Alors que le gouvernement de transition soudanais cherche à sortir le pays de la crise économique dans lequel il est englué, les comités de résistance se diversifient. Aujourd'hui, ils aident la population de différentes manières : nettoyage des rues, réfections des murs, marché solidaires...

Comme chaque matin, une file d’attente s’allonge devant la boulangerie Bab-al-Hara à Omdurman, la ville en face de la capitale Khartoum. Ali Abdourahim est employé ici. Depuis l’aube, il s’affaire aux fourneaux pour satisfaire les clients. « On produit entre 26 et 27 000 pains par jour, et ce n’est pas suffisant parce qu’on fournit ce quartier et les environs. Les restaurateurs du marché viennent chez nous. Les écoles aussi. On produit pour beaucoup de monde », dit-il. Et d’ajouter : « Il y a des pressions de la part des citoyens. Ils viennent nombreux devant le comptoir et puis ils crient. C’est stressant pour nous, les employés. »

Au Soudan, la farine est subventionnée par les autorités. Cela doit permettre aux boulangeries de vendre leur pain moins cher, mais les détournements sont monnaie courante. Résultat : il n’y a pas toujours suffisamment de pain pour tout le monde, comme le regrette Mohamed Mekki, membre du comité de résistance du quartier de Ombada. « Il y a des gens qui voudraient acheter plus que ce à quoi ils ont droit, des restaurateurs, des vendeurs de sandwiches, les écoles... Ils proposent plus d’argent pour prendre plus de pain », raconte-t-il.

Poursuivre le mouvement des comités de résistance

Mohamed Mekki, qui représente le comité, vérifie que le pain destiné aux habitants leur revient bien. « Cette farine est subventionnée pour les citoyens. On leur donne la priorité parce que les autres font de la vente commerciale. Ils font du profit dessus. » Puis il détaille : « Ici, je viens surveiller la fabrication de la pâte et je compte le nombre de sacs de farine qui arrivent. Je garde la file d’attente en ordre et je donne un nombre précis de pains par personne ; l’équivalent de 50 livres soudanaises, pas plus. »

La surveillance des distributions de pain fait partie des nouvelles attributions du comité de résistance. Ainsi depuis la révolution, il rétablit l’eau ou l’électricité dans le quartier ou répare les trottoirs. Chaque mardi, il organise un marché solidaire. Un moyen, selon Béchir, également membre du comité, de poursuivre le mouvement entamé avec la révolution. « Le gouvernement précédent a disparu. Le peuple a manifesté. Il s’est battu pour rendre cela possible. La situation a changé, et cela grâce au peuple », soutient-il.

Aujourd’hui, des dizaines de comités de résistance comme celui de Ombada sont désormais ancrés dans les quartiers. Ils restent vigilants quant aux améliorations promises par le gouvernement de transition.