Madagascar veut soutenir les producteurs de vanille pour mettre fin au travail des enfants dans les plantations. La fillière est lucrative pour certains, mais aussi très opaque. Des milliers de mineurs y travaillent, selon le Bureau international du travail à Madagascar. La région Sava, au nord-est, est la plus touchée par ce fléau puisqu’elle produit 80 % de la vanille malgache.

À 15 ans, Dorien a travaillé plusieurs années dans les plantations aux alentours d’Andapa. Pour les agriculteurs en difficulté financière, la culture de la vanille peut rapporter de l’argent facilement et prend souvent le dessus sur l’éducation. « Mes parents ne pouvaient plus payer l’école donc j’ai commencé à planter de la vanille avec eux. Je coupais les mauvaises herbes dans les champs et je récoltais les gousses », raconte Dorien.

Devant le bureau administratif de la commune d’Ankakiabe-Nord, Xavier Rafidiarison, inspecteur du travail et président du Comité de lutte contre le travail des enfants dans la région Sava, termine une réunion avec les membres chargés de sensibiliser les producteurs. Il explique que « suite à la flambée du prix de la vanille, il y a une augmentation des cas de travail des enfants ici dans la région Sava ».

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Lors des tournées, le constat dressé par Xavier Rafidiarison est presque identique dans toutes les communes. « Il y a des cas : dans les chaînes de la production de la vanille, dans l’amélioration des champs de vanille, là il y a des enfants qui font de la coupe et dans le fait d’acheminer le produit du champ au village », détaille-t-il.

Une situation des planteurs très précaire

Malgré l’augmentation du prix de la vanille, la situation des planteurs reste très précaire. Il y a trois ans, le Bureau international du travail à Madagascar a lancé un programme d’appui aux producteurs et à leurs enfants dans cette région. C’est ce qui a permis à Dorien de retrouver les bancs de l’école en suivant une formation professionnelle au lycée d’Andapa. « J’ai entendu parler de la formation à la radio. Mais mes parents étaient déçus que je ne les aide plus à travailler dans la vanille », explique Dorien.

Davila, une élève du lycée, s’applique à prendre en note le cours. Elle aussi travaillait dans les champs il y a encore quelques mois. « J’ai commencé à cultiver la vanille avant même de passer mon brevet et je l’ai raté. J’ai arrêté l’école et ça m’a rendu très triste », se souvient-elle. Mais tout n’était pas perdu : « Quand j’ai entendu parler de la formation, ça m’a soulagé. Ici j’apprends à faire de l’élevage de volailles, mais aussi à faire pousser de la vanille avec les bonnes techniques. »

« 20 000 enfants travaillaient dans la filière en 2011-2012 »

Jean-Pierre Singa Boyenge vit dans la région. Il est le directeur de ce projet baptisé « Soutenir les acteurs de la vanille aux bénéfices des enfants ». « Ce produit brasse énormément de millions de dollars donc à travers la vanille, il y a d’autres travaux des enfants qui arrivent indirectement », dit-il avant d’énumérer : « Dans le secteur des services, dans le secteur des carrières de pierres, parce que plus on a de l’argent, plus les besoins sont là, donc on a besoin de main-d’œuvre. Avant de lancer ce projet, nous avons fait une étude sur toute la région Sava en 2011-2012, 20 000 enfants travaillaient dans la filière. »

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Pour parvenir à éradiquer le travail des enfants, le programme améliore aussi les moyens de subsistance de 15 000 planteurs de la région en les formant à de meilleures techniques de production de la vanille et en diversifiant leurs cultures.