L’Afrique du Sud a passé la barre des 23 000 cas de coronavirus recensés, le plus grand nombre sur le continent, et compte 481 morts. Le pays continue malgré tout à alléger ses règles de confinement, à partir du 1er juin. De nombreux secteurs de l'économie seront autorisés à redémarrer, mais une mesure, parmi les plus critiquées, reste en place : celle de l’interdiction de la vente de tabac. 

L’Afrique du Sud a passé la barre des 23 000 cas de coronavirus recensés, le plus grand nombre sur le continent, et compte 429 morts. Le taux d’infection évolue rapidement avec un tiers de ces cas enregistrés uniquement sur la semaine qui vient de s'écouler.

Le pays continue malgré tout à alléger ses règles de confinement : le président Cyril Ramaphosa s'est exprimé dimanche soir pour annoncer le passage du « Niveau 4 » au « Niveau 3 » des restrictions, à partir du 1er juin. De nombreux secteurs de l'économie seront autorisés à redémarrer, le couvre-feu est levé, et la vente d'alcool sera à nouveau autorisée sous certaines conditions.

Mais une mesure, parmi les plus critiquées, reste en place : celle de l’interdiction de la vente de tabac. Cela n’empêche pas les quelque 11 millions de fumeurs du pays de se tourner désormais vers les vendeurs illégaux.

Dans les magasins officiels de Soweto, impossible depuis le début du confinement d’acheter des cigarettes en paquet ou à l’unité. Et pourtant, les mégots n’ont pas disparu chez les fumeurs réguliers du township. Simphiwe nous montre comment il est facile de s’approvisionner :

« Et voilà, je viens d’en acheter. Et ça ne m’a même pas pris 10 minutes. C’est facile de les trouver celles-là. Je suis juste allé dans la rue d’à côté ! »

Si les vendeurs illégaux sont nombreux dans les rues, les prix ont par contre fortement augmenté, comme le déplore Sanele, incapable de se passer de son paquet par jour :

« C’est de plus en plus cher chaque jour. Les prix pour une cigarette sont passés de 1,5 rand à 4 rands, c’est trois fois plus ! Ça fait 20 ans que je fume, alors cette situation est très frustrante. »

Les lobbies de l’industrie sont eux aussi vent debout contre cette interdiction. L’association indépendante et équitable du tabac a même lancé une action en justice contre le gouvernement. Sinenhlanhla Mnugi en est son président :

« Un des dangers contre lequel on met en garde, c’est l’augmentation du commerce illégal, et c’est un problème bien connu en Afrique du Sud depuis des années. Les entreprises légales, qui fabriquent les cigarettes, les cultivateurs, et tous ceux qui contribuent à la chaîne de valeur de l’industrie du tabac, vont souffrir à cause des groupes criminels qui infiltrent leur marché. »

Yusuf Abramjee, fondateur du réseau Tax Justice qui se bat contre la fraude fiscale dans le pays, a peur que le marché noir profite de la crise pour se consolider :

« Déjà avant le confinement, le pays perdait près de 420 millions d’euros par an à cause du commerce illicite de tabac. Aujourd’hui, à cause de cette interdiction, la vente illégale de cigarettes prospère et une fois le confinement terminé, il sera encore plus difficile de contrôler ce commerce. »

Mais pour Catherine Egbe, qui travaille sur les questions de tabagisme pour le Conseil sud-africain de la recherche médicale, la décision se justifie sur le plan sanitaire :

« Des études récentes montrent que le tabagisme augmente la gravité de la maladie pour ceux contaminés par le coronavirus. Le pays est déjà vulnérable. l'Afrique du Sud a un grand nombre de cas de VIH et de tuberculose. Donc cette interdiction a pour but d'aider le pays à mieux se préparer pour protéger un peu plus les gens. »

La mesure a en tout cas un coût : le gouvernement a perdu jusqu’à présent près de 15 millions d’euros de taxes depuis son application.