on titille la curiosité des gens en leur montrant les croisements qu’il y a entre le thème principal qui était là le logiciel libre et d’autres enjeux, d’autres réflexions sur d’autres thèmes. Donc on aide à faire des croisements. Je prends un exemple : Ritimo a beaucoup de publications sur les questions de l’engagement, notamment l’engagement des jeunes en solidarité internationale, sur la question aussi des dons de matériel informatique qui souvent sont plutôt pervers parce qu’en fait on donne des choses obsolètes et pas très utiles, donc il y a toute une réflexion là-dessus. Et je trouve que ça peut entrer en résonance avec des questions de l’engagement que peuvent avoir de gens dans le cadre du logiciel libre, notamment.

Frédéric Couchet : D’accord. Précisons que les Journées, c’est sur le salon web qu’on me le précise, c’est Étienne en régie qui me dit que le thème principal des Journées du logiciel de Lyon c’était l’écologie.

Vincent Calame : Oui.

Frédéric Couchet : Et précisons, tu me l’avais dit dans les notes, quand tu parles de la revue de Ritimo c’est Passerelle, il y a un des numéros qui est consacré, enfin titré « Pour une information et un Internet libres : journalistes indépendants, médias associatifs et hacktivistes s’engagent ». La référence est sur le site de l’April. La revue est téléchargeable librement.

Vincent Calame : Oui. La précision d’Étienne est importante. Les Journées elles-mêmes étaient déjà en croisement avec d’autres thèmes, ce n’était pas seulement une réunion d’informaticiens. Il y avait cette question d’écologie et de la transition.

Frédéric Couchet : D’ailleurs par rapport à ça, l’April est présente à des stands professionnels, on n’a pas parlé tout à l’heure de POSS, Paris Open Source Summit qui est un salon professionnel logiciel libre à Paris, mais on est aussi présents et depuis très longtemps à des salons qui ne sont pas du tout professionnels, pas du tout informatiques. Historiquement il y a par exemple la Fête de l’Huma ; le réseau Alternatiba, pareil autour de l’écologie et de la planète ; la Fête des Possibles qui est organisée par différents réseaux dont, je pense, Ritimo fait partie, Alternatiba aussi, qui a lieu, de mémoire, en septembre chaque année, je crois que ça va être la troisième ou quatrième édition cette année. Il est important d’être présents sur ces événements-là où, effectivement, on fait des croisements et où on explique l’apport du logiciel libre pour une société finalement plus libre, plus égalitaire, plus inclusive. Je te laisse poursuivre.

Vincent Calame : Je crois que ce qui est important dans ces stands ce n’est pas de prêcher à des convaincus. Je crois que quand on tient un stand dans l’endroit habituel ça permet de croiser des têtes qu’on n’avait pas revues depuis longtemps, mais ce n’est pas comme ça qu’on va aller au contact de nouvelles personnes, qu’on va sensibiliser de nouvelles personnes. Je crois que c’est important d’être dans des lieux dans lesquels les gens ne s’attendent pas à ce qu’on soit, à la fois d’ailleurs le public, mais peut-être les autres membres de l’April ou les autres adhérents qui vont peut-être, sur le moment, se dire pourquoi Alternatiba, pourquoi la Fête de l’Huma. Et expliquer aussi que c’est important, quand on porte une parole qui va au-delà de la technique qui est un vrai objet politique, d'être dans des lieux autres. Donc voilà. Je milite.

Frédéric Couchet : On parle de la Fête de l’Huma, je me souviens très bien que les premières années c’était une question très récurrente : « Pourquoi vous êtes là », à la fois les gens qui visitent la Fête de l’Huma qui, je le rappelle, est un festival avant tout quand même, mais aussi les gens de l’extérieur nous disaient « Pourquoi vous allez à la Fête de l’Huma ? » et on devait leur expliquer. Aujourd’hui je crois que la question ne se pose plus, les gens ont compris qu’il faut aller à ce type d’évènements. Tu voulais terminer par une note un peu personnelle parce que je crois que tu as rencontré des personnes qui écoutent l’émission dont ta chronique !

