Plus de 700 civils sont morts du 5 au 10 juin 2000 à Kisangani suite aux affrontements à l’arme lourde entre les armées rwandaise et ougandaise. Aujourd’hui encore, les traces de ces violences sont encore là et la douleur toujours vive.

Monseigneur Samuel Lotika a les cheveux grisonnants et des lunettes bien en place. L’évêque-président provincial de l’Église du Christ au Congo cache à peine ses yeux larmoyants à l’évocation de la guerre de six jours. « Le premier obus est venu tomber dans la salle de classe où étudiait mon fils. Beaucoup d’élèves étaient morts. On croyait aussi que mon fils était mort, mais il n’avait attrapé que des éclats d’obus. Grièvement blessé, il était couché parmi les cadavres », se souvient-il.

Son fils a été traumatisé. Il n’a pas supporté de rester à Kisangani après ces évènements. En suivant la voie fluviale, il a réussi, quelques mois plus tard, à retrouver d’autres déplacés, au nord du pays, dans la province de l’Équateur, avant de rejoindre Kinshasa.

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Les enfants de Lotika Philemon n’ont pas eu la même chance. « J’étais à 200 mètres de ma maison. Je voyais les gens courir. J’ai entendu un gros bruit. Boum ! C’était vers 10h. La première bombe est tombée sur ma maison, c’est sur l’avenue Dépotoir n°15, dans la commune de la Tshopo. Je cours. J’arrive à la maison, je trouve tous les voisins en train de pleurer. La maison foutue, les enfants à l’intérieur. J’ai vu les cadavres à même le sol, mes trois enfants. L’un avait 11 ans, l’autre 7 ans et le dernier 2 ans », raconte Lotika Philemon.

Des questions sans réponses

Des années plus tard, la douleur est toujours présente, les questions aussi. Rescapé, Pierre Kibaka est activiste des droits de l’homme. Il plaide depuis deux décennies maintenant pour que justice et réparation soient faites, mais avant tout, il veut que la vérité éclate sur les vrais mobiles de ces affrontements sur le sol congolais. « Tous les habitants de Kisangani sont des victimes. Il faut que ces criminels nous disent pourquoi ils se sont battus dans la ville de Kisangani. Quelle a été la raison principale qui les a appelés à quitter leurs pays pour venir se battre dans notre ville ? », se demande Pierre Kibaka.

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Une association des victimes a été constituée. Son président Lema Lema Jean qui ne tient debout que grâce à ses béquilles attend plus de l’actuel chef de l’État. « Le peuple d’abord, ne devrait pas être qu’un slogan. Les victimes de la guerre de six jours à Kisangani souffrent. Si vous parcourez la ville à Tchopo ou ailleurs, les maisons détruites n’ont toujours pas été réhabilitées », dit-il.