À Madagascar, plus que jamais en cette période difficile économiquement, les habitants du monde rural redoublent d’efforts pour trouver de nouveaux moyens de subsistance. Dans l’est du pays, dans le district d’Ifanadiana, l’espoir d’une vie meilleure est venu de l’orpaillage. Des dizaines de familles se sont mis à rechercher artisanalement des pépites d’or durant la saison sèche. Dans le lit de la rivière Mananjary, mais aussi dans les rizières. Immersion avec l’une de ces familles.

Anja a 15 ans. Tous les week-ends et tous les jours durant le confinement, l’adolescent s’est servi de son angady, sorte de bêche malgache, pour creuser des trous dans la rizière de sa grand-mère. Sur cette parcelle, ils sont une vingtaine de personnes, de 4 à 75 ans, à excaver, tamiser, de la boue jusqu’à la taille, en quête de quelques paillettes d’or.

Rasoa, 68 ans, est la cheffe de l’une des deux familles qui exploitent la rizière. Cette agricultrice s’est mise à l’orpaillage il y a cinq ans, après avoir observé les pratiques des habitants des villages alentours : « Quand on a commencé à labourer la rizière pour planter le riz, on s’est aperçu qu’il y avait de l’or. Comme il faut bien trouver d’autres sources de revenus vu les temps difficiles, on s’est mis à en chercher. On a préféré faire ça plutôt que de mendier chez nos voisins. »

Sur la parcelle, on trouve environ un décigramme d’or par jour, deux si la récolte est bonne. À deux kilomètres du village, des collecteurs rachètent le décigramme 20 000 ariary, 4,30€. Une somme qui une fois partagée entre les chercheurs d’or reste assez faible : « Notre niveau de vie s’est un peu amélioré depuis qu’on cherche l’or. On ne s’endette plus auprès de la communauté pour acheter du riz. Après, ça n’a pas révolutionné notre vie. On n’a pas construit une maison avec cet argent. C’est plus qu’on arrive à subvenir à nos besoins au jour le jour. Et comme ici on n’a jamais reçu d’aide de l’État, et bien on se débrouille par nous-mêmes. »

Soudain, à côté d’elle, tamis entre les mains, Benah, l’un de ses petits-fils s’exclame : « Ah ! J’ai trouvé une grosse paillette ! C’est bien, mais je vais continuer à chercher pour améliorer le butin de la journée. »

Ici, quand on trouve de l’or, on ne le cache pas. Avec l’argent gagné grâce à la revente de paillettes, Anja, le cousin, a pu se faire plaisir : « J’ai pu m’acheter un téléphone, des cahiers, des stylos, et même mon cartable. Mais en vrai, moi, je préfère cultiver le riz, parce que le riz, tu peux le garder plus longtemps. Et puis chercher l’or, c’est très dur ! »

Sur la Grande île, cette activité annexe de subsistance reste encore très informelle. Le Code minier stipule que l’exploitation aurifère, même pratiquée sur son propre terrain, nécessite une autorisation d’orpaillage délivrée par la commune.

Considéré comme une ressource stratégique pour la relance économique du pays, la production et le commerce de ce métal précieux se font le plus souvent en dehors des radars. Le pays a annoncé exporter trois tonnes d’or en 2018. Mais d’après le croisement de plusieurs documents internationaux, cette quantité serait en réalité cinq fois plus élevée.