par Philippe Herlin

[Un article qui sort des sentiers battus, mais pas complètement, vous le verrez]

Sous-estimer l’inflation afin de masquer les pertes de pouvoir d’achat, voici un travail constant que font les organismes statistiques nationaux comme l’Insee en France. J’en ai parlé dans mon livre « Pouvoir d’achat : le grand mensonge« . Mais j’ai récemment découvert un autre mécanisme, et il concerne l’alimentation, un poste significatif dans notre budget et crucial pour notre santé. Cette prise de conscience vient de ma récente conversion au régime cétogène (grâce au livre « Bonjour keto« , que je vous conseille), qui a fait écho à un chapitre du livre « L’étalon Fiat » de Saifedean Ammous, lu en début d’été.

Saifedean Ammous explique que, durant des décennies, pour compenser l’augmentation des prix des produits alimentaires due à l’inflation monétaire, les gouvernements ont fait la promotion des produits riches en glucides, notoirement bon marché, au détriment de la viande, pourtant abondante en nutriments (page 127). De cette façon, mécaniquement, la composante alimentation de l’indice des prix à la consommation (IPC, le panier du consommateur moyen) stagne ou même diminue, ce que l’on a observé dans les pays développés depuis les années 1970 : « Lorsque les prix des aliments hautement nutritifs augmentent, les gens sont inévitablement contraints de les remplacer par des produits moins chers. Comme les aliments moins chers deviennent une partie plus importante du panier de biens, l’effet de l’inflation est sous-estimé. » (page 129)

Il ne s’agit pas uniquement d’un simple effet de substitution, contraint par un différentiel de prix, mais bien d’une politique encouragée dans la durée par le pouvoir politique : « Un examen approfondi des recommandations diététiques du gouvernement américain depuis les années 1970 montre un déclin continu de la viande au profit des céréales, des légumes, des huiles industrielles et de divers autres aliments pauvres sur le plan nutritionnel, mais qui bénéficient d’économies d’échelle industrielles. » (page 130) Selon un expert cité par Ammous, l’Américain moyen mangeait environ 80 kilos de viande au XIXe siècle, principalement de la viande rouge, alors qu’aujourd’hui c’est 45 kilos dont la moitié de volaille, nettement moins nutritive. (page 145)

Ammous dénonce ces « aliments fiat », par référence à la monnaie fiat (papier, crée ex-nihilo), que sont les huiles végétales (colza, soja, tournesol), le maïs, le soja, les aliments à faible teneur en matières grasses (et pour leur donner du goût, on met du sucre), le blé dégermé (sans substance nutritive, mais pour pouvoir le conserver plus longtemps). Et c’est précisément depuis les années 1970 que l’on constate une explosion de l’obésité, des maladies cardiovasculaires, auto-immunes, etc. Comme il le fait très justement remarquer, « L’obésité croissante des Américains n’est pas un signe de richesse et d’abondance mais un symptôme de privation. » (page 150)

Ce qui importe à l’organisme, affirme Ammous, ce sont les graisses animales (pour l’énergie), les protéines apportées par la viande et les œufs (pour l’énergie, la construction et l’entretien les tissus), les vitamines et les minéraux (pour les processus vitaux). Les glucides (sucre, pain, pâtes, riz, céréales, pommes de terre, fruits) ne sont pas essentiels au corps, ils apportent de l’énergie, certes, mais s’ils se mettent à prédominer, l’organisme entre en léthargie (physique et mentale) par manque d’apports réellement nutritifs, et il se met à stocker (obésité). (page 152)

Cette « alimentation fiat » c’est, pourrait-on dire, du keynésianisme alimentaire, de l’énergie tout de suite, sans se soucier de la vigueur de l’organisme à long terme. Il est tout à fait cohérent que le même pouvoir politique use de la planche à billets et encourage la consommation de glucides, dans les deux cas il s’agit d’une drogue efficace à court terme, mais destructrice sur le long terme, nous le voyons avec le retour de l’inflation, que l’on pourrait considérer comme une « obésité monétaire ».

L’actuel renforcement de la campagne anti-viande s’inscrit dans cette logique consistant à masquer au mieux l’inflation monétaire : diminuer encore sa consommation carnée et compenser avec des apports en glucides. « Mangez cinq fruits et légumes par jour » assène le gouvernement. Eh bien, mangez de la viande (et achetez de l’or), vous serez dans une logique saine et de long terme, vous vous protègerez de l’obésité, qu’elle soit corporelle ou monétaire !

Philippe HerlinOr.fr, le 27 octobre 2022

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