Le kidnapping est un mode opératoire couramment utilisé par les groupes armés dans l’est de la RDC. Les centres urbains n’y échappent pas, y compris à Goma où des enfants se font enlever par des groupes non identifiés. Témoignage rare d'un parent victime de l'un de ces enlèvements.

Michel fixe la pluie qui tombe sur le pare-brise de la voiture. Les yeux vides, ce père de famille raconte comment sa vie a basculé il y a quelques semaines quand son fils de six ans a disparu. « Il était dans la ville de Goma, dans ce même quartier, c'est là où il étudie, à quelque 500 mètres de chez moi. Mais ce jour-là, quand on a commencé à l'appeler, il avait déjà été kidnappé. »

Depuis, les informations arrivent au compte-goutte. Michel et sa femme sont restés un mois sans nouvelles, jusqu'à ce que le téléphone sonne il y a quelques jours. « Ils m'ont appelé et ils m'ont dit : "Votre fils est toujours vivant, ne vous en faites pas, il nous aide à faire quelque chose. Dès qu'on en aura fini avec lui, vous allez retrouver votre fils". J'ai parlé à mon fils, mais avant que je ne lui parle, ils m'ont dit qu'il était souffrant. Je ne sais pas s'il est à l'hôpital, où dans quel coin il se trouve, ça me traumatise quand même. Sa voix, la façon dont mon enfant m'a dit "papa, je ne sais pas comment tu peux ne pas envoyer de l'argent", c'est un peu traumatisant quand même. »
Des plateformes de paiement mobile utilisées comme intermédiaires
Pourtant, Michel a déjà envoyé beaucoup d’argent. Il a contracté des dettes pour réunir 2 000 dollars. Mais les ravisseurs lui demandent le double. Il doit envoyer l’argent sur des numéros de téléphone via des plateformes de paiement mobile.

« J'envoie souvent de l'argent à des numéros. Mais parfois, on me dit que le numéro n'est plus capable de recevoir autant d'argent. Ils changent de numéros, une fois, c'est 200 dollars sur celui-là, 300 sur un autre, puis encore 50... Le commandant de la police m'avait dit que cela faisait déjà trois mois qu'ils avaient demandé des détails sur ces numéros, mais il n'y a eu aucune réaction depuis. »

Les plaintes déposées sont pour le moment restées lettre morte. L’histoire de Michel n’est pas isolée, même depuis le renforcement des mesures sécuritaires dans la ville de Goma avec l’instauration de l’état de siège en mai. Mais il reste difficile d’estimer le nombre de familles victimes de kidnapping. Pour l’heure, aucun bilan officiel de l’état de siège n’est disponible. Les députés ont remis un rapport d’évaluation à l’Assemblée nationale, mais ce document n’est pas public.