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États-Désunis

Le principal élément de résistance aux autorités fédérales réside dans l’existence des milices et des mouvements extrémistes. Différentes idéologies les caractérisent : anti-LGBT, anti-Islam, anti-immigration, suprématistes blancs et noirs, etc.

Le Mouvement Patriote est à distinguer. Il représente le courant majoritaire parmi les mouvements extrémistes toute idéologie confondue [2]. Entraînés et armés, leur idéologie anti-gouvernementale constitue une opposition de tendance paramilitaire au gouvernement fédéral et souhaite un pouvoir renforcé au niveau local et de l’État. Certains Groupes Patriotes s’organisent aussi en milices, à l’instar d’autres idéologies. D’existence légale, les milices se basent sur le Deuxième Amendement de la Constitution des États-Unis : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. ».

En 2013, l’Observatoire Américain des Mouvements Extrémistes (Southern Poverty Law Center, SPLC) a répertorié 1096 groupes anti-gouvernementaux, dont 240 milices [3] contre 149 en 2008. L’ensemble de leurs travaux peut être consulté [4]. En 1996, ces groupes s’élevaient à 858, un sommet jamais atteint.

 Répartition des milices aux USA en 2010Répartition des milices aux États-Unis en 2010
Source : Southern Poverty Law Center

D’un point de vue politique, les Groupes Patriotes incarnent une certaine alternative, une divergence au monopole du pouvoir fédéral. Le Mouvement des Citoyens Souverains (Sovereign Citizens Movement) vient compléter cet ensemble. Il y a même un mouvement néo-confédéré (neo-confederate), rassemblant plusieurs groupes nostalgiques de la Confédération dont certains sont ouvertement sécessionnistes [5]. Le mouvement anti-gouvernemental prend donc de l’ampleur aux États-Unis. Il y a donc une opposition interne anti-gouvernementale organisée et bien concrète présente aux quatre coins du pays. Elle s’inscrit donc dans le paysage social et paramilitaire. L’immigration d’origine hispanique a aussi attisé le sentiment anti-immigré des milices, ce qui renforce la division communautaire du pays.

À titre d’exemple, il existe la milice Posse Commitatus, qui jura, dans les années 80, de combattre les institutions fédérales. La Milice armée du Montana, crée en 1991, voulait déclencher une guerre contre un gouvernement jugé anticonstitutionnel. La milice néo-nazie The Order était impliquée dans plusieurs vols de lingots d’or. Les Black Panthers sont toujours présents avec le New Black Panther Party.

Toutes ces milices représentent des contradictions internes, donc un danger pour le gouvernement fédéral. Pourraient-elles s’unir un jour et amener à une nouvelle guerre civile ? Si les États-Unis éclataient, il y a fort à parier que les Groupes Patriotes et diverses milices aient un rôle à jouer.

Dans la même mouvance d’opposition, il faut savoir que différents courants politiques traversent ce pays. Des personnalités prônent toujours l’isolationnisme, avant que la politique étrangère active ne finisse par détruire le pays. Même si l’isolationnisme est minoritaire et peu médiatisé, il n’a pas disparu pour autant. En 2004, 17 candidats s’étaient lancés dans la course à la Présidentielle américaine mais à chaque élection, seuls les Partis Démocrate et Républicain sont mis en avant.

BDDans le domaine militaire, les multiples interventions militaires ont mis au jour une prise de conscience d’une partie de l’élite américaine. Défaites au Vietnam, Somalie, Irak, Afghanistan, statut quo en Corée, pas d’intervention en Syrie, au Liban ou en Iran.

De toute évidence, leur stratégie militaire ne rencontre plus le succès escompté, ce qui les amène à ne pouvoir contrôler que quelques structures partielles des pays concernés. L’appareil d’État américain l’a compris. En témoigne le nombre de morts et de blessés et la résistance locale qui s’oppose à eux à chaque fois.

Toutefois, leur puissance militaire n’est pas déclinante pour autant et ils restent un adversaire dangereux. Le pays a changé de stratégie. L’évolution se caractérise dorénavant par :

→      un investissement accru dans l’économie avec des sanctions

→      l’approvisionnement en matériel et armes

→      l’encadrement et la formation de troupes locales

→      le financement de structures politiques

→      la pression médiatique

Quant à l’Amérique latine, elle se détache très rapidement du leadership états-unien et réoriente vers les BRICS à part Mexique, Panama et Colombie notamment qui restent pro-américains.