Vincent Calame : Tout à fait. J’ai croisé des personnes qui m’ont dit qu’elles écoutaient ma chronique. Elles ont été très polies parce qu’elles ne m’ont pas dit si la chronique leur plaisait ou non. Donc effectivement nous sommes écoutés.

Frédéric Couchet : Au moins toi.

Vincent Calame : En tout cas cette émission. J’en profite pour remercier mes auditeurs et mes auditrices. Je remercie également la personne qui va faire la transcription de la chronique.

Frédéric Couchet : Marie-Odile.

Vincent Calame : Merci Marie-Odile et puis un petit baiser à Didi qui se reconnaîtra parmi les auditrices.

Frédéric Couchet : Écoute merci Vincent. C’était la chronique de Vincent Calame intitulée « Jouons collectif » sur son retour d’expérience et c’est toujours un plaisir de rencontrer les personnes qui nous écoutent, soit après une conférence soit après la radio. Évidement on retrouve Vincent le mois prochain.
Nous allons faire un petit jingle.

Jingle basé sur Sometimes par Jahzzar.

Annonces

Frédéric Couchet : Il y a beaucoup de talents en régie aujourd’hui ; je suis tout à fait d’accord il y a beaucoup de talents en régie !
Dans les annonces. Les personnes qui écoutez l’émission vous la connaissez, a priori si vous l’écoutez vous l’appréciez, mais vous vous demandez comment la faire découvrir à un plus large public, eh bien on a pensé à vous : on a préparé une petite bande-annonce pour faire découvrir notre émission. C’est une bande-annonce qui dure une minute trente ; on va vous la diffuser et je reviens juste après.

Diffusion de la bande-annonce.

Frédéric Couchet : Donc voilà cette petite bande-annonce d’une minute trente. Je vais citer les voix qui interviennent, peut-être que vous en avez reconnues certaines : évidement Vincent Calame qui vient d’intervenir ; Étienne Gonnu qui est aujourd’hui en régie ; Isabella Vanni ma collègue et Noémie Bergez qui fait la chronique juridique ; il y a évidemment aussi ma participation. N’hésitez pas à diffuser cette bande-annonce qui est disponible sur le site de l’April, april.org, également sur le site de Cause Commune, causecommune.fm.

On va passer très rapidement aux annonces. On va aller à l’essentiel.
Olivier Grieco qui est le directeur d’antenne et qui est la personne qui traite les podcasts de Libre à vous !, ce qui permet d’avoir une qualité encore supérieure lors des rediffusions, participe aujourd’hui à une table ronde « Les radios associatives : quel contre-pouvoir aujourd’hui ? » ; c’est de 18 heures à 21 heures à la Maison des Métallos à Paris, dépêchez-vous parce que ça va bientôt commencer. La Maison des Métallos c’est 94 rue Jean-Pierre Timbaud dans le 11è arrondissement de Paris.
Tous les autres événements libristes vous les retrouvez évidemment sur le site de l’Agenda du Libre, donc agendadulibre.org et il y a évidemment plein d’événements qui se passent partout en France et même au-delà.

Notre émission se termine, vous entendez le générique qui vient de démarrer en mode tapis. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission aujourd’hui : Xavier Berne par chronique enregistrée, Stéfane Fermigier, Véronique Torner qui est toujours avec nous, Laurent Wargon, Vincent Calame et Étienne Gonnu en régie.

Vous retrouvez sur le site de l’April, april.org, toutes les références utiles ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours, comme l’a dit tout à l’heure Vincent, c’est intéressant d’avoir des retours des personnes qui nous écoutent, pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.

Il n’y aura pas d’émission en direct mardi prochain, mardi 30 avril. Vous aurez droit à une émission constituée de sujets anciens, donc déjà diffusés. Il y aura la chronique « Copier n’est pas voler » de Jean-Christophe Becquet, la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet et le sujet principal portera sur les distributions GNU/Linux.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 7 mai pour une émission consacrée notamment aux licences logiciel libre et d’ici là portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.