La Haute court administrative de l’Égypte à mis le mot final à presque un an d’après débats sur la cessation des îles de Tiran et Sanafir à l’Arabie Saoudite. Désormais, elles resteront à l’Égypte. Cette décision marque une rupture entre les deux pays. L’éloignement entre Le Caire et Riyad convient à Moscou.

Tiran et Sanafir : des îlots stratégiques

Lundi 16 janvier, la Haute cour administrative égyptienne a confirmé l’annulation de la cession des îlots de Tiran et Sanafir à l’Arabie Saoudite. La décision vient confirmer celle de juin 2016 du Conseil d’État.

L’initiative de rétrocéder les îles avait été prise par le président Abdel Fattah al-Sissi lors d’une visite du roi Salmane, en avril 2016, suscitant des vives réactions parmi la population.

Bien que désertes, les deux îlots revêtent une rôle stratégique en raison de leur position géographique. Elles se trouvent effectivement à l’entrée du détroit de Tiran, point de passage entre le golfe d’Aqaba, où se situent les ports israélien d’Eliat et jordanien d’Aqaba, et la mer Rouge.

La fermeture unilatérale du détroit avait déclenché la désastreuse « guerre des six jours ». Dans cette occasion, l’armée israélienne détruisit la coalition arabe formée par Égypte, Syrie et Jordanie. La victoire permit à Tel-Aviv de tripler la superficie de son territoire, occupant le Sinaï égyptien, la Cisjordanie sous administration jordanienne et les hauteurs du Golan syrien.

La raison derrière la volonté de céder les îlots à l’Arabie Saoudite aurait été celle de garantir les aides financiers à l’Égypte de la part de la monarchie saoudienne. L’annulation de la décision marque une nouvelle étape dans la détérioration des rapports entre les deux pays.

Un tableau complexe

Les relations entre l’Égypte et l’Arabie Saoudite sont actuellement au plus bas. La cause est à rechercher en partie dans une série de décision politiques. Tout d’abord, le soutien du Caire au président syrien Bashar al-Assad, allié de l’Iran et de la Russie. Ensuite la mise hors-loi des Frères musulmans, et enfin sa politique de plus en plus en ligne avec celle de la Russie. Au contraire, l’Arabie Saoudite veut la chute de al-Assad pour contenir l’Iran et était proche de l’ancien président égyptien Mohamed Morsi, soutenu par les Frères musulmans. Morsi fut reversé en 2013 par l’ancien générale et aujourd’hui président Abdel Fattah al-Sissi. L’une de ses premières décision fut d’effacer les Frères musulmans du jeu politique national.

En novembre 2016, le ministre du pétrole saoudien M. Tarek El Molla avait annoncé que son pays aurait suspendu à temps indéfini les fournitures de pétrole à l’Égypte. Ce dernier s’est donc tourné vers l’Iran, ennemie de l’Arabie Saoudite, qui supporte les milices chiites houthis au Yémen, et l’Irak, actuellement gouverné par les chiites, dont les milices combattent en Syrie en faveur de Bashar al-Assad.

La décision de Riyad à donc eu comme effet de rapprocher l’Égypte, dont les besoins énergétiques sont très importants, à Iran, Irak et Syrie. Les trois pays sont gouvernés par des chiites, et sont également les principaux alliés régionaux de la Russie.

La Russie en Méditerranée

La dégradation des rapports entre l’Égypte et la monarchie saoudienne ne peut que convenir à Moscou. La Russie est en train de parvenir à ce que même pas les Tsars et l’URSS étaient arrivé à faire : accéder à la Méditerranée.

Le poids de la Russie en Méditerranée n’a jamais été ainsi forte, et elle risque de bouleverser les rapports de force dans un futur très proche. Initialement limitée aux bases militaires en Lattakie, le fief des alaouites du clan al-Assad, Moscou est désormais prête pour se projeter au-delà de l’espace syrien. Il en est question de l’Égypte de al-Sissi et de la Cyrénaïque du général Khalifa Haftar, que la Russie soutient ouvertement. M. Haftar fut un ancien compagnon d’armes de Mouammar Kadhafi avant de passer du côté des États-Unis, dans les années ‘80. Il s’oppose notamment au gouvernement d’unité nationale de M. Fayez el-Sarraj, soutenu par l’ONU, et est proche de Moscou et du Caire.

Une solide alliance entre la Russie et l’Égypte pourrait donc avoir comme effet le consentement du deuxième à que le premier ouvre une base militaire en Cyrénaïque. Un vieux projet, celui de l’ouverture d’une base navale en Libye, qui avait été abordé lors d’une série de rencontres entre l’ancien leader libyen Khadafi et l’ancien président russe Dmitry Medvev. Dans les intentions de l’ancien régime libyen, le but était d’utiliser la présence russe comme déterrant contre une possible agression des États-Unis. C’était le 2008.

Si les accords entre Haftar et le gouvernement russe se concrétiseront, la moitié de la Libye entrerait dans l’orbite de Moscou. Ainsi le poids russe en Méditerranée deviendra incontournable.

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