D’autres éléments viennent s’ajouter. L’économie américaine est déclinante et elle n’a plus les moyens de ses ambitions mais n’abandonne cependant pas ses objectifs. Les coupes et dépassements de budget en sont une conséquence directe. Par exemple, le DDG-1000, dernier destroyer né de l’US Navy, était prévu à 32 exemplaires à l’origine. Puis, son nombre a été revu à 24, puis à 7 mais seuls 3 sortiront des chantiers navals. Même problème pour les frégates Littoral Combat Ships dont le nombre passera de 52 unités à 32. [6]

DDG 1000 Zumwalt Class - Multimission Destroyer, United States of America Michael Monsoor (DDG 1001). usan navy (2)USS Zumwalt DDG-1000, destroyer lance-missiles
Source : Blog officiel de l’US Navy [7]

Dans la même lancée, en février 2014, le Secrétaire à la Défense Chuck Hagel annonçait d’importantes réductions d’effectifs [8] :

→      l’Armée de Terre passera de 520 000 hommes à 440 ou 450 000 d’ici à 2017. Autrement dit, une réduction de 13 % des effectifs pour atteindre le plus bas niveau depuis le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale.

→      le Corps des Marines passera de 190 000 soldats à 182 000

→      la Garde Nationale passera de 355 000 à 335 000, soit 20 000 militaires en moins

→      les Réservistes passeront de 205 000 à 195 000 militaires, donc une baisse de 10 000 hommes

→      en mai 2014, le Pentagone annonçait qu’il renonçait à 21 sites en Europe faisant économiser 60 millions de dollars par an. [9]

Un récent scandale de trahison, également peu médiatisé, laisse entrevoir une armée pas aussi patriote que le monde pourrait le croire. Fin 2013, une enquête pour corruption a conduit à l’arrestation de plusieurs officiers de l’US Navy et d’un agent du NCIS ainsi qu’à la suspension de deux amiraux. Il s’agit du Vice-Amiral Branch, qui est le chef du service de Renseignement de la Navy, et le Contre-Amiral Loveless, chef des opérations de Renseignement. Ils sont accusés d’avoir vendu des secrets militaires à la société malaisienne Glenn, qui s’occupe de la maintenance des navires de la Navy postés en Asie. Son directeur rassemblait toute information sur les mouvements de navires et sur les officiers supérieurs concernés. [10]

Dans le domaine économique, le seul producteur américain d’uranium, la société USEC Inc., projetait de déposer le bilan début 2014, ce qui est démonstratif d’une économie sur le déclin. [11]

Tous ces faits pourraient amener à une crispation interne accrue. Résumé grossièrement, cela donne :

Éclatement des USA ? = situation financière dangereuse + économie en berne + état général des infrastructures déclinant + tensions inter-ethniques + opposition interne armée et organisée + coupes budgétaires dans différents services + effectifs et moyens de l’armée en diminution + fermeture de bases + diminution de l’aide militaire externe + défaites militaires + scandale d’espionnage + abandon progressif du dollar dans les contrats d’énergie + affranchissement de l’influence américaine dans certains pays + renforcement des BRICS + … (liste non exhaustive)

La situation n’est pas s’en rappeler l’Union Soviétique qui cessait les soutiens financiers à Cuba et en Afrique, délaissant peu à peu ses alliés à la fin de son existence.

Sources :

[2] Southern Poverty Law Center, Patriot Movement – http://www.splcenter.org/get-informed/intelligence-files/ideology/patriot-movement

[3] Southern Poverty Law Center – http://www.splcenter.org/get-informed/intelligence-report/browse-all-issues/2014/spring/Active-Patriot-Groups-in-the-United-States

[4] Southern Poverty Law Center , Intelligence Files, Ideology – http://www.splcenter.org/get-informed/intelligence-files/ideology

[5] Southern Poverty Law Center, Neo-confederate – http://www.splcenter.org/get-informed/intelligence-files/ideology/neo-confederate

[6] « Les Littoral Combat Ships, l’autre programme à problèmes du Pentagone », Opex360, 21/07/2014 – http://www.opex360.com/2014/07/21/les-littoral-combat-ships-lautre-programme-problemes-du-pentagone/

[7] “USS Zumwalt: Building the Future”, Navy Live, the official blog of the United States Navy, 17/04/2014 – http://navylive.dodlive.mil/2014/04/17/uss-zumwalt-building-the-future/

[8] « Aux Etats-Unis, l’armée de terre va être sévèrement réduite », Le Monde, 24/02/2014 – http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/02/24/l-armee-de-terre-americaine-ramenee-a-son-plus-bas-niveau-depuis-1940_4372698_3222.html

[9] « Le Pentagone renonce à une vingtaine de sites en Europe », Ria Novosti, 24/05/2014 -http://fr.ria.ru/world/20140524/201311685.html

[10] « Les directeurs du Renseignement de la Navy suspendus pour espionnage », Réseau Voltaire, 09/11/2013 – http://www.voltairenet.org/article180932.html

[11] « Le seul producteur américain d’uranium enrichi va faire un dépôt de bilan », La Voix de la Russie, 17/12/2013 – http://french.ruvr.ru/news/2013_12_17/Le-seul-producteur-americain-d-uranium-enrichi-va-faire-un-depot-de-bilan-7571/

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