Depuis une semaine les combats ont repris entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie pour le contrôle du Haut-Karabakh. Des combats meurtriers, les deux camps affirmant avoir infligé des centaines de pertes à l’adversaire. Alors que sur la scène internationale, les appels à une trêve se multiplient, la Turquie, alliée de Bakou souffle sur les braises d’un conflit gelé depuis 26 ans.

C’est un territoire minuscule, pas plus grand qu’un département français, une frontière naturelle entre l’Azerbaïdjan turcophone et l’Arménie chrétienne. Depuis trois décennies, c’est surtout une ligne de front. Le Haut-Karabakh, peuplé d’Arméniens ayant fait sécession avec Bakou, s’est mué en un réseau de tranchées à plus de 1 000 mètres d’altitude.

Gaïdz Minassian, enseignant chercheur à Science Po Paris : « C’est vraiment 14-18… C’est vraiment les tranchées, des barbelés, des chiens, des boîtes de conserves qui font office de vigie. L’Arménie a deux avantages : D’abord, une position quasiment infranchissable dans les montagnes, lorsque vous êtes adossé à un État souverain, c’est très difficile de déloger quelqu’un qui est en pleine montage ; et le deuxième avantage, les soldats. C’est-à-dire que, lorsque vous êtes dans une logique de survie, eh bien vous vous battez jusqu’au bout. Et le Karabakh pour les Arméniens, pour vous donner une idée, c’est Sparte »

Mais dans ce vieux conflit territorial, la donne a récemment changé. La Turquie voisine souffle sur les braises, épaulant l’offensive lancée par Bakou. Chasseurs F16, drones et plusieurs centaines de mercenaires syriens auraient été déployés par Ankara, afin de combattre aux côtés de l’armée de l’Azerbaïdjan.

Pour Gaïdz Minassian, il y a un enjeu global, mondial, dans cette affaire du Caucase, actuellement.

« Cette implication en fait s’inscrit dans une volonté de la Turquie de s’étendre au-delà de ses frontières. On le voit avec l’Irak, la Syrie, la Libye, Chypre, et maintenant le Caucase, et voire peut-être aussi les Balkans… Donc, cette ancienne ceinture ottomane - puisque ce sont des anciennes provinces ottomanes -, Erdogan, pris dans un élan nationaliste, islamiste et néo-ottoman, veut retrouver une sorte de zone d’influence. Et la languette qui gêne dans cette volonté d’unifier le monde turcophone, c’est l’Arménie. Or, ni les Russes, ni les Iraniens, ni les Chinois, ni les Arabes, ni les Européens, ni les Américains, ne veulent favoriser le panturquisme. Donc il y a un enjeu global, mondial, dans cette affaire du Caucase, actuellement », analyse Gaïdz Minassian.

« Pourquoi la Chine est proche de l’Arménie ? A cause du problème des Ouighours panturques. Pourquoi l’Iran est, dans cette affaire caucasienne, plutôt proche de l’Arménie ? A cause de la menace panturque ? Pourquoi la Russie se méfie du panturquisme ? Parce que cela vient contrarier ses intérêts dans la région. Les Européens, pareil, parce qu’il y a les Balkans de l’autre côté, et les Américains pour une question d’ordre. Les Américains avant Trump », souligne le chercheur.

La France, les États-Unis et la Russie ont lancé jeudi un appel à la cessation immédiate des hostilités, Vladimir Poutine critiquant l’ingérence agressive de la Turquie, car le Kremlin, principal allié militaire de l’Arménie, entretient aussi d’étroites relations avec Bakou et n’a aucun intérêt à un nouvel embrasement du Caucase.