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État des lieux

Au-delà des indicateurs financiers, l’état des infrastructures est aussi caractéristique du diagnostic d’un pays. L’étude se basera sur le travail d’Olivier Berruyer et sera approfondie d’autres considérations. En mars 2013, le rapport de la Société Américaine des Ingénieurs Civils (American Society of Civil Engineers, ASCE) établit les graphiques suivants à lire de cette façon :



  • A : État exceptionnel, parfait pour le futur.


  • B : Bon état, adapté au temps présent.


  • C : État médiocre, nécessite un suivi. Montre des signes de détérioration.


  • D : Mauvais état, en risque. Beaucoup d’éléments approchent de la fin de vie. Beaucoup d’éléments présentent un risque élevé de cassure.


  • F : inadapté  à l’utilisation.

Etat moyen des infrastructures aux USA et coût de rénovation - 1988 à 2013

Un premier constat peut être dressé. De 1988 à 2012, le bilan s’est dégradé, combiné à des coûts de rénovation montant en flèche. Plus les infrastructures se dégraderont, plus les coûts s’alourdiront. Toutefois, en 2009, il semble qu’une prise de conscience ait donné lieu à des investissements faisant remonter la moyenne d’un cran.

Tableau besoin financement par infrastructure aux USA - d'ici 2020

Besoin de financement par infrastructure aux USA - d'ici 2020

D’ici 2020, les besoins en financements sont énormes. Certaines infrastructures présentent des coûts de rénovation et de maintenance plus importants que d’autres. Il s’agit en priorité des transports de surface (routes, ponts, transports en commun), des infrastructures maritimes et fluviales (ports, canaux, digues, barrages) des écoles et des déchets. Ces équipements sont-ils les grands oubliés et sont-ils plus vieux que d’autres ?

Le besoin total atteint 3635 milliards $, soit 21 % du PIB américain (PIB du 1er trimestre 2014). Pour mesurer l’ordre de grandeur, en 2012, les recettes fédérales atteignaient 2469 milliards $. Les recettes annuelles ne couvriraient donc pas la totalité du financement des infrastructures. La solution de l’endettement se profilerait mais il faut rappeler que le solde annuel du gouvernement fédéral est négatif donc les coûts de rénovation creuseraient davantage le déficit.

Autre point. L’état des infrastructures va continuer à se dégrader avec l’augmentation de la population américaine (315 millions), donc la fréquence d’utilisation va augmenter en conséquence et ainsi accroître les coûts de maintenance et de rénovation si aucun investissement n’est entrepris par les autorités. Les différents climats (continental, désertique, semi-aride, océanique, tropical, subtropical) influencent également l’usure des infrastructures notamment énergétiques et de transport. Il y a donc une adaptation non-uniforme des infrastructures à améliorer selon sa place dans le pays.

L’état des infrastructures aux États-Unis est donc plus que préoccupant et pire encore, cela pourrait conduire des défaillances économiques graves.

Etat séparé des infrastructures aux USA - 1988 à 2013



  • Aviation (D) : 3 330 aéroports ; 617 000 pilotes pour 222 000 avions ; 728 millions de passagers ; 343 millions de vols. Avec 33 millions de vols en plus en 2011 par rapport à 2000, le trafic se congestionne avec un coût de 22 milliards $ en 2012, et si rien ne change, de 34 milliards $ en 2020 et 63 milliards $ en 2040.


  • Voies ferrées (C+) : 256 000 km de rails, 76 000 ponts ferroviaires, 800 tunnels. Le trafic a atteint le record historique de 31 millions de passagers en 2012, le double de 2000.


  • Routes (D) : 6,5 millions de km de routes, 4 600 milliards de km parcourus par an. 32 % des routes majeures sont en mauvais état. 42 % des autorités sont congestionnées, causant 100 milliards $ de pertes de temps et d’essence tous les ans.


  • Ponts (C+) : 607 000 ponts de 42 ans d’âge moyen. 11 % des ponts (66 700) sont déficients.


  • Canaux (D-) : 19 000 km de voies d’eau navigables, charriant l’équivalent de 51 millions de voyages de camions tous les ans. La plupart n’ont pas été améliorées depuis les années 1950 ; la moitié des 200 écluses ont plus de 50 ans ; 90 % des écluses ont connu des problèmes interrompant le trafic en 2012 ; il y a en moyenne 52 interruptions par jour sur le réseau.


  • Transports en commun (D) : 45 % des Américains n’ont pas accès à des transports en commun.


  • Ports (C) : 300 ports commerciaux, 600 petits ports ; 40 000 navires commerciaux. 70 % du volume des importations américaines passe par les ports.

Etat séparé des infrastructures aux USA 2 - 1988 à 2013




  • Barrages (D) : 84 000 barrages de 52 ans d’âge moyen dont 4 000 sont en état médiocre ; en 2020, 70 % des barrages auront plus de 50 ans ; 14 000 sont très dangereux du fait de présence de population en aval, dont 2 000 en état médiocre.


