À son apogée dans les années 1970, le projet de la Gezira représentait le tiers de l’économie du Soudan, produisant chaque année des centaines de milliers de tonnes de coton de haute qualité, exportées à travers la planète. Aujourd'hui, le plus grand projet d’agriculture irriguée du continent africain est tombé en déliquescence. Les nouvelles autorités de transition à Khartoum espèrent pourtant relever la Gezira de ses cendres. 

Saifeddine Ahmed s’apprête à planter quelques hectares de coton. Il est inquiet, car trop peu d’eau arrive jusqu’à ses champs.« La situation est très mauvaise. L’eau arrive en retard, les canaux sont bouchés. Le gouvernement a promis de les réhabiliter, mais pour le moment ce sont des paroles en l’air. Je veux que le projet retrouve la place qu’il avait dans l’économie du Soudan. Il faut que les autorités se concentrent sur l’irrigation, on n’a pas d'alternative », dit-il.

Dans la Gezira, immense réseau de canaux d’irrigation qui recouvre près d’un million d’hectares de terre fertile, le coton a longtemps été la principale culture. Mais aujourd’hui, cet « or blanc » ne pèse plus du tout dans l’économie du pays, regrette Mohammed Abdallah. Ce paysan dénonce la mauvaise gestion du régime d’Omar el-Bechir.

« Le régime a permis à aux paysans de planter tout ce qu’ils voulaient. Ça a eu un effet négatif sur le projet. Les maladies se sont multipliées, l’administration a été décapitée et la production a diminué. La terre s’est appauvrie parce qu’elle était cultivée en permanence. Avant on laissait les parcelles se reposer une année. C’est fini. Il n’y a plus d’administration pour organiser tout ça ».

Au milieu des champs, des maisons délabrées abritaient autrefois les ingénieurs agricoles de la Gezira. En 30 ans de dictature, près de 12 000 employés du projet ont été licenciés. Aujourd’hui, les autorités de transition ambitionnent de relancer la production de coton.

« Le gouvernement de transition s’est engagé à soutenir financièrement le projet pour le remettre sur pied. C’est la première fois que ça arrive en 30 ans. On parle d’un investissement de 8 millions d’euros. Nous allons revenir à la plantation de coton. On va commencer avec 20 000 d’hectares. Nous voulons créer de la valeur ajoutée, exporter du coton comme des produits finis, pas seulement de la matière première », explique Elsidieg Abasheera, le nouveau directeur du projet.

Plus de 130 000 familles vivent toujours du projet de la Gezira. Beaucoup attendent de voir si les promesses du gouvernement vont se concrétiser. Rien que pour réhabiliter les canaux d’irrigation, il faudrait plus de 750 millions de dollars. Mais pour le moment, les caisses de l’État sont vides et les investissements étrangers se font attendre.