En Afrique du Sud, un projet d'amendement est en cours de discussion pour limiter la prolifération des armes à feu, impliquées dans 40% des meurtres. Dans sa version actuelle, il exclurait le principe d'autodéfense comme motif valable pour acquérir une arme à feu. Une proposition qui fait débat.

L'armurerie se situe dans un centre commercial. Entre deux courses, les clients peuvent s'offrir un pistolet, l'arme la plus vendue dans ce magasin. « Voici un Glock, très populaire, 15 douilles dans le chargeur. »

D'après le projet d'amendement en cours de discussion, le motif d'autodéfense ne serait plus valable pour acquérir une arme. Ce texte se trompe de cible, estime Albert van Asperen, gérant de l'armurerie. « On n'est pas une bande de voyous. Mais nous croyons dans le droit de nous protéger. Ça fait bien longtemps que la police a perdu la bataille contre le crime. »

Thimothy Magoro dirige une entreprise de sécurité. Il est venu faire le plein de munitions et surtout accompagner un ami décidé à acheter son premier pistolet. « On n'est plus en sécurité, les temps sont durs. Chaque matin en allant travailler, les gens se font voler leurs téléphones et leurs affaires. Aujourd'hui tous les criminels sont lourdement armés », dit-il.

Les émeutes du mois de juillet ont relancé la vente d'armes et de munitions. Pendant près d'une semaine, des centres commerciaux ont été pillés sous le nez d'une police impuissante. 330 personnes ont perdu la vie. Ce regain d'intérêt pour les armes à feu inquiète Claire Taylor de l'association Gun Free South Africa. À terme, ces armes pourraient se retrouver entre de mauvaises mains. « La plupart, si ce n'est toutes les armes illégales en Afrique, ont un jour été détenues légalement. On sait aussi que l’État et les particuliers sont la première source du marché noir. Les particuliers déclarent le vol ou la perte de 24 armes par jour. »

Se concentrer sur les particuliers serait trop impopulaire et peu efficace, estime de son côté Jenni Irish-Qhobosheane, auteure d'un rapport sur le marché illégal des armes à feu pour l'ONG Global Initiative. « La perte d'armes à feu chez les particuliers est dérisoire. Mais si on regarde du côté de l’État, ça ne devrait pas être si compliqué à réguler. Si on commence à resserrer le contrôle au niveau des différentes agences gouvernementales et même de la police et de sa gestion des saisies ou de son armurerie, et ne pas que se concentrer sur les particuliers, on pourra alors commencer à fermer le robinet des fuites d'armes sur le marché noir. »

2,3 millions d'armes circuleraient illégalement en Afrique du Sud selon une étude publiée en 2018. La grande majorité des crimes sont commis par armes à feux.