Dans la ville de Kisangani, les acteurs culturels entretiennent la mémoire des violences qui ont détruit la ville et tué au moins 700 personnes.

Trois acteurs sur la scène et un public très à l’écoute. La pièce qui se joue évoque la démocratie en Afrique et ses contradictions. C’est la 10e édition du Festival Ngoma. Le Groupe Taccems qui l’organise est spécialisé en théâtre en salle, mais joue aussi ce qu’il appelle théâtre d’intervention. C’est dans ce cadre qu’il a monté un spectacle sur la guerre des Six Jours. Une pièce qui a été difficile à jouer pendant l’occupation de la rébellion pro-rwandaise du RCD. 

Olivier Maloba est directeur artistique du Groupe Taccems. « Ils étaient très bien informés sur le contenu du spectacle. Et cela posait beaucoup de problèmes. Nous avons été suspendus pendant le RCD. Il était interdit de jouer ce spectacle sur toute l’étendue occupée par le RCD parce que nous avons dénoncé les violences et les autres méfaits de la guerre sur le social de la population », raconte-t-il.

« Le théâtre est le miroir, le reflet de la société »

Mais Olivier Maloba et son équipe trouvent que c’est important de continuer à représenter ces violences. « Le théâtre pour nous est le miroir, le reflet de la société. Nous mettons sur le plateau ce que la société n’arrive pas à dire face aux contraintes politiques que nous subissons. Nous, en tant que culturels, nous avons la chance de nous retrouver sur le plateau sans distinguer le public et nous lançons notre message », explique-t-il.

Les violences armées du début des années 2000 sont aussi présentes dans d’autres disciplines artistiques comme la chanson et la danse. Une troupe qui s’appelle « Carte routière de la Tshopo » est parmi les ballets folkloriques les plus connus de la ville. 

Le spectacle, comme un livre destiné aux jeunes générations

Sylvain Asani en est le coordonnateur : « Nous avons chanté en disant que nous ne voulons plus de la guerre ici dans la province de la Tshopo. La guerre ne nous ne nous a pas profité, bien au contraire. La guerre a détruit même nos valeurs culturelles et traditionnelles au-delà de la destruction des vies humaines et des édifices de notre ville. ».

Pour lui, le spectacle est comme un livre destiné aux jeunes générations. « Parmi ces enfants, il se peut que les orphelins de la guerre des Six Jours soient présents. Ils doivent savoir pourquoi ils sont devenus orphelins. Et pourquoi la ville est dans cet état. Nous devons enseigner à ce peuple qu’il faut éviter les conflits parce que cela ne profite à personne », soutient Sylvain Asani.

La Carte routière de la Tshopo tient également une micro-bibliothèque et une petite salle d’exposition d’objets d’art de la région. L’ambition, selon ses promoteurs, est de tirer de chaque culture de la province, des objets enseignant la paix, la justice et la cohabitation pacifique.