C’est un programme unique au monde. Le projet « BioRescue » rassemble des scientifiques basés au Kenya et en Europe dans le but de sauver les rhinocéros blancs du Nord. Cette espèce autrefois présente au Tchad, en Centrafrique, en RDC ou encore en Ouganda, est au bord de l’extinction. Il ne reste que deux femelles vivant dans la réserve de Ol Pejeta, au nord de Nairobi. Elles ne peuvent pas avoir de petits. Mais les scientifiques gardent espoir de voir l’espèce survivre, grâce à des techniques ultramodernes. Reportage à Ol Pejeta de notre envoyé spécial Sébastien Németh.

Le souffle puissant de Najin allongée près de sa fille Fatu. Les deux femelles représentent le dernier espoir de survie du rhinocéros blanc du Nord. Leurs gardiens, comme Zacharia Mutai, sont donc aux petits soins : « C’est comme une seconde partie de nos familles. On s’assure qu’elles sont en bonne santé et on s’occupe bien d’elles. Nous ne voulons pas qu’elles disparaissent. »

Najin et Fatu ne peuvent pas porter de petits. Mais grâce au programme BioRescue, des techniques uniques au monde ont permis de récolter une vingtaine d’ovules sur les deux femelles, de les mélanger à du sperme de mâles aujourd’hui disparus, et d’obtenir trois embryons viables. Stephen Ngulu, vétérinaire du parc : « Pour récolter leurs ovules, il faut leur injecter une hormone pour produire des ovules. Si vous manquez une injection, si vous donnez un mauvais dosage, les résultats seront mauvais. C’est une procédure sensible et le médicament peut être très dangereux. »

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Dans une autre partie du parc vivent une demi-douzaine de rhinocéros blancs du Sud, une espèce voisine. Ces femelles soigneusement sélectionnées doivent servir de mères porteuses aux embryons de Najin et Fatu. Stephen Ngulu : « Chacune a déjà eu plus d’un petit et elles en ont bien pris soin jusqu’à l’âge adulte. Si on obtient un bébé rhino, ce sera une avancée majeure pour la science, et la sauvegarde d’autres espèces. »

L’insémination d’une femelle du Sud par des embryons du Nord sera une première mondiale. Mais on n’y est pas encore, explique Samuel Mutisya, chef du département conservation à Ol Pejeta : « Nous voulons récupérer autant d’ovules que possible. Pendant ce temps, on espère que la technique d’insémination se perfectionnera. Mais il faudra des décennies avant d’obtenir une population viable. L’histoire de cette espèce est très triste. Car tout cela est la conséquence de l’avidité humaine. Mais pouvez-vous imaginer quand le premier bébé va naître ? Ça suscitera tellement d’espoir ! »

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Vu la rareté de ces animaux, les mesures de sécurité sont renforcées. 42 réservistes de la police patrouillent jour et nuit dans les 350 km2 du parc. Emilio Gichuki, opérateur radio nos explique : « L’enclos des rhinos est surveillé 24 heures sur 24. Nous pouvons suivre la position des talkies-walkies des équipes, qui ont des appareils à vision nocturne, des détecteurs de chaleur. À cause du braconnage, on parle aux habitants pour obtenir du renseignement. »

Le dernier acte de braconnage date d’octobre 2017, mais régulièrement, des tentatives sont déjouées, rendant encore plus urgent le succès du programme.