L’information n’a surpris que ceux qui refusent de regarder la réalité en face : par la bouche d’Elisabeth Borne lors de son discours de politique générale mercredi dernier, l’État va donc reprendre la totalité du capital d’EDF. On peut déjà entendre d’ici le contribuable soupirer d’aise.

Car entre deux petits ronflements repus que le discours palpitant et somnogène de Borne n’aura pas manqué de susciter, l’actuel Premier Ministre a ainsi déclaré :

« Je vous confirme aujourd’hui l’intention de l’État de détenir 100% du capital d’EDF. Cette évolution permettra à EDF de renforcer sa capacité à mener dans les meilleurs délais des projets ambitieux et indispensables pour notre avenir énergétique »

Ah, que voilà une bonne nouvelle ! Une nationalisation, des délais courts, des projets ambitieux et indispensables et le tout empaqueté dans un avenir énergétique qu’on devine prometteur, voilà qui nous fait une recette d’un succès garanti dont la Macronie aura bien besoin ces prochaines semaines à mesure que les petits soucis s’accumuleront inévitablement.

C’est donc acté : l’État – c’est-à-dire vous – va donc utiliser une généreuse portion d’argent gratuit des autres pour racheter les quelques actions flottantes de l’ex-opérateur national d’électricité pour en devenir le seul actionnaire, ce qui lui permettra probablement de respirer un peu plus sereinement : il apparaît en effet qu’EDF n’est pas au mieux de sa forme (financière et technique).

Sur le plan technique, les gouvernements qui se sont succédés peinent à cacher la perte de compétences d’un fleuron mondial de la construction et de la maintenance de centrales nucléaires, ainsi que les petits soucis de vieillissement – faute d’investissement et de maintenance idoines les années passées – des centrales déjà installées. En somme, l’entreprise commence à récolter les fruits (pourris) d’une gestion à la petite semaine qui pourrait, si l’on était hardi, ressembler de près à la gestion de tout le reste du pays par des équipes de branquignoles et autres bateleurs politiciens qui défilent depuis 40 ans sous les ors républicains. Un hasard, sans doute.

Sur le plan financier, le problème est encore plus saillant puisque la dette de l’opérateur énergétique continue de grossir à mesure que l’inflation grimpe et que s’empilent les politiques écologiques européenne d’une pertinence redoutable : avec 60 milliards d’euros de dettes, ce qui était encore une entreprise florissante il y a quelques années présente de plus en plus de caractéristiques d’une faillite retentissante en formation rapide.

Or, si une catastrophe financière n’effraie absolument pas les cadors qui nous gouvernent (rappelez-vous, nous avons tout de même du Bruneau de Bercy de fort beau gabarit au ministère de l’Économie, hein !), une catastrophe financière qui conduirait à de lourdes pénuries électriques pourrait faire grogner le peuple qui supporte sans problème les ségrégations, les picouses, les taxes délirantes, la mafia au pouvoir et les insultes mais beaucoup moins l’absence de wifi, de télé et de douches chaudes.

Dès lors, claquer 5 milliards d’euros (coût estimé de la nationalisation), cela reste un bien modeste prix à payer par nos dirigeants pour conserver leur tête attachée, d’autant que, redisons-le, ce n’est pas eux qui paieront la facture finale, c’est vous.

Au passage, les articulets de la presse au taquet ne font guère d’efforts pour expliquer la provenance de cette dette colossale. C’est dommage, cela permettrait sans doute d’éveiller quelques citoyens aux problématiques – épineuses – de tripatouillage des prix par l’État, de conséquences inattendues dans les politiques publiques décidées entre deux réunions et pondues sur un post-it, et autres joyeusetés pleines de ces bonnes intentions dont on pave l’enfer.

Il apparaît en effet que si EDF creuse actuellement ses finances avec une vigueur inquiétante, c’est d’une part parce qu’il s’est engagé (contraint et forcé par les pouvoirs publics) à revendre sa production à un tarif ultra-préférentiel (et avec décote) à des opérateurs concurrents (ARENH), qu’on s’entête furieusement dans cette direction, et d’autre part parce que le prix de l’électricité est indexé sur celui du gaz. Ces deux dispositions, idiotes, sont le fruit du travail minutieux et obstiné de toute une classe politique française et européenne qui, au pouvoir, s’est ingéniée à consciencieusement saboter l’outil industriel nucléaire obtenu en héritage des années 70 et 80.

Ainsi, la France qui était à peu près indépendante des prix du gaz, du charbon ou du pétrole pour produire son électricité en quantité largement suffisante avant les années 2000 a progressivement mais sûrement tout mis en œuvre pour favoriser les énergies renouvelables à la fois ultracoûteuses et jamais rentables économiquement, aussi intermittentes qu’impossibles à planifier et qui stressent donc un réseau électrique mal entretenu, tout en assurant leur subventionnement exorbitant par le nucléaire qui est, lui, très rentable, pilotable et bien moins coûteux, tout en indexant ses prix sur le gaz (essentiellement pour faire plaisir aux Allemands qui, sous le prétexte de faire une « Europe de l’énergie », voyaient dans l’électricité nucléaire française un avantage concurrentiel industriel décisif).

Si l’on ajoute les fines décisions macronesques de s’entêter dans la transition écologique aboutissant à arrêter des centrales nucléaires pour tenter (en vain) de plaire à la frange écolo-hystérique des politiciens et des benêts à leur suite, on aboutit au résultat observé actuellement d’une catastrophe financière, industrielle et énergétique à venir : alors que l’été ne montre – très heureusement – pas encore les signes d’une période caniculaire intense, les appels aux restrictions se bousculent déjà, laissant augurer d’un hiver particulièrement problématique.

Au final, on comprend qu’il soit à ce point urgent de nationaliser tout le bazar : cela ne résoudra en rien les problèmes structurels et conjoncturels de l’opérateur – pour rappel, l’État est déjà actionnaire ultra-majoritaire d’EDF avec 84% du capital et est donc en pratique, il est déjà le seul maître à bord, cela ne permettra pas de trouver une solution aux prochaines pénuries électriques françaises, mais au moins la déroute de l’ancien fleuron français pourra-t-elle être masquée des marchés qui s’en donneraient à cœur joie.

Et bien sûr, la facture, démentielle, vous sera adressée.

Très concrètement, la transition écologique est en train d’enfoncer le dernier clou sur l’industrie et la production énergétique française, EDF étant le dernier exemple de ce sabotage débile auquel on peut malheureusement prédire le même genre de sort que celui d’Areva.

Décidément, l’écologie en politique, c’est vraiment magique : cela transforme l’énergie en pénurie.