Une chronique hommage cette semaine à Manu Dibango qui nous a quitté l’année dernière presque jour pour jour, au tout début de la pandémie.
J’ai choisi pour introduire ce temps de souvenir un morceau qui reflète assez bien je trouve la couleur musicale, le style qu’il s’était forgé au fil des décennies avec la fusion des sonorités jazz et africaines.
Nous sommes sur un album « Wakafrika » qui date un peu : 1994 avec quelques belles pointures de la scène internationale de cette période pour le soutenir dans ce projet : Youssou n’Dour, Peter Gabriel, Salif Keita, Sinead O’Connor et bien d’autres.
C’est le titre album, un instrumental signé, composé et interprété par Manu Dibango au saxophone que nous allons écouter.
Mais avant cela, je profite de la matérialisation, du contenu du livret du cd : des éléments chers à Jean Philippe pour vous lire une toute petite partie de la présentation de Manu Dibango dans cet album.
(Contenu dans podcast)

Manu Dibango - Wakafrika

Ses fans et ses amis nombreux l’appelaient « Papa Manu », « Le Doyen » « Papy Groove », le lion d’Afrique ou simplement « Manu ».
Lorsqu’il y a 2 semaine, Jean-Philippe, tu m’as transféré l’email proposant un clip hommage à Manu Dibango, décédé l’année dernière à la même époque, je l’ai parcouru et suivi avec beaucoup d’intérêt.
Et il ne m’a fallu que peu de temps pour enclencher cette chronique hommage prévue de toute façon de longue date. Un an déjà, nous voilà rattrapé une fois de plus par l’actualité !

Coup d’œil donc dans le rétroviseur aujourd’hui. Je me souviens encore très bien lorsque les journaux télévisés ont annoncé la nouvelle de son décès. Certains diront alors affectueusement : un baobab est tombé.

Manu Dibango l’un des fondateurs de la World Musique, nous a quitté le 24 mars 2020. Il avait su faire fusionner le jazz, le funk et les sons de son pays d’origine, le Cameroun.
Un an après ce triste événement, un collectif de musiciens chanteuses et chanteurs a souhaité rendre hommage au saxophoniste en interprétant un titre que nous écouterons tout à l’heure.
Avec « Di ma tunguè » qui signifie « Nous y arriverons » en langue Douala du Cameroun, ces artistes se sont réunis pour célébrer la vie, le parcours de Manu Dibango. 
Par ailleurs, ce titre est un extrait du prochain album de Valérie Ekoumè une chanteuse franco-Camerounaise installée en Haute -Saône depuis quelques années et dont la sortie est prévue ces jours-ci. 

Légende de la musique africaine mais aussi du jazz, Manu Dibango, était âgé de 86 ans lorsqu’il tomba malade et il fut l’une des premières personnalités mondiales de la musique à mourir de la pandémie. Je ne sais pas si vous vous en souvenez.
Suivront beaucoup d’autres, connus et anonymes qui viendront gonfler les chiffres égrenés chaque jour dans les médias.

C’était un artiste pour qui les valeurs humaines comptaient beaucoup, marqué par des convictions chrétiennes, protestantes et luthériennes plus particulièrement.
En septembre 2013, 10.000 personnes s’étaient rassemblées à Bercy pour vibrer au groove mélodique et dansant de Manu Dibango.
Rien d’extraordinaire à priori pour le musicien qui jouait sur toutes les plus grandes scènes du monde depuis si longtemps… sauf // qu’il s’agissait là de « Protestants en fête », le grand rassemblement spirituel et festif du protestantisme français. Mais tout cela faisait clairement sens quand on se penche un peu plus sur l’histoire de cet homme qui incarnait pour moi une certaine élégance, une allure discrète mais affirmée, le trait d’union entre 2 cultures : française / africaine. Sa voix grave et son large sourire étaient sa signature en public.

