Au Sénégal, le film I cannot bury my father, de la Gambienne-Ghanéenne Nana-Jo Ndow, est diffusé devant le Haut-commissariat aux droits de l’homme pour l’Afrique de l’Ouest. Le film revient sur le massacre de 56 migrants ouest-africains en Gambie en 2005, sous le régime de l’ancien président Yahya Jammeh. 15 ans après, ce documentaire vient rappeler que les proches des victimes attendent toujours justice.

« La mort est une affaire sérieuse au Ghana ». Mais comment faire son deuil, sans dépouille ? C’est la question que soulève Nana-Jo Ndow, auteure du documentaire I cannot bury my father (« Je ne peux pas enterrer mon père »). « Tous les reportages parlaient en fait de statistiques, de données, je voulais vraiment montrer l’aspect personnel des familles qui ne peuvent pas passer à autre chose », déclare Nana-Jo Ndow, également directrice de l’ONG de défense des droits de l’homme Aneked.

Des familles dont la vie a basculé le 22 juillet 2005. Ce jour-là, le groupe de migrants ouest-africains débarque en Gambie en provenance du Sénégal. En ligne de mire : l’Espagne. Mais le voyage s’arrête là. Marion Volkmann-Brandau, enquêtrice principale dans la campagne Jammeh2justice, qui vise à poursuivre l’ancien président gambien. « La malchance a fait qu’ils ont atterri en Gambie le jour de la fête nationale et que le régime de Jammeh a pensé qu’il s’agissait de mercenaires. Très vite, il y a eu un ordre qui a été donné de tous les exécuter », raconte-t-elle.

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De victime à militant

Dans le documentaire, la réalisatrice suit le parcours d’un jeune Ghanéen, Isaac Mensah. Il avait 12 ans à l’époque. Il fait des recherches, pose des questions à son grand-père, rencontre un autre fils de victime. Dans une scène du film, ils regardent ensemble une vidéo du témoignage d’un ancien « jungler », les hommes de main de Yahya Jammeh.

« Cela m’a vraiment fait chaud au cœur de voir Isaac passer de victime à militant dans ce combat », dit Nana-Jo Ndow. Un combat pour pousser le gouvernement ghanéen à rouvrir l’enquête. « Les victimes veulent une solution africaine qui voudrait que Jammeh soit extradé au Ghana pour répondre de ce massacre-là en attendant qu’en Gambie, un jour, il ait à répondre de ses crimes dans son pays », explique Marion Volkmann-Brandau.

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La justice, c’est ce qu’attend aussi Nana-Jo Ndow, elle-même fille d’un opposant gambien disparu en 2013 sous le régime de Yahya Jammeh. Ce film fait écho à sa propre histoire. « Ça a été comme une thérapie pour moi, de pouvoir parler à quelqu’un qui avait l’impression en fait de ne pas avoir de voix, parce que justement, comme ce n’était pas lui la victime directe, c’est comme si son histoire n’avait aucune importance », dit-elle.

Dans le documentaire, à défaut d’avoir pu enterrer son père, Isaac Mensah imagine les funérailles...