Au Burundi, c'est à 11h ce jeudi qu'Évariste Ndayishimiye sera investi président au cours d'une cérémonie avancée en raison du décès du président sortant Pierre Nkurunziza. Vendredi dernier, la Cour constitutionnelle estimait que le président élu en mai devait prendre ses fonctions le plus rapidement possible, et non attendre l'investiture prévue initialement au mois d'août. Après 15 années où Pierre Nkurunziza était au pouvoir, cette investiture est-elle le signe d'une nouvelle période politique ? Qu'attend la population de ce nouveau président ? Notre correspondante a posé la question à plusieurs Burundais.

C'est dans la capitale Gitega qu' Évariste Ndayishimiye prendra ses fonctions ce jeudi. Un nouveau chef d'Etat pour le Burundi, après trois mandats consécutifs de Pierre Nkurunziza.

Évariste Ndayishimiye venant du CNDD-FDD comme son prédécesseur, il devrait donc suivre la même ligne politique, sans changement fondamental, selon cet enseignant. « Ils ont travaillé d'un commun accord, en étroite collaboration, il n'y a jamais eu de discorde entre les deux. Moi, je n'ai pas beaucoup d'attente. Par miracle, il peut changer deux ou trois petites choses, mais au fond la politique restera la même, je n'ai pas d'espoir particulier sur ça. »

Mais s'il y a bien un problème qui doit être pris en charge par le président d'après lui, c'est celui des Imbonerakure, le mouvement des jeunes du parti au pouvoir, accusé de nombreuses violences, et qualifié de milice par les Nations unies.« Nous voyons ces jeunes s'immiscer dans le rôle des policiers et des militaires. Tout le monde a peur des Imbonerakure, tout le monde a peur des services de renseignements. Ce sont les deux éléments qui font peur à la population. »

Keyna Iteriteka, de son côté, espère que le changement de visage à la tête de l'État sera bénéfique à l'économie. Car au Burundi, le taux de pauvreté a bondi de 10% en cinq ans, 1,7 million de personnes sont en insécurité alimentaire aigüe, selon la FAO. La jeune femme rêve également de voir revenir les quelques 300 000 Burundais qui ont fui leur pays depuis 2015.« Des personnes de mon entourage qui sont en exil, il y en a beaucoup. Mais ce n'est pas pour cette raison que je pense à eux. Je sais que c'est n'est pas tous les jours facile de ne pas voir sa famille comme on veut, ne pas venir dans son pays comme on veut. Donc on attend, ou du moins on espère, la rentrée de la communauté burundaise en exil. »

Mais avant de mener son programme, le président devra d'abord faire face au défi de la pandémie mondiale de coronavirus, selon Lydia, étudiante à Bujumbura.« Nous attendons que le nouveau président soit conscient de la situation actuelle de la pandémie du Covid-19, qu'il ne minimise pas son existence comme l'a fait prédécesseur, car c'est une crise qui continue à alerter le monde entier et le Burundi n'est pas exclu. »

Les chiffres officiels de la pandémie font état de 104 cas confirmés de Covid-19 dans le pays. Mais depuis plusieurs semaines, certains médecins mettent en doute ce bilan et dénoncent de nombreux cas cachés de coronavirus.