Emmanuel N’Djoké Dibango est né en 1933 à Douala de parents protestants luthériens. 
« Mon oncle paternel jouait de l’harmonium, ma mère dirigeait la chorale. Je suis un enfant élevé dans les « Alléluia » racontait-il.
Touché par la grâce musicale dès ses premières années dans le temple protestant où il y est initié au chant, c’est aussi le gramophone parental qui élargit ses horizons en lui faisant découvrir la musique française, américaine et cubaine, grâce aux marins de ces pays débarquant dans le port de Douala avec leurs disques. Sa musique s’était ainsi forgée entre gospel et musique africaine avant d’être touchée par le jazz et les musiques du monde.
Il est arrivé en Europe alors qu’il était jeune étudiant. Avec son talent et son amour naissant pour le jazz, le jeune Manu a rapidement opté pour une vie consacrée à l’aventure du genre musical. Le jazz étant omniprésent, Paris était l’endroit idéal pour que Manu puisse se mélanger, s’épanouir, écouter et apprendre.
Il fut initié à la musique d’Armstrong, d’Ellington, de Parker et à toutes les facettes de la vie du jazz parisien. Mais cet amour du jazz d’une part et de la musique africaine traditionnelle d’autre part l’avait incité à faire des expériences en combinant différents styles de musique pour créer son propre mélange unique.

Pour beaucoup de Camerounais, il a été une source d’inspiration et de divertissement et a fait la fierté du pays sur la scène internationale.
En mélangeant le funk américain et le jazz traditionnel avec les rythmes camerounais locaux pour former un genre, Manu Dibango a inspiré et continuera probablement à inspirer de nombreux autres musiciens et générations d’artistes afro-jazz.
Il avait découvert un plaisir secret en allant à contre-courant des idées bien ancrées, pétries d’une forme de puritanisme musical.
Son but était de construire des ponts entre les continents.
Il a été le premier à faire avancer ce qui est devenu une relation profonde entre la musique de l’Afrique francophone et Paris.
Avec une production régulière, Manu Dibango a produit pas moins de 44 albums en six décennies. En plus de ses tournées dans le monde entier, il consacra beaucoup de temps à soutenir et à encourager les jeunes musiciens et à lutter pour des causes humanitaires.

Homme de foi, il aimait régulièrement s’entourer de musiciens et choristes qui partageaient aussi ses mêmes racines. Cet héritage spirituel ne l’a jamais quitté et il en parlait. En 1996, il décide même d’enregistrer Sax & Spirituals – Lamastabastani, un album au bon souvenir de maman Dibango qui dirigeait la chorale du temple de son quartier. Certains titres furent réalisés avec le chef de chœur Georges Seba et son épouse Marylou qui dirigeaient, à cette époque, la fameuse chorale des Chérubins de Sarcelles.

En mars 1986, il reçoit la Médaille des Arts et des Lettres du ministre français de la Culture de l’époque. Cette distinction constitue une contribution flatteuse à l’édifice de sa carrière. En 1993, c’est la Victoire du meilleur album de musique de variété instrumentale pour le deuxième volume de Négropolitaines. En mai 2004, Manu Dibango est nommé Artiste de l’Unesco pour la paix.

Un homme passionné et passionnant qui disait à ce propos lors d’une interview : « Si tu peux vivre par ta passion, et que tu travailles avec ça, c’est du bonheur. Mais attention au mot bonheur : il y a beaucoup d’épines dans le bonheur. Il faut comprendre ce que c’est d’avoir de la chance : ça coûte cher, la liberté. »

La disparition de Manu Dibango n’a pas été seulement une perte pour le Cameroun. Elle l’a été aussi pour le continent africain tout entier et bien plus encore, pour tous les amateurs de musique globalement.
Tout au long de sa vie, il aura maintenu la musique africaine sur la scène mondiale et était affectueusement connu sous le surnom de « Papy Groove ».
Animé par une passion qui ne l’a jamais quitté, il a montré qu’avec de la conviction, du travail et de la foi, on pouvait faire son chemin dans un monde qu’on croyait inaccessible.
Finalement, ce grand musicien aura traversé les âges, les styles, et les supports : 78 tours, vinyles, CD, numérique, la discographie de cette légende du jazz raconte à elle seule toute une histoire de la musique d'après-guerre et de la décolonisation. 

Comme convenu, il est temps d’écouter la chanson hommage proposée par ce collectif d’artistes franco africains que j’ai évoqué au début de cette chronique, je peux les nommer : Valérie Ekoumè qui a écrit la chanson, soutenue par Guy Nwogang et entourés de Flavia Cohelo, Charlotte Dipanda, Kareyce Fotso et James BKS.
Voici « Di ma tunguè » ! C’est une exclusivité Omega !

Collectif hommage Manu Dibango - Di ma tunguè 

Durée : 20mn