Mission encre noire Tome 24 Chapitre 298. Adolphus de Hervé Gagnon paru en 2018 aux éditions Libre Expression collection Expression Noire. - Seigneur tout puissant, aie pitié de mon âme! s'exclame Adolphus Dewey, alors qu'il refuse la cagoule offerte par le bourreau sur le gibet dressé sur la galerie de la prison. Une fois l'office accompli, un individu s'approche et repart avec un objet enveloppé dans une vieille chemise. Soixante ans plus tard, début octobre 1893, Joseph Laflamme, George McCreary et leurs promises, Emma et Mary s'apprêtent à visiter le cirque Sarazini au «Parc Sohmer Park». À dix cents par tête, les deux couples vont vivre une soirée i.n.o.u.b.l.i.a.b.l.e. Deux personnes sont assassinées près du chapiteau. Bizarrement, la hache utilisée par le montréalais Adolphus Dewey pour commettre son forfait qui était exposée dans le cabinet de curiosités, a disparu. Le journaliste vedette de La Patrie enquête ! Une nouvelle fois, Hervé Gagnon nous invite à découvrir un univers montréalais inédit, un bien étrange cirque. L'auteur est notre invité, ce soir, pour nous rafraîchir la mémoire à propos de sa, désormais, cultissime série de Joseph Laflamme.

Extrait: «Un éclat de rire jovial monta tandis que le magicien se renfrognait, mécontent. Ils se retournèrent et trouvèrent, dans le kiosque d'en face, un homme et une femme d'une obésité colossale. Leur corps donnait l'impression d'être constitué de vagues successives de graisse qui débordaient de leurs vêtements, aussi grands que des tentes, et se déployaient de tous les côtés. Dans les robustes fauteuils en rondins qui semblaient peiner à les soutenir, ils avaient exactement la même posture, leurs mains potelées reposant sur un ventre immense, les cuisses grosses comme des troncs d'arbres écartées pour permettre à leur panse de se loger au milieu. Leurs visages cerclés de multiples mentons n.étaient que des masses de lard dans lesquels s'enfonçaient des petits yeux pétillants. Comble de malchance, la femme était affligée d'une pilosité faciale que bien des hommes auraient enviée. Fier de sa boutade, le gros homme riait, ce qui le faisait frémir tout entier dans son fauteuil qui grinçait dangereusement. Nul doute qu'il lançait la même à tous les visiteurs pour attirer leur attention. Du coin de l'oeil, Joseph consulta l'écriteau qui était apposé sur le kiosque: «Pierre et Pierrette Jetté, le Couple le plus gros du monde. 712 et 622 lb! Pierrette est aussi barbue.»

Janvier noir de Alan Parks traduit par Olivier Deparis paru en 2018 aux éditions Rivages. Glasgow, 1973, devant la gare routière, un jeune garçon ouvre le feu sur une jeune femme avant de retourner l'arme contre lui. La ville s'apprête à vivre l'une de ses semaine les plus noires de son histoire. L'inspecteur McCoy est au première loge. Un détenu, Howie Nairn, l'a convoqué pour lui annoncé, la veille, le sombre destin qui se préparait pour la victime. Accompagné de son jeune adjoint, Wattie, il ne pourra empêcher ce premier meurtre d'être commis. Au milieu de l'hiver rude écossais, McCoy enquête. Alan Parks initie un nouveau cycle d'une douzaine de romans, à venir, avec Janvier noir. McCoy est un dur à cuir, il se sent chez lui aussi bien dans les bas fonds de la ville que dans les quartiers plus huppés. Boucler cette affaire ne sera pas pour autant de tout repos, certains endroits lui collent de trop près à la peau. Âpre et réaliste, ce premier épisode va ravir ceux et celles qui raffolent des décors d'époque, les rues en pente, l'architecture sinistre, David Bowie, Rod Stewart et les origines ouvrières des vrais lads écossais. Obstiné et déterminé, à l'image de son héros abîmé, ce premier roman noir a tout pour convaincre.

Extrait: «La voiture tourna sèchement à droite au grand abattoir et s'enfonça dans Dalmarnock. Glasgow était une ville faite de villages, de territoires délimités par les gangs qui se disputaient telle ou telle rue. McCoy n'avait le souvenir d'aucune revendication concernant Dalmarnock. Personne n'en voulait. Il s'arrêtèrent devant un immeuble abandonné sur un terrain vague envahi par la boue, les flaques et les gravats. Les entrées et les fenêtres du premier étage avaient été condamnées à l'aide de planches par la municipalité, des panneaux DÉFENSE D'ENTRER - DANGER tout juste visibles sous le nom des gangs peint à la bombe. Ces panneaux n'avaient pas été d'une grande utilité. La moitié des planches avaient été enfoncées ou arrachées, certaines, brisées, baignaient dans la boue. - C'est des gamins qui l'ont trouvée, dit Murray en frottant sa vitre pour la désembuer et regarder à l'extérieur. Ils jouaient à cache-cache là dedans. On ne peut pas leur en vouloir, ils n'ont pas beaucoup d'autres distractions par ici.»

Tuer jupiter de François Médéline paru en 2018 aux éditions de La manufacture de livres. Emmanuel Macron est mort ! Ses obsèques nationales se déroule le 02 décembre 2018. Il rejoint le Panthéon devant les caméras du monde entier. Brigitte Macron porte des lunettes conçu par un grand lunetier parisien sur le modèle de celles de Jacky Kennedy. Mozart est joué par un choeur berlinois. Les chefs d'États de la planète entière se manifestent. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, prépare son éloge funéraire. François Médéline a passé dix ans au service de parlementaires socialistes, il a fréquenté, au plus près les coulisses du pouvoir. Il vous propose de remonter le temps de cet assassinat. Si complot il y a, le fil du récit nous transporte de la Maison blanche, à Moscou, à Jérusalem et sous les arcanes de l'Élysée. Tout cela est-il plausible vous demandez-vous ? Le texte, forcément audacieux, est spectaculaire et plus vrai que nature. Amateur de James Ellroy, l'auteur, rend hommage à l'illustre écrivain. La vraie ironie perverse du récit dystopique est de surfer sur un passé fictionnel qui repose, en parti, sur des faits avérés de notre réalité actuelle. Et c'est ce qui est effrayant et délirant.

Extrait: «Élodie sutura la bouche du président de la République. Élodie caressa sa lèvre supérieure. Elle fit pivoter son siège surélevé, scruta le portrait mesurait cinquante centimètres par soixante-dix. Il était encadré, suspendu à la vis cruciforme sur laquelle Élodie accrochait tous ses morts. Emmanuel Macron était assis sur son bureau devant la fenêtre. La fenêtre donnait sur le jardin du palais de l'Élysée. Emmanuel Macron était assis et en même temps il était debout. Avec ses deux alliances, ses deux téléphones. Avec les deux poches latérales de sa veste de costume. Avec les Nourritures terrestres et Les Mémoires de guerre. Avec Le Rouge et avec Le Noir. Avec l'histoire qu'Élodie devait raconter. Avec cet homme-là qui était son modèle. La consigne lui avait été donnée par le cabinet du président défunt à l'Élysée. Toutes les familles donnaient des consignes. Emmanuel Macron possédait une armée de sbires. Ses sbires les plus proches étaient directifs. Le cabinet de l'Élysée avait étudié la cryogénisation et s'était renseigné sur les embaumeurs de Lénine. La cryogénisation sonnait trop Star Trek. Les embaumeurs du petit Vladimir Illitch étaient les meilleurs du monde, Lénine rajeunissait plus de quatre-vingt-dix ans après sa mort.»