Il aura fallu cinq mois aux sociétés de dépollution pour remettre en état les lagons et les plages de Maurice. Mais le naufrage du Wakashio a marqué à jamais les esprits dans les villages. Les habitants redoutent désormais les risques futurs de cette pollution.

De notre correspondant à Port-Louis,

Sur la plage de Mahébourg, à quelques à mètres de la Maison des pêcheurs, la mer a retrouvé toutes ses belles nuances de bleu et son décor de rêve. Le disgracieux Wakashio et l’immense pollution qu’il avait provoquée sont du passé.

Un an plus tard, aucune trace visible de pollution au fioul. Mais pour l’océanographe Vassen Kauppaymuthoo, c’est sous la surface qu’il faut chercher. « La première chose, quand on parle de pollution par rapport aux hydrocarbures, ce qu’on recherche une fois que la pollution visuelle a disparu, ce sont les effets à long terme. Ces hydrocarbures se déposent dans les sédiments pour atteindre les couches inférieures », explique de scientifique.

Il nous fait une démonstration sur la plage de Mahébourg : « Et là, nous avons une petite plage de sable et on peut fouiller dans le sable et chercher ici, et là effectivement on sent une odeur de pétrole. »

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Un fioul hautement toxique
De nombreux observateurs ont attiré l’attention des autorités mauriciennes sur la nature du fioul qui s’est déversé dans la mer. Un « fioul lourd à très faible teneur de soufre », dont la composition est encore plus toxique.

« Le problème avec ce produit pétrolier, c’est du “very low sulphur heavy fuel oil”, qui contient beaucoup de métaux lourds comme du cadmium et du chrome. Il contient aussi des molécules polyaromatiques et d’autres molécules qui s’accumulent dans les organismes », prévient Vassen Kauppaymuthoo.

Des scientifiques redoutent le risque de bioaccumulation et leurs conséquences futures sur la santé publique. La question de ce danger est posée au ministre de l’Environnement, Kavy Ramano. « Nous sommes les premiers à reconnaître que les impacts environnementaux ne se limitent pas à la dimension visuelle et qu’il faut voir les effets à moyen et long termes. Raison pour laquelle les autorités mauriciennes ont commandité deux rapports, soit le “Intregrated Environmental Monitoring Plan”. Il y aussi l’impact social, économique et culturel à voir », reconnaît-il.
La crainte d’une pollution de la chaîne alimentaire
Entretemps, certains villageois ont fait un choix de consommation plus exigeant, comme Christophe, un habitant de Mahébourg. « Nous consommons du poisson en dehors du lagon, pas de pêches du lagon. Je ne conseille personne de manger du poisson qu’on pêche dans le lagon », confie ce moniteur de plongée.

Le risque est grand qu’une insidieuse pollution se faufile dans la chaîne alimentaire. Les ONG engagées dans la préservation des espèces en danger surveillent à la loupe les incidences possibles. L’État mauricien annonce, pour sa part, des travaux de restauration, sans déconseiller la consommation de produits locaux.