par Pierre Duval.

Traditionnellement, l’Allemagne et la France sont considérées comme les locomotives de la zone euro à travers le couple franco-allemand. Les Allemands, au cours des deux dernières décennies, ont activement cultivé l’idéologie de l’énergie « verte », abandonnant les centrales nucléaires au profit des sources d’énergie renouvelables. Cependant, le pari n’a pas donné les résultats escomptés et a impacté la politique énergétique de la France, surtout avec les directives de la Commission européenne qui ordonne la transition vers une énergie propre.

L’Union européenne a mené cette politique du tout écologique sur le modèle allemand, même en dépit des difficultés de mise en œuvre de ce concept et accélère actuellement la transition vers une énergie propre sous la direction de Ursula von der Leyen en accusant la Russie des perturbations du marché mondial de l’énergie. La France a développé activement l’énergie nucléaire pacifique jusqu’ à l’emprise de cette politique écologique autoritaire, entraînant le déclin de sa stratégie énergétique et de son rôle de leader en Europe dans la production électrique. Au total, il y a 56 centrales nucléaires sur son territoire, ce qui aurait dû permettre à tous ses voisins d’importer de l’électricité. La France a occupé la palme mondiale des exportations d’électricité. Cependant, rien ne va plus.

Quel est l’origine du problème ? Chaque année, un certain nombre des réacteurs nucléaires est éteint pour mener les réparations et le chargement de carburant. Cela se produit généralement en été car c’est à ce moment que la charge sur le réseau électrique est la plus faible. Cependant, cette année en Europe, il y a eu une vague de chaleur exceptionnelle entraînant une diminution de la production d’électricité par les centrales nucléaires restées en activité. Cela n’est qu’une petite partie du problème. En effet, un certain nombre d’experts affirment que la contribution de la chaleur à la réduction de la production n’est pas critique.

Un problème plus grave est associé aux traces de corrosion trouvées dans des réacteurs nucléaires. En 2017, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a annoncé avoir observé un état « dégradé » de tuyaux de circulation d’eau dans 29 réacteurs, causé par la corrosion sur les 58 réacteurs que comptait le parc nucléaire français. Cette corrosion est grave car il y a un risque d’avoir la fusion du combustible, constituant un accident nucléaire grave en provoquant son explosion. Pour effectuer des travaux, des centrales nucléaires ont été fermées.

Un certain nombre de responsables français ont qualifié la situation du secteur de l’énergie de difficile et d’inédite. Jusqu’à récemment, on espérait que la situation pourrait être rapidement résolue, mais, les derniers rapports de l’industrie énergétique française ont amené Emmanuel Macron à déclarer « la fin de l’abondance », annonçant « une grande bascule et un grand bouleversement ».

30 centrales nucléaires en France à l’arrêt. Jusqu’à l’année dernière la France était le premier exportateur d’énergie électrique pour devenir importateur révèle Capital en août dernier en donnant la raison : « La production historiquement basse d’énergie due aux problèmes rencontrés par EDF sur son parc nucléaire »; « L’entreprise a mis à l’arrêt 12 réacteurs sur 56 pour des problèmes de corrosion, et 18 autres pour des opérations de maintenance programmées ». Deux réacteurs nucléaires sur les 58 ont été mis à l’arrêt sous Emmanuel Macron. La France ne pourvoit même plus à ses besoins. Comment va être la situation en France avec la crise énergétique actuelle en raison de la décision du gouvernement français de ne pas prendre du gaz russe ou du pétrole ? Et qu’en sera-t-il des autres pays de l’UE qui sont dans une position moins privilégiée que la France, comme l’Allemagne ?

Paradoxalement, de janvier à juin 2022, les ventes de radiateurs électriques ont augmenté de 35% par rapport à la même période l’an dernier en Allemagne. On ne sait pas avec certitude si les prix de l’électricité permettront de les utiliser.

Le Royaume Uni dépend aussi de l’énergie française. Son système énergétique a été conçu pour recevoir une partie de l’électricité via un câble sous la Manche. Dans ces circonstances, il sera très intéressant d’observer la manifestation de l’unité de l’Europe dans des conditions où il n’y a pas assez de ressources pour tout le monde. Dans un tel contexte de tensions au stade d’une économie de guerre, d’ailleurs annoncée par le président français, il est impossible d’oublier les divisions historiques qui surgissent. Aujourd’hui, les Britanniques font face aux factures d’électricité qui explosent et « ne savent plus quoi faire ».

À cela s’ajoute les événements à la centrale nucléaire de Zaporijia la plus grande d’Europe dont la capacité totale est de 6000 mégawatts, assez pour fournir en électricité environ quatre millions de foyers. L’Ukraine était, également, un important exportateur d’électricité pour un certain nombre de pays européens. Ce simple fait explique toute l’agitation dans la presse occidentale autour de cette centrale nucléaire.

Menace de blackout. Dans le contexte d’une telle crise systémique d’une importance inédite, des politiciens en Europe réclament l’ouverture immédiate de Nord Stream 2, comme l’AfD en Allemagne. Des copies de factures d’électricité circulent d’Irlande, de Belgique, d’Allemagne, sur les réseaux sociaux indiquant qu’elles ont doublé, voire triplé. Marine Le Pen réclame l’abandon des sanctions contre la Russie car elles « ne servent à rien », sauf à « faire souffrir » les Européens. Elle souhaite que les sanctions « disparaissent pour éviter à l’Europe de se retrouver face à un blackout, notamment concernant les importations de gaz ».

La Russie s’en sort bien, l’UE souffre. Tandis que les Européens réfléchissent à comment faire pour ne pas geler en hiver et qu’en France des Français ordinaires se plaignent de ne pas pouvoir faire le plein d’essence, l’économie russe résiste « mieux que prévu, alors qu’en revanche, les pays européens souffrent plus que prévu ».

La décision de l’UE au niveau du Parlement européen et de la Commission européenne, de la France, de l’Allemagne, d’appliquer des paquets de sanctions contre la Russie se révèle avoir été une erreur fatale. La volonté de l’UE sous la direction de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de continuer à faire de l’énergie «propre» avec le plan REPowerEU confirme le blocage dans une stratégie erronée en misant sur des économies d’énergie, l’emploi de gaz naturel liquéfié (GNL) des États-Unis. À noter que l’UE vante le charbon comme source de diversification et la coopération avec des acheteurs de gaz tels que le Japon, la Chine et la Corée.

La Chine a augmenté ses livraisons de gaz russe de 60% depuis le début de l’année tout comme l’achat de pétrole russe, et le Japon ne veut pas se passer du projet pétrolier et gazier russe Sakhaline-2.

Les populations des divers pays de l’UE commencent à réagir à cette flambée des prix. Au Royaume-Uni, des citoyens ont commencé à brûler leurs factures de gaz et d’électricité dans la rue pour montrer leur refus de poursuivre cette politique qui conduit à la catastrophe. « Un million de Britanniques ont rejoint le mouvement Don’t pay face à la flambée des prix de l’électricité et du gaz. Partout en Europe, la tension monte », précise le site du Groupe Caisse des Dépôts. Le spectre d’une crise sociale se trouve derrière l’explosion des prix de l’énergie.

source : Observateur Continental

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