  • Énergie (D+) : 650 000 km de lignes électriques (datant des années 1880 pour les plus anciennes). Les coupures majeures d’électricité sont passées de 76 en 2007 à 307 en 2011. 250 000 km d’oléoducs et 2,5 millions de km de conduites de gaz.


  • Digues (D-) : 160 000 km de digues protégeant des dizaines de millions de personnes. Plus de 50 ans d’âge moyen. 8 % sont classées en bonne condition, 70 % sont en acceptabilité minimale et 22 % sont classées comme inacceptables.


  • Parcs publics (C-) : 56 000 km² de parcs publics avec 740 millions de visiteurs (140 millions les fréquentent régulièrement) ; 400 parcs nationaux : 60 parcs urbains reçoivent plus d’un million de visiteurs par an.


  • Écoles (D) : 50 millions d’élèves fréquentant les 100 000 écoles américaines. 10 % des écoles sont à plus de 125 % de leur capacité d’accueil. 59 000 écoles nécessitaient des rénovations en 1999 (aucune étude nationale depuis). Alors que la population scolaire continue à croître, les crédits sont en baisse.

Etat des eaux et déchets aux USA - 1988 à 2013




  • Eau potable (D) : 1,6 millions de km de canalisations principales dans 170 000 réseaux d’eau potable. 240 000 ruptures majeures de conduites par an : la majorité du réseau est proche de sa fin de vie.


  • Eaux usées (D) : 1,2 millions de km de canalisations principales d’égouts ;  la majorité du réseau est proche de sa fin de vie. 15 000 stations d’épuration traitant 3 milliards de m3 d’eaux usées par an. En 2009, une analyse de 16 % des cours d’eau américains a montré que 36 % étaient impropres à la vie des poissons, 28 % impropres à la baignade, 18 % impropres à l’alimentation en eau et 10 % impropres à l’agriculture.


  • Déchets solides (B-) : 250 millions de tonnes d’ordures générées par an (niveau stable par habitant depuis 20 ans), dont 85 millions (34 %) recyclées ou transformées en compost.


  • Déchets dangereux (D) : 35 millions de tonnes produites par an. 425 000 sites industriels désaffectés sur 20 000 km² attendent un nettoyage, dont 1 300 sont hautement prioritaires.

En conclusion, la plupart des infrastructures sont évoquées hormis les hôpitaux. L’état général est inquiétant et obsolète mais cela marque surtout un décalage total avec la capacité d’investissement et l’incarnation de puissance de l’économie américaine. Bien que les infrastructures d’hygiène publique et les axes de communication s’améliorent depuis 2009.

Le développement interne des États-Unis est-il délaissé ? Les ressources sont-elles allouées davantage à d’autres secteurs comme les dépenses militaires et la politique étrangère ?

5e15d11edaecdb20Certains états semblent prendre la mesure de ces préoccupations et misent sur le futur et l’innovation. À titre d’exemple, la première autoroute électrique verra le jour en 2015 en Californie sous le développement de la firme Siemens. L’innovation consiste à capter par les camions et autobus l’électricité sur des câbles (comme les trains) afin d’en assurer la propulsion, tout en étant équipés de moteurs classiques pour les portions non desservies. [1]

Une dernière infrastructure qui n’est pas prise en compte et pourtant démonstrative de l’état social d’un pays : les prisons. Ce dernier point est important car il peut permettre de mesurer le climat social et l’insécurité à l’intérieur d’un pays et estimer le potentiel de division d’une population.

 Population carcérale mondiale


Cette infographie datée de 2013 apprend que les États-Unis détiennent le plus fort taux de détention mondial : 716 détenus pour 100 000 habitants, soit presque 1 ‰. Avec plus de 2 millions de détenus, le taux de remplissage des pénitenciers américains (99 %) signifie qu’ils sont presque au maximum de leur capacité d’accueil. Si certains pénitenciers sont déjà en surpopulation, ce phénomène peut continuer à s’étendre. De quoi ces chiffres sont-ils révélateurs ? En dépit de la rigueur et de la sévérité du système judiciaire américain, les pénitenciers atteignent un taux de remplissage maximum. Donc, la dissuasion et l’efficacité de ce système judiciaire peuvent être remises en cause. La stigmatisation et la répression policière envers certaines populations est bien souvent dénoncée, ce qui met en évidence une division et un malaise civil distinguant les origines des individus.

D’autre part, les affaires impliquant plusieurs états se perdent dans le croisement des législations propres à chaque état et les lois fédérales, laissant des contradictions conséquentes difficiles à résoudre. Les juristes en témoignent régulièrement. Ainsi, y compris dans le domaine judiciaire, la division territoriale se répercute par la complexité législative interétatique.

Parallèlement au maintien de la sécurité par des forces de police, l’émergence des milices prend de l’ampleur aux États-Unis qui semble se dessiner comme un contre-pouvoir local aux autorités fédérales, ce qui est à relier à d’autres points de difficultés peu évoqués que rencontrent le pays.

Sources :

[1] « Siemens va tester ses autoroutes électriques en Californie », Le Point, 06/08/2014 -http://www.lepoint.fr/environnement/siemens-va-tester-ses-autoroutes-electriques-en-californie-06-08-2014-1851910_1927.php

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