Mission encre noire Tome 29 Chapitre 337. la revue Moebius 165. Le nouveau numéro de la revue littéraire québécoise Moebius est disponible dans vos kiosques préférés. Voici l'occasion de découvrir l'envers du décor. Une magnifique édition vient d'être publiée, avec une couverture en forme de trophée de chasse, une nature morte admirablement ciselée par l'artiste en résidence Éléonore Golberg. Yara El-Ghadban, écrivaine en résidence pour quatre numéro fait feu de tout bois avec un texte poignant, elle qui cherche du regard Saffoureh le village disparu de sa grand-mère. Vous saurez tout ce qui attend votre lecture de ce splendide numéro dont la phrase thème est cette fois-ci tirée d'un texte de Vladimir Slepian paru en 1974 (Fils de chien, Paris, revue Minuit): «Écoutez ! Je serai votre chien, un bon chien, mieux que tout autre chien». Avec des textes de Pascale Bérubé, David Clerson, Anna Quinn, Julien-Pier Boisvert, Maude-Éloise Brault, Élise Turcotte, Mathieu Hachebé, Fidélie Camirand, Cédric Trahan, Mathieu Dubé, Thomas Désaulniers-Brousseau, Benedetg Zumthor, Pascale Beauregard, Ludovic Champagne, Emilie Pedneault, Patrice Lessard, Yara El-Gadban et Maude Veilleux. Pour enflammer cette présentation, je reçois la direction littéraire bicéphale, inédite, de ce Moebius 165, Olivia Tapiero et Marc-André Cholette-Héroux sont mes invité.e.s, ce soir, à Mission encre noire.

Extrait : « La faim me travaille comme si sa vie en dépendait. Lors d'épisodes de manque délirants, dans la lueur d'un espoir débridé, j'aspire à devenir un vieux fossiles de chien gâteux et gâté, traînant avec lui sa peau dégueulasse, ses yeux crottés et coulant d'une matière brune et indélébile, la gueule dégoulinant de bave, claudiquant au bout d'une ficelle tenue du bout des doigts par quelques maîtresse bien parfumée. Je me vois entrer dans leur maison où les formes de mon corps retrouveraient leurs traces sur un lit, un fauteuil de cuir, une ottomane. Puis, dans une autre pièce, le son des croquettes dans la gamelle, mon nom dit tout haut. Mon appétit serait contrôlé avec discipline et tendresse. » Benedetg Zumthor, Dies Irae, Moebius 165.

Parenthèse suisse de Jules Clara paru en 2020 aux éditions Triptyque. Une jeune femme met sa vie entre parenthèse entre Montréal et Fribourg. À peine envisage-t-elle le paysage qui la guette au détour d'une tunnel: Majestueux. Pourtant, cette ville nouvelle qui l'accueille l'a fait parfois vaciller, éperdue de solitude, oui, elle voulait quitter sa ville, plier bagage. Savait-elle seulement ce qui l'attendait par-delà les Alpes suisses: Un amour déçu ? une ville séductrice ? une vie silencieuse ? D'autres moeurs difficiles à appréhender ? Une déclaration d'amour ? Un peu de tout ça rétorquerait la narratrice, un oeil glissant vers les déclinaisons de lumière du paysage, puis vers les rues noires qui avalent ses pensées. Roman gigogne, Parenthèse suisse fascine. Cette nouvelle vie ailleurs de Montréal, est le prétexte de façonner un portrait kaléidoscope d'une femme, d'un pays, d'une ville. L'autrice nous emporte dans un habile jeu d'écriture atypique où l'imagination et les fantasmes règnent en maîtres absolus. Je reçois Jules Clara, à Mission encre noire.

Extrait: « C'était une rencontre parmi la foule qui s'abandonne à la gare. Il l'attendait comme ça, un bâton planté dans la rivière, le temps en cascade sur sa droite. Sur sa gauche. J'étais pour ma part debout, à l'écart de la scène, mais je ne l'étais pas assez. ce que j'ai vu, c'est une jeune femme descendre du train comme un rayon, dans la mesure où elle taillait les lieux couleur topaze autour d'elle. La séquence de leur rencontre diffusait une chaleur sans patience, qui cheminait sur le béton comme un tapis déployé pour eux seuls. Il y avait cet homme, de dos. Son habit sobre me rappelait l'époque du noir et du blanc. Nimbé d'une lumière qui me semblait irréelle, la femme du rendez-vous arborait quant à elle un visage comme une pomme citronnée. Rond, même ovale, avec des cheveux bruns. Ou étaient-ils blonds ? Une sorte de brume empêchait que l'air de ma vue ne s'éclaircisse entièrement. J'avais la certitude, pourtant, que cette femme rencontrait d'abord la Suisse et non l'homme.»