Le Nigeria a été le dernier pays d'Afrique à éradiquer la polio, en Août 2020, quatre ans après la découverte des derniers cas de cette maladie, qui provoque une paralysie. Huit ans plus tôt, le pays le plus peuplé du continent concentrait plus de la moitié des nouveaux cas de polio – et la région de Kano était considérée comme l'épicentre mondial de l'épidémie.

Aminu Ahmed Tudun-Wada est l'un de ceux qui ont œuvré d'arrache-pied pour sensibiliser la population et encourager à la vaccination. Ce survivant de la polio fabrique et vend des tricycles à bas coût dans tout le Nord du Nigeria. Appuyé sur deux petits blocs de bois, il circule rapidement entre les piles de roues et les bouts de métal. Paralysé depuis la naissance par la poliomyélite, ce sexagénaire a ouvert il y a quarante ans cet atelier de tricycle, pour aider les autres handicapés. Ses sièges à trois roues leur permettent de se déplacer rapidement à la force des bras. « Nous voulons travailler comme tout le monde. Peut-être que nos jambes sont paralysées, mais pas nos esprits ! Moi, comme je n'avais pas de tricycle à l'époque, je n'ai pas pu continuer l'école jusqu'au lycée. »

Au début des années 2000, alors que Kano concentre 80% des cas de polio au Nigeria, la campagne de vaccination est sévèrement boycottée et même suspendue pendant plus d'un an. Aminu Ahmed Tudun-Wada décide alors de lui-même à se lancer dans une vaste campagne de sensibilisation. « La plupart des gens n'avaient pas confiance et disaient que ça rendait les femmes stériles. Alors j'ai appelé quelques amis atteints de la polio et nous avons fait du porte-à-porte. Je disais : "est-ce que vous voulez que votre fils me ressemble ? Il ne pourra pas entrer dans l'armée. Il ne pourra pas entrer dans la police. Il ne pourra pas jouer au foot. Il n'ira nulle part". »
Mobiliser aux quatre coins de l'État de Kano
Aujourd'hui, son association compte 422 membres et continue de mobiliser aux quatre coins de l'État de Kano, lors des campagnes nationales de vaccination contre la polio, qui a été éradiquée mais pas éliminée, comme explique Hadiza Waya, de l'Unicef. « Nous devons maintenir des immunisations routinières. Mais si il n'y a pas un centre de santé à moins de 2 km d'un village, c'est nous qui nous déplaçons. Pour nous assurer qu'il n'y a pas un seul enfant qui n'ait pas été vacciné contre la polio », détaille-t-il.

Dans son atelier, Aminu Ahmed Tudum-Wada fait aussi de la formation à destination de volontaires atteints par la poliomyélite. Yussef, 18 ans, est venu directement à l'atelier en sortant de l'école, à l'aide de son tricycle. « Avant j'étais très fatigué quand j'allais à l'école car je devais ramper et je souffrais énormément. Avoir un tricycle m'aide beaucoup. Je peux aller dans différents endroits, visiter ma famille à Kano. Je suis libre et ça m'a même permis de rencontrer des amis. »

L'éradication de la polio au Nigeria forcera peut-être Aminu à se reconvertir un jour, dans son atelier, il construit et vend aussi des balançoires et des toboggans pour les enfants.