Le célèbre township de Johannesburg en Afrique du Sud organisait samedi une Blacktoberfest, première du nom. Une fête de la bière également déclinée ce mois-ci à Los Angeles et Durham (Caroline du Nord) aux États-Unis. Plusieurs brasseries artisanales étaient présentes à Soweto pour faire découvrir leurs produits et promouvoir une culture noire africaine de la brasserie.

De notre correspondant à Johannesburg,

Huit brasseries sont présentes pour faire goûter plusieurs gammes de bières. Déguster, dirons-nous, puisque le breuvage est servi en petites quantités. C'est la qualité qui prime, explique Apiwe Nxusani-Mawela, organisatrice de la Blacktoberfest.

"On s'est rendu compte que lorsque l'on parle de bière artisanale produite dans les townships, les gens s'imaginent une bière brassée dans une arrière-cour en utilisant des ingrédients de mauvaise qualité, et à travers cet événement on veut montrer que notre bière est aussi bonne que celle produite par une multinationale."
L'Umqombothi, la mère de toutes les bières
Apiwe Nxusani-Mawela est une figure de la brasserie sud-africaine comme l'étaient avant elles les shebeen queens. Ces femmes qui préparaient l'Umqombothi, une bière artisanale légère, vendue dans les bars illégaux des townships sous l'apartheid.

L'Umqombothi c'est la mère de toutes les bières, promeut Thembisile Ndlovu après avoir rempli un verre en puisant dans un sceau un plastique. « L'Umqombothi est préparé avec du malt de maïs et de sorgho puis on laisse fermenter 5 jours et voilà ! Regardez autour de vous, tout le monde a une bière à la main, mais ce n'est pas notre bière traditionnelle africaine et pourtant tout commence par ça », soutient Thembisile Ndlovu.
Entre tradition et modernité
Les brasseurs présents à la Blacktoberfest jouent de ce lien entre tradition et modernité. Ici, c’est une bière au sorgho qui est appréciée par Lesego Mokhutswane, un client. « On produit du sorgho ici en Afrique du Sud donc ça renvoie à une identité. C'est pas mal et c'est différent », dit Lesego Mokhutswane.

Les entrepreneurs présents à l'événement cherchent à se faire une place parmi les 200 micro-brasseries d'Afrique du Sud. L'une d'elles a connu un succès fulgurant : la brasserie de Soweto, fondée en 2012, rachetée par Heineken cinq ans plus tard.

Elle symbolise la montée en puissance des brasseurs noirs, selon Mandla Magangane son cogérant. « Avant on ne connaissait que l'Umqombothi, mais maintenant on sait faire des bières, des bières filtrées, plein de trucs différents. C'est important pour la nouvelle génération de faire sa place. Il y a un marché, mais ce n’est pas facile. Les gens tellement fidèles aux marques de bières qu'ils ont l'habitude de consommer », explique Mandla Magangane.

Malgré la toute puissance de l'industrie brassicole, il devrait y avoir quelques espaces à combler dans un pays la bière représentait 56% de la consommation d'alcool en 2016.