Mission encre noire Tome 29 Chapitre 336. Le lièvre d'Amérique de Mireille Gagné paru en 2020 aux éditions La Peuplade. Principalement herbivore, le lièvre d'Amérique n'hiberne pas. En bon survivaliste, il ingère certaines de ses déjections pour en récupérer les derniers nutriments. Toujours aux aguets, il fait partie des animaux qui dorment le moins. C'est exactement ce qu'il faut pour Diane pour calmer son anxiété de performance. Elle décide de subir une intervention chirurgicale pour se faire inoculer le gène du lepus americanus. Elle devient rapidement l'employée modèle. Cependant, bientôt des cauchemars récurrents l'agitent. Au fil des jours, elle remarque des dizaine de cheveux roux dans sa chevelure. Peu à peu, elle se souvient du traversier de son adolescence, celui qui la menait vers l'Isle-aux-Grues. Les marées, le ciel qui s'illumine dans toute sa blancheur, elle avait oublié tout ça et...Eugène. Je vous invite à découvrir un fantastique roman mutant, une fable animalière néolibérale signée Mireille Gagné. L'autrice est notre invitée, ce soir, à Mission encre noire.

Extrait: « Toujours ce vague souvenir de fuite en quittant le sommeil. de plus en plus fort chaque matin. La même forêt. L'hiver. Un cri. Quelqu'un la hèle. Derrière elle. Elle n'arrive plus à bouger. À se retourner. Paralysée. Stratifiée. Elle entend des pas s'approcher. Crissement dans la neige. Murmures. Branches cassées. Elle voudrait voir qui approche. Une ombre. Immense. Une main dans son dos. Mais le mirage s'étiole. Ses yeux voient flou. Elle se réveille. Essoufflée. Chasse les souvenirs oppressants de la nuit. Le cadran indique 4h32. Elle a dormi seulement quelques minutes de moins qu'hier."

À train perdu de Jocelyne Saucier paru en 2020 aux éditions XYZ. Une vieille dame, Gladys Comeau monte à bord du Northlander, le 24 septembre 2012. Cette ligne de chemin de fer couvre , avec le Polar Bear express, la liaison de Toronto à Monsonee, sur la Baie James. Elle disparaît subitement de la circulation. La population et les proches du village de Swastika sont en émoi. Elle laisse derrière elle une fille aux pensées suicidaires. Qu'est-ce qui a bien pu se passer dans la tête de Gladys, cette femme courageuse, hors du commun, une mère dévouée, une force de la nature ? Fort de ces informations, un narrateur de Senneterre, en Abitibi, décide de consacrer quatre ans de sa vie à cette enquête. Jocelyne saucier retrouve la plume et la verve de son roman précédent, Il pleuvait des oiseaux, pour nous conter une histoire singulière. Celle des gens itinérants, de la forêt, des habitants du nord qui ont bâti tout un réseaux d'entraides et d'amitiés autour des School train d'antan. À vous de découvrir un roman anticonformiste remarquable, qui finira probablement par vous convaincre que vieillir peut être une tout autre aventure que prévue. Jocelyne Saucier est invitée de Mission encre noire.

Extrait: « Pourquoi ne suis-je pas devenu cheminot comme mon père, mes oncles et tous les jeunes hommes qui se cherchaient un avenir pas trop loin ? Probablement parce que c'était des hommes plus grands que nature dans mon esprit. Mon père qui n'était pourtant pas un colosse prenait des allures de géants quand j'allais le voir dans la cour de triage. Je le cherchais parmi tous ces hommes qui marchaient pesamment entre les longs convois de marchandises et, quand je l'avais repéré, je ne le quittais pas des yeux, petit homme devenu géant car de sa seule main il démembrait un convoi. Tous ses gestes, le levier qu'il détendait, les boyaux de frein qu'il découplait, tous ses gestes répétés d'un wagon à l'autre, je les connaissais et c'était chaque fois le même ravissement de voir les wagons se séparer, glisser sur le rail, s'abouter à un autre convoi grâce aux mains expertes de mon père, de mes oncles, de tous ces hommes qui activaient ce lent et lourd ballet éléphantesque.»