Par James Howard Kunstler – Le 13 août 2018 – Source kunstler.com


Faites attention à ce que vous voyez au premier plan de l’actualité par rapport à ce qui se trouve en arrière-plan. Dimanche, les réseaux câblés étaient en feu au sujet de la trentaine de nationalistes blancs qui défilaient à travers Washington DC – avec des hordes beaucoup plus grandes de combattants de rue, masqués, vêtus de noir, et une armée de flics de DC en gilet anti-émeute vert fluorescent suivant les Antifas et leurs têtes de turcs nationalistes.

L’événement a été annoncé comme une tentative de commémorer l’affrontement qui s’est produit entre ces mêmes concurrents à Charlottesville, en Virginie, il y a un an, dans le tumulte autour des statues confédérées. Ce fiasco s’est terminé par la mort d’une passante nommée Heather Heyer. Pas grand-chose n’a changé depuis lors, sauf peut-être que la Gauche est devenue plus stridente dans ses appels à pénaliser les Blancs pour leurs crimes de « privilège », ce qui a sans doute enflammé davantage l’équipe d’Unité-à-Droite (Et la campagne anti-statue est tombée dans l’oubli).

Il y avait beaucoup de « haine » des deux côtés dimanche. Mais ceux qui attendaient un bain de sang dans le parc Lafayette ont dû être déçus après une longue journée de tension lorsque de grosses gouttes de pluie se sont abattues sur la zone à l’heure du souper clôturant le spectacle. Les marcheurs Antifas et d’Unité-à-Droite ont dû rentrer chez eux et enlever leurs vêtements mouillés. Au moins, ils ont pu s’entendre là-dessus.

Les présentateurs de la télévision par câble avaient lancé les appels habituels à « l’unité nationale », exhortant le président Trump à sortir de son bunker de golf à Bedminster, New Jersey, pour « rassembler le pays », une proposition tristement sotte. Il n’y a rien pour s’unir à l’intérieur. Il ne reste rien d’une culture commune américaine à part quelques films de Disney et c’est loin d’être suffisant. C’est ce qui se produit lorsque vous optez pour le multiculturalisme comme principe politique numéro un. Il nie automatiquement les valeurs communes, alors pourquoi s’attendre à un accord entre les groupes qui se disputent la domination ?

L’animosité ne fera que s’aiguiser, et cela se produira à cause de choses qui sont en train de se passer en arrière-plan, à savoir, le système financier mondial qui s’effiloche. Certains feux d’artifices ont commencé à la fin de la semaine dernière lorsque la lire turque s’est effondrée. Qui se soucie de la monnaie d’un acteur de second ordre dans l’économie mondiale ? Un grand nombre d’IFIS (« institutions financières d’importance systémique »), aussi connues sous le nom de banques Too-Big-To-Fail. Voilà où on en est. Les actions de la Deutsche Bank ont baissé de plus de 6 % lorsque la lire turque a chuté vendredi.

Le surnom de la Turquie depuis l’effondrement de l’Empire ottoman dans les années 1920 a été l’« homme malade de l’Europe » et la Deutsche Bank dans l’ère post crash 2008 est largement considérée comme l’homme malade des banques IFIS. Il y a un an, un wagon d’analystes a déclassé son statut jusqu’à « banque mort-vivante ». Son bilan était une grotte ouverte à tous les vents, jonchée de squelettes de mauvais investissements. Si la Banque centrale européenne (alias Allemagne) doit renflouer la DB, tous les paris sont ouverts pour l’euro, qui montrait de sérieux signes de détresse vendredi. Et qui va renflouer la Turquie ? Si le FMI est votre véhicule de choix, alors vous pensez aux contribuables américains. Quoi qu’il en soit, la lire turque n’est qu’une des nombreuses monnaies des marchés émergents dont les mains ont été appelées à la table du poker mondial, où les quatre « flushs » sont déjà sortis. Le rouble russe en est une autre, au grand plaisir de la faction américaine Détruire-la-Russie-à-tout-prix.

La Chine doit également jouer un tour de passe-passe avec sa monnaie, le yuan. Les singeries tarifaires du président Trump placent le système bancaire chinois face à un mur de problèmes d’insolvabilité tout à fait insolubles et menacent la stabilité du gouvernement à parti unique de Xi Jinping. Le commerce d’exportation chinois est au cœur des arrangements économiques mondiaux actuels. Si vous le sortez de la machine du globalisme, la machine s’arrêtera. Elle va s’arrêter d’une façon ou d’une autre de toute façon, mais la crise de l’automne 2018 va accélérer les choses.

Tout cela se produit parce que le monde entier ne peut pas gérer les dettes qu’il a accumulées, et le monde entier le sait. Et sachant cela, ils savent aussi que leurs monnaies basées sur la dette ne valent rien. Et sachant cela, ils savent aussi qu’absolument tout le monde est fauché et incapable de remplir ses obligations. C’est une connaissance dangereuse. Pour l’instant, cette dynamique semble jouer en faveur des États-Unis, avec la hausse de notre dollar et ce qui reste de la richesse étrangère crédible cherche refuge ici. Mais le moment viendra où cette illusion partira aussi en fumée, et les États-Unis se retrouveront sans les moyens de continuer, comme tout le monde.

En attendant, nous nous divertissons avec les bouffonneries d’Unité-à-Droite et des Antifas, deux troupes de jeunes qui n’ont aucune idée de ce qu’ils feront de leur vie lorsque la situation économique mondiale se révélera plus désespérée qu’ils ne l’avaient jamais imaginé. La vérité, c’est qu’ils se battront de plus en plus désespérément, non pas pour des abstractions mais pour des miettes de l’histoire.

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantéePour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone


 

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