La Tunisie est un musée à ciel ouvert, son territoire est couvert de vestiges difficiles à protéger pour les autorités. Un patrimoine archéologique menacé par les chercheurs de trésors. Ils sont nombreux dans les campagnes déshéritées du pays, espérant faire la découverte qui les rendra riches.

De notre correspondant à Jendouba,

À la nuit tombée, des lueurs s’animent sur les collines, autour du village de Balta. Une lampe torche dans une main, une pelle dans l’autre, Nabil abandonne ces ciseaux de coiffeur au crépuscule… « Ce qui se vend c’est l’or, les diamants. Il y a beaucoup de personnes qui achètent au noir, il y a des intermédiaires », explique-t-il. 

Cela fait 15 ans que Nabil cherche des trésors. Pour savoir où creuser, il se laisse guider par les signes qu’auraient laissés, selon lui, les habitants de la région dans l’Antiquité. Il montre une gravure sur un rocher. « C’est le dessin d’un œil, et juste en dessous il y a de l’eau. On dit que le cheminement de la goutte d’eau indique l’emplacement du trésor. Ces fissures, elles ne sont pas naturelles, il faut les suivre », indique Nabil. 

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La méthode est ésotérique, les dommages causés aux sites archéologiques sont bien réels. « Les statuettes, ça représente beaucoup de problèmes, c’est trop risqué. Il faut soit les cacher soit les casser, il n’y a pas d’autre solution », déclare-t-il. 

Dans la zone, le taux de pauvreté est l’un des plus élevés de Tunisie. Le fantasme de devenir riche obsède les pilleurs.
Devancer les fouilleurs pour préserver le patrimoine
Il arrive parfois que les autorités aient un temps d’avance sur les fouilleurs clandestins. Moheddine Chaouali est chargé de recherches archéologiques à l’Institut national du patrimoine. Entre les tombes du petit cimetière de Bou Salem, il refait le même parcours qu’en novembre dernier… lorsqu’un trésor a été découvert.

Une jarre qui contenait plus de 2 700 pièces de monnaie en bronze. « Soit c'est une tombe individuelle d'un riche particulier de la région, soit c'est une cachette faite par un paysan, car il y avait beaucoup de menaces à cette époque, au cours de la seconde moitié du IVe siècle », explique Moheddine Chaouali.

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Contacté par la mairie et la garde nationale, l’archéologue a pu intervenir rapidement pour sauver cette page de l’histoire tunisienne. « Des fouilles clandestines, il y en a presque tous les jours. Il y a pas mal d'efforts pour préserver les sites majeurs, mais dans l'arrière-pays, dans les zones rurales, c'est impossible de mettre des gardiens partout », concède Moheddine Chaouali.

Malgré le manque de moyens, il y a régulièrement des arrestations. Mais le problème est sans fin, un fouilleur clandestin finit toujours par en remplacer un autre.