Au quartier des hommes de la prison de Mulembe, à Uvira, dans le sud de la province du Sud-Kivu, ils sont plus de 700 – dont des membres de groupes armés – à s’entasser dans les bâtiments construits à l’époque coloniale pour 150 personnes. Trop nombreux, les prisonniers se plaignent de la faim. Même si des aménagements ont été faits, l’insuffisance alimentaire touche toujours les prisonniers.

De notre envoyée spéciale de retour d'Uvira,

Au quartier des femmes de la prison d'Uvira, une dizaine de prisonnières préparent le repas dans une petite marmite en fonte. Pourtant, Jeanne déplore le manque de nourriture. « Nous avons fui les affrontements entre les Maï-Maï et les Banyamulenge, raconte-t-elle. Il y avait trop d'atrocités, alors nous nous sommes déplacés jusqu'ici. Jusqu'à présent, la sécurité n'est pas revenue. Certains d'entre nous ont commencé à rentrer dans leurs villages, mais ils ont été attaqués dans les champs. D'autres sont morts, alors nous, nous préférons rester ici. »

Au quartier des hommes, l’ambiance est électrique. Le service d’ordre équipé de vuvuzela écarte les centaines de détenus pour laisser le passage au directeur de la prison. Tous se plaignent aussi de la faim et de leurs conditions de détention.

La vie est rude à Mulembe, admet Estelle Kabore de la section d’appui à l’administration pénitentiaire de la Monusco : « Vous savez, la prison a été construite en 1948, au temps de l'époque coloniale. Donc vous pouvez imaginer dans quelle condition la prison était. »
Des aménagements récents pour tenter de réduire les frais de détention 
Malgré tout, des aménagements sont faits depuis plusieurs années. Autour des murs qui délimitent les cellules, une dizaine de prisonniers en blouse bleu et jaune arrosent les carrés potagers. Les quelques légumes récoltés complètent le repas de base, explique Baudouin Kibaya, chef de la détention : « On peut aussi puiser dans ces jardins de la nourriture qu'on peut mélanger avec les haricots pour nourrir les détenus ». 

Au milieu du jardin, deux dalles de ciments sont reliées par des tuyaux rattachés aux toilettes de la prison. Cette installation permet depuis l’année dernière de créer du biogaz grâce aux matières fécales. Un biogaz utilisé pour cuisiner, développe Emmanuel Amisi Kabwe, le directeur de l’établissement carcéral : « Auparavant, on consommait beaucoup de bois de chauffe pour les cuisines. Maintenant, ça a diminué, grâce au biogaz. Ça produit de l'énergie pour faire la cuisine à l'intérieur de la cour centrale. »

Une réduction des coûts non négligeable sachant que les conditions de vie dans les prisons de RDC sont régulièrement dénoncées par les associations de défense des droits de l’homme. 

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