Dans le comté de Samburu, au nord du Kenya, 45% de la population est en situation de crise alimentaire, avec des niveaux de malnutrition jugés critiques. 3,5 millions de Kényans sont déjà en situation d’insécurité alimentaire et le chiffre devrait s’élever à 4 millions dans les prochaines semaines, d’après les prévisions de l’ONU.

De notre envoyée spéciale de retour de Wamba,

Les conséquences de la sécheresse se font ressentir dans ce centre de santé de la ville de Wamba. Dans la salle de consultation, une courbe au mur suit l’évolution du nombre de cas de malnutrition. La salle voisine est remplie de cartons d’aide alimentaire. Une maman et sa petite fille sont venues ce matin-là pour un suivi. Cette dernière est en situation de malnutrition modérée. Elle est accueillie par deux nutritionnistes. Le premier prend son tour de bras. Le deuxième, Antony Lembnakita, note les mesures.

« La dernière fois, elle était à 11,8 centimètres, maintenant on a 12,1, donc c’est une progression », constate le nutritionniste. « Et 8,2 kilos, contre 7,6 précédemment, là aussi, nous avons une amélioration. Mais nous allons continuer à lui donner des compléments alimentaires. »
Venir en aide aux femmes enceintes ou allaitantes
Ce cas n’est pas isolé. Daniel Kimathi est nutritionniste pour le sous-comté de Samburu-Est. « En août, nous avons fait un dépistage de masse. Sur 7 000 enfants de moins de cinq ans qui ont été examinés, près de 30% étaient en situation de malnutrition. Quand il n’y a pas de sécheresse, nous sommes à moins de 10% et nous avons de plus en plus de cas chaque mois », explique-t-il.

La malnutrition touche aussi les femmes enceintes ou en période d’allaitement. « Nous donnons du porridge à celles qui allaitent un enfant de moins de six mois », poursuit Daniel Kimathi. « Ce porridge a une fonction médicale. Mais à cause de la sécheresse, comme il n’y a rien à manger dans les foyers, les mères le transforment en repas pour toute la famille. Elles sont censées le prendre pendant 14 jours, mais le paquet dure deux jours. Donc, la mère reste en situation de malnutrition, et son bébé qu’elle allaite aussi. »
L'inquiétude face à la pire sécheresse depuis quarante ans
Fin septembre, William Ruto, le nouveau président kényan, a supervisé l’envoi de nourriture vers les comtés les plus affectés. Mais l’aide est insuffisante pour contrer ce qui est décrit comme la pire sécheresse au Kenya depuis quarante ans. Joseph Letoole est gestionnaire public d’un groupement de villages. Il ne cache pas son inquiétude.

« Regardez cette chèvre-là, elle est trop maigre, elle ne peut pas suivre le troupeau à la recherche de pâturages. Le bétail meurt alors que c’est la principale source d’alimentation des communautés pastorales ici », indique-t-il. « Que ce soit les chèvres, les vaches, les chameaux, les ânes… tous périssent à cause du manque d’eau et de pâturage. Ceux qui restent n’ont plus aucune valeur sur le marché. Et la population souffre de la faim, car elle n’a plus rien pour se nourrir. »

D’après l’ONU, 2,4 millions d'animaux sont déjà morts à cause de la sécheresse au Kenya.