D’après plusieurs ONG en charge de la protection de la famille, des femmes et des enfants, les difficultés économiques, le confinement à domicile et le couvre-feu en Côte d’Ivoire ont provoqué une explosion des violences conjugales. Une enquête menée juste avant la crise sanitaire par l’Organisation des citoyennes pour la promotion et défense des droits des enfants, femmes et minorités (CPDEFM) , montre que 70 % des femmes à Abidjan ont déjà été violentées par leur conjoint.

Dans sa longue robe tachetée, Angèle accepte de se confier sur sa vie privée. Elle le fait, dit-elle, parce que les violences se sont multipliées ces dernières semaines. « Il n’a plus d’activité dans la maison tout le temps. Avant il travaillait, maintenant il ne travaille plus dans la maison. Quand il me voit rentrer, il est déjà sur les nerfs, il me dit : “j’ai mes factures à payer, j’ai ma maison à payer, je ne sais pas comment faire pour résoudre mes problèmes et toi tu me poses des questions”, et là il commence à me battre... », raconte Angèle.

Des coups, des cris. Cette mère de deux enfants, restauratrice, subit des violences psychologiques et physiques qui la font beaucoup souffrir. Mais elle refuse de se rendre à la police, car elle a peur de tout perdre. « Quand tu dis ça à une personne, on te dit “mais va à la police pour expliquer ton problème, pour que la police intervienne”, mais si la police vient pour faire coffrer mon mari, je fais comment avec les enfants ? », demande-t-elle, désemparée.

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La difficulté des femmes pour obtenir justice

Irad Gbazalé est fondatrice et présidente de l’ONG Femmes en action. Dans le quartier d’Abobo Akéïkoi, elle apporte un soutien quotidien à des femmes victimes de violences.

Elle insiste sur la difficulté pour les femmes d’obtenir justice ou tout simplement pour trouver une oreille attentive et sensible à ces problèmes de violences domestiques. « Ce sont quelques rares femmes qui arrivent à le faire, parce qu’il faut dire que chez nous, ici en Afrique, on trouve normal qu’un homme puisse battre la femme. Mais une femme qui va aller dénoncer son mari à la police parce qu’elle est battue, on la traitera de sorcière, de femme méchante, pas gentille, qui veut créer problème au père de ses enfants, et la femme avant d’agir réfléchit à deux fois, pense enfants d’abord, pense famille, que dira-t-on par rapport à elle-même, à sa survie. »

Femmes en action, comme plusieurs autres ONG regrettent l’absence de centre d’accueil fonctionnel pour les femmes qui auraient besoin de quitter le foyer et trouver un refuge en urgence.