C’est au Sénégal que Maïmouna Doucouré a projeté pour la première fois en Afrique son long-métrage « Mignonnes », dans le cadre du festival Dakar Court (du 7 au 12 décembre). Tout un symbole pour la réalisatrice française d’origine sénégalaise, dont le film est traversé par cette double culture et qui tente de changer le regard sur les diktats de féminité imposés aux femmes par les deux sociétés.

Le film retrace l’histoire d'Amy, adolescente franco-sénégalaise de 11 ans. Elle rencontre des danseuses du même âge, qui l’initient à une danse sensuelle et à un modèle de féminité opposé à celui de sa mère, plus traditionnelle. Une façon aussi de s’échapper, alors que son père se marie à une seconde épouse.

À la fin de la projection dans le cinéma en plein air de l’Institut français de Dakar, Malik Diouf, spectateur est encore sous l’émotion : « J'ai trouvé le film magnifique, avec des questions comme la polygamie, sur laquelle notre société doit réfléchir. Ce film est très juste. Il peut y avoir quelques scènes qui peuvent peut-être choquer les sensibilités, ça je laisse la lecture à chacun mais moi personnellement je n'ai pas été choqué. »

La réalisatrice Maïmouna Doucouré dénonce l’hypersexualisation des jeunes filles, proposant de gros plans sur leurs imitations des chorégraphies sensuelles vues dans les clips. Une manière de pointer la responsabilité des réseaux sociaux dont les enfants doivent être protégés. Ces thèmes parlent autant en France qu’au Sénégal estime Magueye Kassé, professeur et spectateur : « J'ai trouvé que ce film était très fort avec beaucoup de fraîcheur, beaucoup de leçons à tirer. Le film nous interpelle, nous les adultes et nous les Sénégalais. Il règle des comptes avec le facteur religieux qui dit à la femme : il faut toujours être dans une position de soumission et d'acceptation de l'inacceptable. »
Rendre le cinéma africain plus visible
Inspirée de faits réels, Maïmouna Doucouré met en scène la difficulté des jeunes filles à se construire dans une double culture. « Finalement quand on regarde, dans la tradition et la société, ce qu'elle propose, c'est mettre pression sur les femmes pour qu'elles se mettent en scène pour plaire au regard de l'homme et ça c'est le grand point commun représentatif du patriarcat », explique-t-elle.

Maïmouna Doucouré porte fièrement ce film en tant que réalisatrice française, sénégalaise et africaine, encore peu nombreuses sur le continent regrette-t-elle… Un cinéma africain lui-même peu présent au niveau international, « mais les films cultes africains sont très difficiles à trouver. Et c'est vrai que cette question de la visibilité, il faut y apporter des réponses », estime-t-elle. « On se rend compte à quel point dans les années 1970, c'était bien plus moderne qu'aujourd'hui. Il y avait une certaine forme de liberté et on se demandait si ces récits-là pourraient être racontés aujourd'hui de la même façon. Il faut que cette jeunesse voit que nos papas étaient féministes dans leur travail. Qu'est-ce qui s'est passé ? »

La réalisatrice veut maintenant travailler à faire rayonner ces films dans le monde entier, afin de raconter l’Afrique autrement.